Semaine du 15 au 21 novembre 2017 - Numéro 1200
Un magazine pour vulgariser la science
  Le magazine Lelelm (pour la science) fait partie de la bibliothèque numérique de la Banque du savoir égyptien, Egyptian Knowledge Bank (EKB). Lancé en ligne il y a quelques jours, il vise en premier lieu les jeunes.
Un magazine pour vulgariser la science
Peu importe le nombre de journalistes permanents, l'important c'est la qualité. (Photo : Mohamad Maher)
Dina Bakr15-11-2017

Lelelm est un magazine qui fournit aux jeunes des informations qui leur permettent d’être au courant et d’approfondir leurs connaissances sur les dernières recherches scientifiques.

C’est en présence du ministre de l’Education, Tareq Chawqi, que le monde scientifique a célébré la naissance de ce premier magazine scientifique en ligne. « De nombreuses raisons ont poussé les décideurs à créer un outil qui médiatise la science. L’objectif étant d’améliorer le classement des universités égyptiennes, qui est le 139e au niveau du monde », explique Hoda Abou-Chadi, professeure de physique nucléaire et membre du Conseil spécialisé de l’éducation et de la recherche scientifique dépendant de la présidence de la République.

Ce magazine fournit une base de données et d’informations pouvant être comparée à celle publiée par la bibliothèque du Congrès américain.

En fait, l’initiative de créer le magazine Lelelm publié sur le site www.scientificamerican.com est le fruit d’un travail de 3 ans successifs et initié à la suite du discours du président Abdel-Fattah Al-Sissi à l’occasion de la Fête annuelle de la science, qui a appuyé sur l’importance de devenir une société savante où chaque citoyen est capable de réfléchir et de créer. Le Conseil de l’éducation spécialisée a révélé que le magazine mensuel Scientific American fondé en 1849 est le plus ancien magazine scientifique américain et publié en 19 langues, y compris la version française intitulée Pour la Science, à l’exception de l’arabe. Le conseil a collaboré avec la maison d’édition Springer Nature pour publier en langue arabe les nouveautés dans le domaine de la recherche, et ce, pour permettre à l’Egypte et au Moyen-Orient d’avoir une banque de données scientifiques provenant des quatre coins du monde. « Le lelm tente de faciliter la compréhension des textes scientifiques, les rendre plus attrayants et donc plus faciles à lire. Combiner entre l’importance de l’information et la clarté des termes en langue arabe est un défi dans un site qui consacre toutes ses rubriques exclusivement à la science », explique Dalia Abdel-Salam, rédactrice en chef de Lelelm. Ayant une longue expérience dans le domaine de la presse, elle ajoute que la presse écrite égyptienne attache peu d’importance aux actualités scientifiques, donnant souvent la priorité aux articles politiques ou sociaux. Et si l’occasion se présente pour publier un article de nature scientifique, la ligne éditoriale retire des terminologies ou des informations importantes, et donc l’article perd de son sens et de son importance. « A Lelelm et après la dernière lecture de chaque article journalistique, on le remet à un chercheur qui va s’assurer de l’exactitude des informations », précise Dalia.

Combler un vide

En fait, ce magazine est constitué de 5 rubriques : Esprit, Santé, Technologie, Sciences et Enseignement. 40 % du contenu est traduit de la version anglaise Scientific American et le reste est une production purement égyptienne. Ce magazine compte une quarantaine de freelances, trois reporters et quatre traducteurs qui travaillent en permanence. Le critère essentiel pour se lancer dans le domaine de l’écriture scientifique c’est la rigueur. « La formation des journalistes se fait étape par étape. Tout d’abord, on leur propose de rédiger des articles simples sur des phénomènes que l’on peut observer dans la vie quotidienne », dit Ahmad Hassan, responsable de l’administration des correspondants à Lelelm, diplômé de la faculté des sciences et qui a obtenu en 1994 le prix Abdel-Allah Al-Moubarak Al-Sobah pour un manuel de vulgarisation sur l’énergie solaire.

Un magazine pour vulgariser la science
Dalia Abdel-Salam, rédactrice en chef de Lelelm version arabe. (Photo : Mohamad Maher)

« Investir en science est un objectif, notre rôle est de mettre en avant les expériences qui ont permis de développer l’industrie. Par exemple, la recherche émanant du Centre national des recherches qui a prouvé qu’il existe des substances qui ne sont pas nocives pour la santé et que l’on peut ajouter au jus de canne à sucre pour ralentir sa fermentation. La réussite de cette expérience a encouragé des industriels à exporter toute leur production de jus de canne à sucre à l’étranger », affirme Dalia. Elle déclare que les recherches scientifiques sont nombreuses, mais choisir un thème et le publier est un travail de longue haleine. Le magazine, qui a publié la recherche, doit avoir un impact élevé (un facteur de crédibilité et d’importance dans le domaine de la recherche scientifique) pour pouvoir l’aborder dans un article journalistique. Autrefois, la télévision égyptienne diffusait des émissions scientifiques qui ont contribué à l’émergence d’une génération qui s’intéresse à la science. « Dans les années 1980, je ne ratais aucun programme scientifique à la télévision, comme les documentaires sur le monde de la mer, les animaux du monde et l’émission de Youssef Mazhar sur la technologie. Alors qu’il n’existait que 2 chaînes, il y avait une diversité de programmes scientifiques auxquels s’intéressaient les spectateurs. Dans une famille, on pouvait trouver une ou deux personnes qui suivaient assidûment de tels programmes », se souvient Hassan. Il a confié que son père et lui attendaient avec impatience ce type de documentaires. Il ajoute que si un sujet l’intéresse, il se rend à la bibliothèque pour mieux se documenter et approfondir ses connaissances. Aujourd’hui, Lelelm essaye de combler le vide laissé par les chaînes privées qui ne diffusent que des programmes de divertissement ou de sport. Il est venu ainsi répondre à un vrai besoin. « Comme beaucoup de mamans, j’ai voulu scolariser mon enfant plus tôt que l’âge prévu. Mais j’ai eu tort car en lisant une recherche publiée sur Lelelm, j’ai appris les inconvénients d’une scolarisation précoce. Priver son enfant de jouer ou de se divertir en l’obligeant à aller à l’école pour apprendre à lire et à écrire, alors que c’est un peu tôt, est déconseillé », commente Yosra, femme au foyer.

La page Facebook de ce magazine compte 80 000 visiteurs. « Suite à nos investigations électroniques, nous avons constaté que ce sont surtout les jeunes de moins de 35 ans qui nous envoient des commentaires. Ils nous proposent même d’inviter des chercheurs spécialisés dans certains domaines », signale Mohamad Yéhia, directeur exécutif à Lelelm. Les vidéos du magazine abordant différents thèmes scientifiques sont d’une excellente qualité et donnent envie de lire, et le contenu est plein de suspense. Hatem, 18 ans, explique qu’après avoir visionné des vidéos, il compte faire des études en astronomie pour devenir plus tard astronaute. Quant à Ali, 22 ans, il dit ne plus pouvoir se passer de ce magazine qui lui permet de découvrir tous les aspects de l’univers, ce qui a contribué à élargir ses connaissances dans ce domaine. La vulgarisation des sciences de cette manière pourrait augmenter le nombre d’étudiants dans les facultés de sciences. Selon le ministère de l’Education, 75 % des bacheliers choisissent les facultés de lettres, plus faciles que les autres.




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