Semaine du 15 au 21 novembre 2017 - Numéro 1200
Abdel-Rahim Kamal : Un mystique du Sud
  L'écrivain et scénariste Abdel-Rahim Kamal a gagné ces dernières années le coeur d'un large public. Ses oeuvres ont beaucoup de succès, et marquent autant les esprits que les âmes.
Abdel-Rahim Kamal
(Photo:Ahmad Aref)
Rania Hassanein15-11-2017

Surnommé Mawlana (monseigneur) dans les milieux intellectuels, l’écrivain Abdel-Rahim Kamal continue à se frayer un chemin, lentement mais sûrement. Homme mystique, à paradoxes, ceci se répercute sur son parcours de scénariste et de romancier. Agé de 45 ans, il a réussi à attirer un large public, notamment avec des oeuvres, comme son dernier film Al-Kenz (le trésor), réalisé par Chérif Arafa, avec les comédiens Mohamad Ramadan, Mohamad Saad, Hind Sabri, et Sawsane Badr.

Abdel-Rahim Kamal va souvent d’un bout à l’autre. Enfant, il a vécu dans un village au sud de l’Egypte, Al-Essawiya, dans le gouvernorat de Sohag, dans une maison avec vue sur le Nil. Derrière elle, il y avait la montagne et le désert. Dans la journée, il se prêtait à toutes sortes d’activités, et la nuit, c’était le calme total, les mystères du désert et les cercles soufis. De quoi laisser libre cours à son imagination vagabonde.

En outre, la différenciation entre homme et femme se faisait voir nettement, au sein de cette société conservatrice. L’homme avait donc tous les droits et la femme ne pouvait même pas assouvir ses besoins primitifs. Et lui, il échappait à cette réalité, via les images du cinéma.

En effectuant ses études plus tard à la faculté de commerce extérieur au Caire, Abdel-Rahim s’est épris pour le monde de l’écriture et a décidé de faire carrière de romancier. A l’époque, le penchant mystique prenait le dessus et trouvait ses échos, soit dans le cinéma ou la littérature. Il a alors fait connaissance avec des poètes et écrivains de sa génération qui partageaient ses idées. En 1994, il rencontre le cheikh Mahmoud Al-Tigani, l’un des disciples et héritiers de la confrérie soufie des Tiganis. « J’ai été impressionné par lui. C’était un jeune chirurgien, moderne et d’esprit ouvert. On est toujours de très bons amis. C’est lui qui m’a encouragé à m’introduire dans les cercles artistiques et m’a assuré que le soufisme respecte l’art ».

Encore enfant, Abdel-Rahim Kamal assistait aux cercles de zikr, psalmodiant les noms de Dieu, toute la nuit, avec son père qui écrivait des poèmes mystiques et accueillait des gens très variés, dont des derviches et des acètes soudanais. Epris par leur pureté et leur baraka, le petit gravait ses moments inoubliables dans sa mémoire.

Le diplôme en poche, il a décidé de passer à l’Institut supérieur de cinéma, section scénario. « Là-bas, j’ai fait connaissance avec le comédien Nour Al-Chérif, qui m’a ouvert les portes du cinéma », raconte Abdel-Rahim Kamal. Le film Ala Ganb Ya Osta (je descends là, chauffeur), avec le comédien Achraf Abdel-Baqi, en 2006, a été alors sa première expérience professionnelle dans le domaine de l’écriture cinématographique.

Douze ans après, Nour Al-Chérif a tourné le feuilleton Al-Rahaya (le moulin à grains) en 2009, d’après un scénario de Kamal, remportant un véritable succès. Puis, ce dernier a signé en 2010 le feuilleton Cheikh Al-Arab Hammam, joué par Yéhia Al-Fakharani, suivi d’Al-Khawaga Abdel-Qader en 2012, Dahcha en 2014 et Wannouss en 2016. Enfin, ce fut le tour de Younès Weld Fada, toujours en 2016, avec le comédien Amr Saad.

Un même fil conducteur relie plus ou moins toutes ses oeuvres. Elles se déroulent dans le sud de l’Egypte, auréolées d’histoires mythiques et de légendes, lesquels Kamal connaît par coeur. Celles-ci ont forgé quand même sa vision du monde et constituent la clé de voûte de son travail. Sans oublier l’aspect soufi qui domine ces textes.

Le feuilleton Al-Khawaga Abdel-Qader, projeté en 2012, alors que les Frères musulmans étaient au pouvoir, incarnait à merveille cet esprit et faisait exprès de miroiter une image différente de la religion. Une image plus tolérante et plus attachée à la spiritualité que le discours prêché par les courants de l’islam politique. « C’était un vrai risque de présenter un tel feuilleton à l’époque, mais le comédien Yéhia Al-Fakharani, et son fils Chadi, le réalisateur de l’oeuvre, ont cru au message que je cherchais à divulguer ». Et d’ajouter : « Le feuilleton a eu un succès retentissant, le public était très réceptif à ce genre de thème, évoquant Dieu différemment, à travers l’histoire d’un Européen converti, vivant sur les vestiges pharaoniques ». Les vers du poète mystique Al-Hallag, qui ont plus de 1 000 ans, ont été mis en musique par Omar Khaïrat, d’où un générique qui a été parmi les points forts de la série télévisée.

Le succès était au rendez-vous, cependant, les débuts de Abdel-Rahim Kamal en écriture romanesque ont bel et bien précédé ses scénarios. « Le roman Al-Magnouna (la folle), publié en 2003 aux éditions Kayan, représentait une folie dans le domaine de l’écriture. C’était assez fantaisiste comme roman et il exprimait toute une gamme d’émotions, aussi personnelles que fictives », assure Abdel-Rahim Kamal. Son recueil de nouvelles Ana Wa Enti Wa Chahd (toi, moi et Chahd) a été publié en 2014 aux éditions Garb, portant le prénom de sa fille. Il a été suivi par un roman traitant toujours du soufisme : Fi Zel Mamdoud (ombre allongée), en 2015, éditions Ibdaa. Et ce, sans compter une seule pièce de théâtre Qamar Al-Ochaq (la lune des amants) et plusieurs articles publiés régulièrement dans la presse, à Al-Ahram, Al-Masri Al-Youm et Al-Qahira.

« J’écris pour me sentir libre, en vie, pour être moi-même », lance l’auteur qui a appris à développer sa philosophie au fil des ans. Celle-ci se résume par quelques mots : « Dieu est amour », « Les gens qui savent aimer parviennent à vivre, alors que les autres sont des morts-vivants », « Le coeur est le foyer de la foi ; il nous permet de percevoir Dieu », « Il faut être juste et laisser son coeur choisir ». Cette manière de voir lui a donné le courage de ne pas avoir le même sort que le personnage principal de son roman BawWab Al-Hana (le portier du bonheur), homme de religion, diplômé d’Al-Azhar, qui devient serveur dans un bar. « La personnalité de chacun d’entre nous se forme après avoir passé plusieurs épreuves. Dans le roman, le bar du bonheur constituait une épreuve ; le héros essayait d’aider les clients du bar à retrouver le droit chemin et à se purifier des pêchés », explique l’écrivain.

L’un des atouts de l’oeuvre de Abdel-Rahim Kamal s’est nettement manifesté dans son dernier film Al-Kenz (le trésor), abordant le conflit éternel entre amour et pouvoir, à travers les diverses périodes de l’histoire de l’Egypte. « Notre pays possède un patrimoine inépuisable, qui abonde d’histoires, d’anecdotes et de légendes. Une source intarissable pour tout écrivain ou créateur ». Ces histoires sont toujours narrées dans un langage poétique et éloquent de sa narration, qui n’est pas sans toucher un large public, avide d’un spiritualisme différent l

Jalons

30 octobre 1971 : Naissance au village d’Al-Essawiya, dans le gouvernorat de Sohag, en Haute-Egypte.
1994 : Diplôme de la faculté de commerce extérieur
2000 : Diplôme de l’Institut supérieur de cinéma, section scénario.
2003 : Publication du roman Al-Magnouna (la folle), éditions Kayan.
2006 : Premier scénario, avec le film Ala Ganb Ya Osta (je descends là, chauffeur).
2009 : Son premier feuilleton, Al-Rahaya.
2012 : Diffusion du feuilleton Al-Khawaga Abdel-Qader.
2017 : Sortie du film Al-Kenz (le trésor).




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