Semaine du 15 au 21 novembre 2017 - Numéro 1200
Gérard Wolf : Notre mission est de répondre aux besoins urbains de pays émergents et en développement
  Gérard Wolf, président de BRICS ACCESS et chef de la Task Force Ville durable du MEDEF International, explique la nature de son agence et ses prochaines activités en Egypte.
Gérard Wolf
Gérard Wolf, président de BRICS ACCESS et chef de la Task Force Ville durable du MEDEF International.
15-11-2017

Al-Ahram Hebdo : Qu’est-ce que la Task Force Ville durable de Medef International ? Pourquoi avoir choisi ce thème du développement urbain durable à l’international ?

Gérard Wolf : La Task Force Ville durable du MEDEF International est un vivier de près de 500 entreprises françaises, de toutes tailles, opérant sur l’ensemble de la chaîne de valeur de la ville (planification, programmation, construction, aménagement, services urbains, maintenance) et traitant tous les secteurs de l’urbain (mobilités urbaines, BTP et construction, énergie, déchets, eau, ville intelligente et connectée). C’est un exemple unique de rassemblement d’entreprises leaders de leurs marchés ou PME, à la pointe des technologies disponibles et toujours prêtes à établir des partenariats avec des entreprises étrangères locales sur tous les continents.

Sa création en 2014 répond à un constat clair et préoccupant : la population urbaine dans le monde va croître d’ici 2050 de 2,5 milliards d’habitants selon toutes les études connues. Autant que la population totale sur Terre en 1950 ! L’Afrique représente à ce jour le continent le moins urbain avec un milliard d’habitants, dont 50 % en milieu urbain. En 2050, elle sera urbanisée à 70 %, en ayant doublé sa population totale.

L’objectif de la Task Force est donc d’apporter dès maintenant des solutions technologiques pour pallier ces besoins urbains en adoptant une démarche opérationnelle et orientée des projets. Elle incarne aujourd’hui l’offre française de la filière de la ville durable. Sa mission : répondre aux besoins urbains de pays émergents et en développement en s’adressant directement aux donneurs d’ordre de l’urbain. C’est ce que nous nous efforçons de faire avec nos partenaires égyptiens.

— Quelles ont été ses activités en Egypte jusqu’à présent ?

— En partenariat avec l’ambassade de France et notamment son service économique, qui a créé un club local de la ville durable, la Task Force a entamé une série d’actions en Egypte depuis deux ans. En septembre 2016, nous avions mené une délégation d’entreprises afin de rencontrer les donneurs d’ordre majeurs (M. Madbouli, ministre du Logement, le bureau d’ingénierie des forces armées, Zone économique du Canal de Suez, NUCA, etc.). Cette délégation avait été accompagnée par le secrétaire d’Etat au commerce extérieur d’alors, M. Matthias FEKL. Elle avait permis d’amorcer une véritable réflexion et de mieux saisir les besoins directement auprès des autorités (locales et nationales) compétentes, notamment en matière de conception, construction et aménagement des quatre villes nouvelles (New Administrative Capital City, East Port-Saïd, New El-Alamein, Al-Galala City).

Nous recevons également régulièrement à Paris des ministres égyptiens afin de construire ensemble des solutions durables et rentables de développement urbain, adaptées aux réalités du pays. L’appui constant de l’ambassade d’Egypte à Paris pour renforcer nos liens avec ces hautes autorités est extrêmement précieux !

— Quels sont les principaux objectifs de votre visite en novembre prochain ?

— Après les intentions de notre dernière mission, cette deuxième visite sera celle, nous l’espérons, des concrétisations, en bonne intelligence avec les autorités égyptiennes. Les objectifs sont donc clairs :

1. Montrer aux autorités le savoir-faire des entreprises françaises en matière de ville durable et inclusive et les solutions innovantes à disposition des autorités égyptiennes. Nous y incluons également les questions de mobilité (intra et inter-ville) qui sont consubstantielles du fait urbain.

2. Valoriser l’équipe France dans son ensemble, et nous incluons bien sûr dans cette équipe France l’ensemble du dispositif public français. Elle détient un véritable savoir-faire qui présente une vision et une offre globale de la ville.

3. Identifier des projets concrets sur lesquels les entreprises françaises peuvent potentiellement apporter une offre commune et intégrée.

4. Contribuer à l’élaboration des solutions en matière de financement. C’est ici un sujet crucial, et la condition sine qua non de la mise en oeuvre des solutions. Sur ce point, nous avons initié une réflexion de long terme, mais la France n’a pas toute seule la solution miracle. Nous avons une longue histoire industrielle de développement des partenariats public-privé. C’est dans ce sens que doivent être trouvées des solutions originales.

— Quelles sont, selon-vous, les priorités à mettre en oeuvre pour un développement urbain durable en Egypte ?

— La problématique urbaine en Egypte est cruciale. Le président Sissi n’a eu de cesse de le rappeler lors de sa récente visite officielle en France. Nous en avons retenu trois grands messages-clés.

Premièrement, la création de 13 villes nouvelles sur l’ensemble du territoire est bien entendu la priorité du gouvernement. Lors de notre dernière visite, nous avions pu prendre la mesure de l’impact de cette décision en étant la première délégation d’entreprises étrangères à visiter le chantier de la Nouvelle Capitale administrative. C’est donc une réalité qui sort de terre, et nous avons senti l’intention politique extrêmement forte à ce sujet. L’offre des entreprises françaises en la matière n’a pas à rougir. Elle est structurellement différenciante (offre qualitative, holistique et inclusive ; forte tradition urbaine française ; fort savoir-faire en termes de planification et aménagement ; diversité des technologies ; valorisation du local content). Par-dessus tout, nous portons dans l’ADN de nos entreprises la logique de partenariats de long terme avec des entreprises locales et de formation des opérateurs locaux dans tous les secteurs. C’est le réel avantage concurrentiel de la France. Le gouvernement égyptien peut donc compter sur notre appui pour accompagner sur le long terme le développement de ces villes nouvelles.

Deuxièmement, la question de la mobilité (mobilité urbaine et transports ferroviaires) est également fondamentale. Le ministre des Transports nous a récemment sensibilisés à ce point. Le réseau ferroviaire égyptien est le troisième réseau de la sous-région avec 5 500 kilomètres et 500 millions de passagers. Les récents incidents apparus à Alexandrie ont cruellement rappelé la vétusté des installations et l’ouverture au secteur privé du domaine ferroviaire est un signe extrêmement encourageant pour nos entreprises. Notre Task Force et les entreprises qui la composent regardent ces sujets de près.

Troisièmement, la question de la rénovation des infrastructures urbaines existantes reste à ne pas sous-estimer. Sur ce point, nos entreprises ont beaucoup de technologies à proposer et les besoins égyptiens en la matière sont nombreux. La visite que nous avons faite à Alexandrie nous en a donné une bonne idée.

L’objet de notre visite est donc de répondre à l’ensemble de ces besoins en décloisonnant la problématique urbaine. Dit autrement, il est important de valoriser une compréhension générale du développement urbain qui sorte des schémas dépassés de la ville en silo. L’importance de la planification est ici cruciale car elle seule peut prendre en compte cette problématique dès l’amont.




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