Semaine du 15 au 21 novembre 2017 - Numéro 1200
La démission de Hariri change les règles du jeu
Mohamed Al-Saïd Idriss15-11-2017
 
 

La démission du premier ministrelibanais, Saad Hariri, intervient alorsque se cristallisait un rejet des effortsdéployés par la Russie et ses alliés(Iran, Hezbollah libanais et Bachar Al-Assad)pour imposer leur solution de la crise syrienne.Ces efforts se sont poursuivis sur deux voiesparallèles : Le processus d’Astana architecturéd’un côté par la Russie, avec l’Iran et laTurquie, pays garants du régime syrien, et d’unautre côté par les factions de l’opposition. Etladite « Conférence des peuples syriens » dontMoscou préparait la tenue sur la base aériennerusse de Hmeimim à l’ouest de la Syrie,avant d’en changer à la fois le nom, devenu« Conférence du dialogue national », et le lieu,devenu la station balnéaire de Sotchi.Sur le terrain, l’armée syrienne, soutenuepar la Russie et autres forces alliées, poursuitson avancée face à l’organisation Daech,notamment dans la zone de Gouta en banlieuede Damas et à Deir Ez-Zor.

La Russie et ses alliés semblent biendéterminés à imposer leurs règles du jeu et àconsacrer, via la diplomatie, un arrangementreflétant la réalité militaire sur le terrain,favorable au régime syrien. Il s’agit donc devoler la vedette à la Conférence de Genève,prévue le 28 novembre, ou au mieux l’utiliserpour faire valider les résultats des Conférencesd’Astana et de Sotchi.

Or, déclarer vainqueurs le régime syrien et leHezbollah, comme le souhaite la Russie, risqued’avoir d’importantes répercussions au niveaudes équilibres de force régionaux. D’abordsur le front israélo-iranien, alors qu’Israëlconsidère toute présence iranienne en Syrie,qu’elle soit militaire ou politique,comme une menace à sa propresécurité. Ensuite, sur le frontaméricano-iranien, alors que leprésident américain, Donal Trump,affiche son opposition à l’accordsur le nucléaire iranien. Et, enfinsur les équilibres politiques àl’intérieur même de certains paysarabes, notamment le Liban.Suite à un entretien à Genèveavec l’émissaire de l’Onu pourla Syrie, Staffan de Mistura, le26 octobre dernier, le secrétaired’Etat américain, Rex Tillerson,a exprimé un refus de la réalité que Moscoucherche à imposer en Syrie.« Le règne de la famille Assad touche à safin (…) Les Etats-Unis souhaitent une Syrieunifiée mais sans Bachar Al-Assad à la tête dugouvernement », a déclaré Tillerson, ajoutantque la seule question qui restait à discuter estde savoir comment y parvenir.Les propos de Tillerson ont été accueillis avecbeaucoup d’intérêt dans les cercles américains,israéliens et arabes qui craignent la victoire del’axe irano-russe en Syrie.

Les analystes ont estimé que les Etats-Unis pourraient choisir parmi trois optionspour contrecarrer ce scénario : S’impliquerdirectement dans la guerre en Syrie, utiliserl’arme des sanctions économiques contrel’Iran, le Hezbollah, voire contre la Russie, oualors déclarer la guerre aux milices iraniennesen Syrie, mais aussi en Iraq, au Yémen et auLiban.Or, s’impliquer dans une guerre ouverteest une aventure pleine de risques, dontnotamment celui de mettre en danger lesrelations, déjà tendues, avec la Russie. Pource qui est des sanctions économiques, l’armepréférée de Washington, celles-ci peuvents’avérer inefficaces. Washington devra doncabandonner sa passivité et s’écarter de l’ornièredes sanctions économiquesqui ne feraient qu’accentuerl’intransigeance iranienne. Restela seule option valable, du moinspour le moment, celle de faire laguerre aux milices iraniennes.

Parce qu’en fin de compte,l’endiguement de l’influenceiranienne nécessite une action surle terrain.Mais par quelle brèche faut-ils’inviter pour entamer la guerrecontre les milices ? L’Iraq, laSyrie ou le Liban ? La démissionde Saad Hariri a apporté laréponse. Malgré sa situation compliquée, leLiban reste, comme toujours, le maillon faibledans tout affrontement.

Cette démission, annoncée depuis Riyadquelques heures après la rencontre de Haririavec Ali Akbar Velayati, principal conseillerdu guide suprême iranien, Ali Khamenei, estpour le moins déstabilisante pour l’Iran et leHezbollah. Elle signifie que le conflit avecl’Iran est en passe d’être transporté au Liban,par une frappe préventive contre le Hezbollah,anticipant son retour victorieux de Syrie. LaRussie et l’Iran seront ainsi obligés de refaireleurs calculs à Sotchi.Il pourrait s’agir d’un prélude à uneintervention israélienne au Liban, laquelle,à défaut de pouvoir créer un nouvel équilibrede force en Syrie, pourrait, avec un feu vertaméricain, constituer le début d’un retournementde situation. Washington y réfléchit .



Mots clés:

Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire