Semaine du 15 au 21 novembre 2017 - Numéro 1200
Pourquoi une réforme du discours religieux ?
Sameh Fawzi15-11-2017
 
 

Le débat autour du discoursreligieux se renouvelle aprèschaque attentat terroriste, ce futencore le cas après le dernier endate, celui de l’oasis de Bahariya(Al-Wahat). Certains accusent,souvent avec simplisme, lesinstitutions religieuses de leur rejetde la réforme du discours religieux,ou du moins, de leur manqued’enthousiasme à cet égard.D’autres vont jusqu’à faire porterà ces institutions la responsabilitédu terrorisme. Le débat reprend etles arguments se répètent encoredans ce qui ressemble à un messagemédiatique préfabriqué qui viseavant tout à nous décharger denotre première responsabilité.Celle de nous pencher sur la vieque nous menons, ce qu’on devientet ce qu’on cherche à réaliser. Ilne s’agit pas d’un questionnementformel, mais d’un vrai examen deconscience.

En fait, personne ne remet enquestion l’importance de la réformedu discours religieux, un sujet quioccupe beaucoup d’espace dans lesdébats publics, notamment dansles médias. Certains avancent des« avis religieux » qui contredisentle bon sens, le goût public et lesfondements de la coexistence. Ainsi,des idées fausses, stéréotypées etnégatives commencent à s’infiltrerdans la conscience collective etfinissent par construire une imageerronée de la religion. Je crois quebeaucoup doivent éprouver unmélange de honte et de tristesse ensuivant des débats autour d’idéesinhumaines proposées commefaisant partie de la religion. Ce quisuscite l’indignationd’un autre groupe quientreprend de réfuterde telles idées pourdéfendre la religion.Cela dit, je penseque le rythme troplent du projet de laréforme du discoursreligieux s’expliquepar plusieurs facteurs,à commencer par le faitqu’il n’existe pas deconsensus autour de ladéfinition de ladite réforme. Ceuxqui s’intéressent à ce sujet proposentchacun sa propre définition. Selonun groupe d’intellectuels, il s’agitde laïciser la société en séparant,complètement ou partiellement, lareligion du domaine public. Alorsque pour les institutions religieuseset l’ensemble des pratiquants,cette réforme consisterait à fairetravailler la raison pour dépasserles avis et les fatwas qui neconviennent plus à notre époque.

Et ce, sans toucher aux fondementsde la religion.Cette divergence de vues alimenteet éternise le débat, comme ce fut lecas encore récemment autour de ladéfinition de « l’Etat civil ». Pourles uns, ceci signifie l’Etat laïque,alors que pour les autres, il s’agitd’un système émancipé du pouvoirreligieux mais qui s’inscrit dansles grandes lignes des principesreligieux.Face à des interlocuteurs neparlant pas la même langue, unintellectuel américain a invité laïcset pratiquants à s’unir pour unmême objectif, celuide créer un systèmecivil qui respecte lesvaleurs. L’entreprisen’est pas facile, c’estpeut-être pourquoi lesintéressés évitent des’y engager.La réforme dudiscours religieux ne serésume donc pas à unesérie de conférenceset de colloques. C’estun processus continu,éducatif, critique, interactif, quicrée le débat et autorise la réflexionen dehors des idées héritées pourprésenter enfin la religion commeune énergie de changement et delibération face aux maux de lasociété, face au matérialisme, àla dépravation des moeurs et à ladégradation de la qualité de vie.Pour commencer, il faut allierreligion et sciences sociales.Les chercheurs doivent concilierleur vision de l’humanité avecun discours religieux éclairépour aider les gens à sortir dela marginalisation culturelle,économique et sociale. Ce qu’ilnous faut c’est une idée positivede la religion, débarrassée de toutpessimisme. Pour qu’au coeur deleurs problèmes quotidiens, lesgens retrouvent dans la religion unesource d’inspiration et un moteurde changement.A défaut d’être une pratique

éducative continue au service dela connaissance, de la conscienceet de la vie, le débat sur laréforme du discours religieux estdevenu un métier. En fait, nousn’avons pas besoin de réformer lediscours religieux pour combattrel’extrémisme et le terrorisme.Nous en avons besoin parce quenous aspirons à une vie meilleure,une vie épanouie, débarrassée del’obscurantisme et de toute pratiqueinhumaine. Mais il paraît quecertains politiciens que le terrorismeinquiète ne se sentent pas du toutinquiétés par les idées extrémistes.C’est là la vraie crise. Commesi en l’absence du terrorisme, onn’aurait plus de problème avec cesrétrogrades qui offrent une imagedésolante de la religion.La vérité est que la réformedu discours religieux sert à nousgarantir une vie meilleure, à nousimmuniser contre les maladiespsychologiques et sociales, ellesert à faire de la religion unesource d’énergie. Elle n’est pasune arme tactique à brandir face auterrorisme




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