Semaine du 8 au 14 novembre 2017 - Numéro 1199
Match d’infidélité
  Dans son second long métrage Al-Fondoq (l’hôtel), le réalisateur Atef Choukri visite de nouvelles mers dramatiques, celles du socio-suspense. Une oeuvre simpliste dans son ensemble, au but dramatique toutefois bien accompli.
Match d’infidélité
Infidélité et suspense dans L’Hôtel.
Yasser Moheb08-11-2017

Que faire lorsqu’on découvrel’infidélité et la trahison de sonpartenaire ? Cette infidélité est-elle lafin de la vie conjugale, ou bien peutêtrele début d’un virage au profitde cette vie ? Ce sont les questionsprincipales auxquelles essaie derépondre le nouveau film Al-Fondoq(l’hôtel), écrit par Ossama Fahmi etréalisé par Atef Choukri.Ce film rend compte de différentesvariables qui peuvent influer laconduite des gens et orienter lesmicros et les macro-événements quivont les guider. A partir d’une histoired’un jeune couple — joué par OlaGhanem et Mohamad Nagati —,on rejoint celle d’un adultère, puiscelle d’une enquête de sécurité,celle de l’hôtel où la majorité desévénements ont lieu. Dévoré par lajalousie, le mari suit son épouse allantclandestinement passer la nuit dansun hôtel. Il avait tenté en vain de laconvaincre de passer cette nuit aveclui à Hurghada.

D’un coup, le mari découvre quel’amant de sa femme n’est que sonmeilleur ami et passe au crime. Seulle hasard empêche plusieurs accidentset crimes d’être commis. Le scénarioest volontairement complexe,empesé par l’exposition de plusieursproblèmes et historiettes dramatiques,à travers les gens qui se croisent dansl’hôtel. Chacun a ses problèmes, sadouleur et ses ambitions, légitimesou pas, mais on a l’impression qu’ilssont tous vaincus par leurs destins etpresque tous teintés par la faiblesse etle désir : d’un amour, d’un mariage,d’une chance de travail ou même d’unabus. Mais, personne d’entre eux neréussit à réaliser son désir.Le scénario comporte en effet uncertain nombre de coïncidences, peucrédibles, et des incohérences, parfoisdifficilement compréhensibles.La dernière demi-heure du filmreste la plus passionnante, vu qu’elleéclaire enfin le spectateur, maisqu’elle laisse aussi entrevoir desaspects troublants d’un grand nombrede vies conjugales et des relationsd’amitié déformées.

Tout recommence par la fin et leséléments s’enchaînent au fur et àmesure que l’histoire se développesous les yeux du spectateur. Lessecrets apparaissent au grand jour,les personnages montrent leurs vraisvisages et l’on se passionne de plusen plus pour cette idée principale duscénario, qui peut sembler confus,notamment vers la fin du film.

Une technique sans grandes reproches
Côté mise en scène, rien n’està reprocher, sauf un manqued’allure, sous l’effet de techniquescinématographiques dignes d’unesoirée télévisée, élégante, sans plus.L’atmosphère terne qui englobe lefilm accentue la froideur des émotionsqui animent les personnages. Lestons pâles soulignent leur solitude,et la brume enveloppant les scènestournées à l’extérieur de l’hôtels’infiltrent ici et là comme le malêtrequi intervient partout. Quantau rythme, il peut paraître un peulent, mais c’est, au contraire, ce quifait la qualité et la caractéristique dece genre de film. La caméra se veutassez neutre, se posant comme uneespèce de témoin parfois invisible,à travers l’oeil magique des portesdes chambres de l’hôtel, à traverslequel chacun suit discrètement lescomportements infidèles et la trahisonde l’autre.

Le meilleur de L’Hôtel reste, entreautres, l’interprétation. Tous lescomédiens s’avèrent bien adéquatsaux caractères qu’ils jouent, OlaGhanem, Ahmad Karara, AhmadBédeir, Haggag Abdel-Azim,Mohamad Al-Sawi, et même ladanseuse Marwa, qui se place unpeu loin que les scènes de séduction.Mais Mohamad Nagati reste legrand vainqueur à bien d’égards, semontrant plus mûr, plus naturel etplus crédible dans sa prestation.Il faut saluer également labonne bande musicale, signéeKhaled Hammad, qui appuie trèsintelligemment le scénario etemmène le spectateur dans un moodtendre et serein dès le début jusqu’àla fin, tout en offrant au film unecertaine élégance. Le montage estbien pensé, mêlant les séquencessuivant les différents personnagespour comprendre petit à petitl’origine de certains événementsou comportements, qui reviennentparfois en flash-back filmé en scènesdifférées.

Bref, ce film pourtant réussi n’a pas,toutefois, le perforant des grands filmsdu genre. L’oeuvre avait au moins lavolonté de jeter une pierre dans la merstagnante des films qui se suivent etse succèdent au grand écran. Objectifatteint.




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