Semaine du 8 au 14 novembre 2017 - Numéro 1199
Balfour : L’injustice a la peau dure
  Le livre 100 ans après la Déclaration Balfour de Mayssara Salah-Eddine est un voyage dans le temps à travers la culture et la politique, pour comprendre l’origine lointaine du drame palestinien.
L’injustice a la peau dure
Mostafa Taher08-11-2017

Le livre suit l’histoire de l’oppression des juifs (dans laquelle les Palestiniens n’ont joué aucun rôle) du début jusqu’au XXe siècle, quand l’Angleterre, avec d’autres puissances européennes, a décidé que le meilleur moyen de contrôler cette région c’est d’y implanter un Etat israélien.

Dans un entretien accordé à l’Hebdo, Mayssara Salah-Eddine pense que le plus important dans son livre c’est le lien qu’il a établi entre l’Histoire et la littérature. Dans sa version, l’Histoire se base sur des sources litté­raires et artistiques pour souligner les droits perdus des Palestiniens. Il s’attarde sur les facteurs psychologiques, religieux et humains derrière le choix de la Palestine comme foyer du peuple juif.

Mayssara Salah-Eddine fait le va-et-vient entre religion et littérature, folklore et poli­tique, et nous emmène dans un voyage à tra­vers l’histoire des juifs dans la région et dans le monde, pour comprendre comment et pour­quoi les Arabes ont été trahis, et quelle est la part de vérité et de mythes dans tout cela.

A travers les oeuvres de Shakespeare et de Charles Dickens, entre autres, elle nous montre comment les juifs étaient vus en Europe et nous fait découvrir les incidents et les textes qui ont façonné la personnalité juive et enra­ciné la notion de la Terre promise. On découvre également, documents à l’appui, les facteurs historiques qui ont poussé la Grande-Bretagne à promettre la Palestine aux juifs dans la foulée de la Première Guerre mondiale.

L’instrumentalisation de l’Histoire
La création d’un Etat hébreu en Palestine, sous une protection anglo-européenne, pose un obstacle permanent à la continuité territoriale entre l’Egypte et les pays du Levant, et à la formation d’une alliance arabe allant de la vallée du Nil et de l’Afrique du Nord au Canal de Suez et à l’Asie mineure, comme ce fut le cas sous le règne de Mohamad Ali. Continuité qui inquiétait beaucoup les puissances colo­niales.

Le livre s’attarde sur les complots qui ont visé les Arabes à travers l’Histoire. Riche en documents, on y trouve des lettres échangées, au début de la Première Guerre mondiale, entre Sir McMahon, haut-commissaire britannique en Egypte, et le chérif Hussein, l’émir de La Mecque, sur l’avenir de la région. On suit le déroulement des événements qui ont abouti à la Déclaration Balfour et la création de l’Etat d’Israël.

Les juifs ont mis à profit leur persécution sous les anciens colonisateurs et occupants, et plus récemment sous l’Allemagne nazie. Et leur projet de créer une patrie a rencontré le désir des puissances coloniales d’affaiblir cette région.

La Grande-Bretagne est sortie affaiblie de la guerre, et les Etats-Unis ont pris le relais. Le rôle de ce pays est expliqué dans le livre. Ce sont les médias américains qui ont retransmis au monde entier les images des camps de concen­tration nazis, des fosses com­munes et des chambres à gaz, avec un intérêt exclusivement accordé aux juifs, aux dépens des victimes non juifs de l’ho­locauste.

Le livre expose les diffé­rents points de vue, y compris ceux des juifs qui s’oppo­saient à la création d’Israël. On comprend comment les juifs sont devenus plus déter­minés à créer leur patrie après la Deuxième Guerre mondiale et comment le monde entier est devenu plus sympathisant avec eux et plus favorable à ce projet.

Les mouvements d’immigrations juifs se succédèrent et le président américain Harry Truman propose d’installer en Palestine 100 000 rescapés de l’holocauste. La Grande-Bretagne, meurtrie après deux guerres mon­diales, a réalisé que le prix de garder la Palestine devenait trop cher, d’où sa décision de confier à l’Onu la mission de préserver la paix entre les Arabes et les Israéliens dans ce pays. La Grande-Bretagne s’est donc retirée de la Palestine sous couvert international. Andreï Gromyko, ambassadeur de l’URSS au Conseil de sécurité de l’Onu, suggère le recours à la partition de la Palestine entre Arabes et Israéliens. Un comité onusien débute alors un voyage en Palestine.

Les Israéliens ont vite établi des liens avec les membres de ce comité pour les convaincre de leur droit de revendiquer la Palestine, surtout que leurs villes, leurs terrains agricoles et leurs écoles sont les plus proches de la civilisation et du style européens, alors que les villes arabes sont, selon eux, primitives et rudi­mentaires. L’idée de la création d’Israël a fini ainsi par s’imposer .

Mit Aam Ala Waad Balfour, Qiraä Tarikhiya Adabiya (100 ans après la Déclaration Balfour, une lecture historico-littéraire) de Mayssara Salah-Eddine, aux éditions Al-Yasmine, 2017.




Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire