Semaine du 15 au 21 novembre 2017 - Numéro 1200
Ahmed Zaki Abdine : L’avenir de l’Egypte réside dans les nouveaux projets d’aménagement du territoire
  Al-Ahram Hebdo republie l’entretien réalisé avec général Ahmed Zaki Abdine, PDG du projet de la nouvelle capitale administrative, où il évoque les points forts de la cité en tant que ville durable.
Ahmed Zaki Abdine
Amira Doss15-11-2017

Ahram Hebdo : Pourquoi l’Egypte a-t-elle besoin d’une nouvelle capitale ?
Ahmed Zaki Abdine : Le Caire a changé, la ville ne cesse de croître autour d’un centre qui ne correspond plus aux besoins de ses habitants et ne répond plus aux exigences de mobilité, ni de fonctionnalité, ni de modernité en termes d’urbanisation et de croissance démographique. Cette mégapole compte entre 18 et 20 millions d’habitants et elle est au bord de l’asphyxie. Il a fallu réfléchir à un projet qui puisse désengorger la capitale. Déplacer 5 millions de personnes permettra de réduire la circulation. L’idée est donc d’offrir à ce Caire, devenu surpeuplé, trop dense et inconfortable pour la majorité de sa population, la chance d’un développement plus harmonieux et plus respectueux de son passé. De plus, la structure très centralisée du pays constitue un handicap pour le développement. La nouvelle cité marquera une importante rupture avec ce schéma centraliste.

— L’idée est-elle inspirée d’autres modèles à l’échelle internationale ?
— Notre nouvelle capitale n’est pas un cas unique au monde. Le Brésil a abandonné Rio de Janeiro pour Brasilia, la Tanzanie a remplacé Dar Es-Salam par Dodoma, la Côte d’Ivoire a créé Yamoussoukro, Abuja a remplacé Lagos au Nigeria et le Kazakhstan a créé Astana. Ce sont des décisions courageuses. Dans ces cas, les responsables avaient constaté les limites de leur capitale. L’Egypte mérite elle aussi une capitale digne de ce nom et nous avons toute l’expertise technique pour la concevoir.

— Aujourd’hui, nous passons de la simple vision aux actes. Quelle allure la nouvelle capitale aura-t-elle ?
— Il s’agira d’une ville moderne, respectueuse de l’environnement, futuriste et adaptée aux nouvelles exigences écologiques, économiques et sociales. Une oeuvre d’art qui répond aux attentes sociales et esthétiques de ses habitants. Elle possédera toutes les caractéristiques d’une ville où il est agréable de vivre, soit des chaussées d’une largeur de 124 mètres, une vallée verte d’une étendue de 40 km2 et de longues promenades piétonnes. Certains bâtiments seront pourvus de panneaux solaires. Le soleil ne sera toutefois pas la principale source d’énergie utilisée, puisque celle-ci est encore trop coûteuse à l’heure actuelle. C’est donc une centrale électrique qui sera construite par l’entreprise Siemens qui alimentera la nouvelle capitale. On y trouvera aussi un train fonctionnant grâce à l’électricité et qui la reliera aux autres villes de la région ainsi qu’un système de gestion de l’eau et des déchets qui respecte l’environnement. Le système des transports est si bien conçu que les habitants pourraient en principe se passer de la voiture. Il y aura aussi des caméras de surveillance à chaque coin de la ville ainsi qu’un système avancé de paiement de tous les services par carte magnétique. Sans compter les 12 universités internationales, les parcs d’attraction et l’aéroport international. Bref, une ville qui offre une multitude d’opportunités économiques et une qualité de vie exceptionnelle.

Ahmed Zaki Abdine

— L’idée n’est-elle pas un peu utopique ?
— Bien au contraire. Le moindre détail a été calculé, du plan pilote au jour du commencement des travaux. Le choix du site est à lui seul un facteur majeur de réussite : située au croisement de grands axes, à savoir la route Suez-Aïn-Sokhna et les autoroutes régionales et ainsi qu'à une distance raisonnable du Caire, la nouvelle capitale se trouve à un endroit stratégique. Nous travaillons de plus avec transparence, ce qui donne confiance aux investisseurs et garantit la crédibilité du projet. Nous révisons les plans à chaque phase de réalisation. Au vu des offres d’investissements qui ne cessaient d’affluer, nous avons par exemple accru la surface consacrée à la première phase, qui est passée de 10 000 à 40 000 feddans. Nous avons ainsi augmenté le nombre de quartiers résidentiels, d’universités et d’autres projets.

— Pour certains observateurs, l’idée peut paraître extravagante, voire irréaliste. Ne fallait-il pas régler d’abord les problèmes de la capitale actuelle avant de penser à en créer une autre ?
— Je trouve que ces arguments sont trop pessimistes. Pourquoi ne pas travailler sur les deux plans en parallèle ? L’Egyptien n’a-t-il pas le droit de rêver, d’aspirer à une vie meilleure et à une meilleure qualité des services ? Le développement et l’avenir de l’Egypte résident dans les nouveaux projets d’aménagement du territoire. La nouvelle capitale constitue une nouvelle issue, un espoir, un rêve. Une ville durable est une ville plus accueillante. Elle permettra de créer près de 2 millions d’emploi, une des retombées les plus attendues. En outre, le président gouvernera à partir de la nouvelle capitale et l’ensemble du gouvernement s’y installera. La ville présente l’avantage d’être entièrement nouvelle, elle sera adaptée aux ambitions de la population et pourra concurrencer les plus belles villes du monde.

La création d’une nouvelle capitale est née de la volonté d’un pouvoir fort et ambitieux. Elle sera le reflet d’une Egypte moderne. Et c’est un projet qui est à la hauteur des rêves d’un peuple tout entier : construire une nouvelle capitale pour les générations à venir constitue plus qu’un défi – c’est un rêve légitime.

— Comment et selon quels critères se déroulera le transfert vers la nouvelle capitale ?
— Il existe un plan détaillé, élaboré par la ministre de la Planification en coopération avec tous les ministères concernés. Le premier quartier à être transféré sera le quartier gouvernemental, qui comprendra tous les ministères et les administrations publiques. Nous examinerons au cas par cas les fonctionnaires qui déménageront, car le personnel qui travaillera dans les bureaux administratifs de la nouvelle capitale devra être apte à utiliser les nouvelles technologies. Tous les bureaux seront en effet dotés d’un réseau de fibre optique. Nous ferons des études de faisabilité pour ce qui est de la réutilisation des édifices actuellement occupés par ces ministères, dont la plupart sont situés dans des lieux stratégiques du Caire. Certains pourront servir d’hôtels, notamment le bâtiment du ministère des Affaires étrangères, tandis que d’autres pourront être transformés en musées, vu la valeur historique des bâtiments. Tous les bénéfices de la vente de ces édifices reviendront à l’entreprise qui administre la nouvelle capitale et couvriront les frais de la construction du quartier gouvernemental. Nous prévoyons le transfert de l’institution présidentielle ainsi que des ministères pour 2019 .




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