Semaine du 8 au 14 novembre 2017 - Numéro 1199
Le patrimoine de l’humanité exposé à Abu-Dhabi
  Fruit d'un projet franco-émirati, le Musée du Louvre d'Abu-Dhabi ouvre ses portes le 11 novembre. Il permettra aux Emirats de diversifier leur offre touristique.
Le patrimoine de l’humanité exposé à Abu-Dhabi
Dalia Farouq avec agences08-11-2017

Sur l’île de Saadiyat à Abu-Dhabi, la capitale des Emirats arabes unis, les dernières touches ont été apportées cette semaine au nouveau Musée du Louvre. Celui-ci sera officiellement inauguré le 8 novembre, en présence du président français, Emmanuel Macron, et ouvrira ses portes au public le 11 novembre.

Conçu, selon ses responsables, pour être un musée aux valeurs humanistes universelles, le Louvre d’Abu-Dhabi regroupe sous ses toits des pièces représentant toutes les époques historiques, ainsi que les civilisations des quatre coins de la planète. Les festivités de l’inauguration refléteront, elles aussi, la notion d’universalité, puisqu’elles seront animées par des stars du monde entier, comme le chanteur français Matthieu Chédid, le trompettiste franco-libanais Ibrahim Maalouf, ainsi qu’une artiste malienne et une chanteuse et danseuse colombienne. Le nouveau musée est composé de 55 bâtiments. Son histoire a commencé en 2007, avec le souhait commun des Emirats arabes unis et de la France de créer une institution culturelle d’un nouveau genre. Le projet est né d’un accord intergouvernemental signé entre Paris et Abu-Dhabi. Le jour de son inauguration venu, le musée s’étend sur une superficie d’exposition intérieure de 8 600 m2, répartie en 23 galeries permanentes avec 600 oeuvres d’art, dont 300 — prêtées par 13 musées français — seront exposées durant la première année d’ouverture. Les objets exposés, soit par thèmes, soit pour illustrer une civilisation ou une époque, donnent au musée son caractère multiculturel. Outre les diverses pièces antiques, les visiteurs du Louvre d’Abu-Dhabi vont pouvoir admirer des chefs-d’oeuvre des plus grands peintres du monde.

Le patrimoine de l’humanité exposé à Abu-Dhabi
La princesse Bactrian.

Le musée exposera aussi bien des objets datant de plusieurs millénaires av. J.-C. et venant d’institutions du Moyen-Orient, que des oeuvres prêtées par des musées français. La collaboration ne se limitera pas aux échanges entre Abu-Dhabi et le Musée du Louvre de Paris, mais s’étendra à seize autres musées et institutions culturelles français. Entre autres, le Musée d’Orsay et de l’Orangerie, la Bibliothèque nationale de France, le château de Versailles, le centre Pompidou et le château de Fontainebleu. Il s’agit avant tout d’envoyer « un message de tolérance », comme l’a décrit Mohamed Khalifa Al Moubarak, président de l’Autorité du Tourisme et de la Culture d’Abu-Dhabi (ATC), qui voit le musée comme un centre d’attraction culturel et bénéficiant du soutien et de l’expertise française.

Chefs-d’oeuvre du monde entier

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Isis Lactans.

A côté de la statuette en bronze du dieu égyptien Osiris se trouvent une tête de Bouddha de la dynastie chinoise des Wei orientaux et une tête impériale romaine de l’Italie du IIe siècle. Parmi les chefs-d’oeuvre de la peinture exposés, on trouve La Belle Ferronnière de Léonard de Vinci, Bonaparte franchissant les Alpes de Jacques-Louis David, un autoportrait de Vincent Van Gogh du Musée d’Orsay et une sculpture d’Auguste Rodin, Bacchus à La Cuve. Au nombre des autres objets figurent notamment une princesse de Bactriane — l’un des plus beaux exemplaires de ces statuettes votives datant de la fin du IIIe millénaire av. J.-C., un bracelet en or orné de têtes de lion provenant du Moyen-Orient, un tableau d’Osman Hamdy bey intitulé A Young Emir Studying (jeune émir étudiant) et une toile de Paul Gauguin, Les Enfants luttant. Le dialogue entre les religions constitue une autre dimension du musée, où se côtoient une Bible gothique, un Coran syrien du XIIIe siècle, un Pentateuque, ainsi que des textes bouddhistes ou taoïstes. Le musée entend à la fois incarner le dynamisme du monde arabe contemporain et célébrer l’héritage multiculturel de la région. Raison pour laquelle des prêts régionaux et locaux — notamment d’Arabie saoudite, d’Oman, de Jordanie et des Emirats arabes unis — figurent parmi les objets exposés. Comme cet outil en pierre préhistorique datant de 350 000 ans av. J.-C., la borne milliaire en provenance de la route de La Mecque et une stèle funéraire venant de La Mecque, toutes deux datant d’entre 700 et 900 de notre ère, indique le communiqué de presse du musée, datant du mercredi 1er novembre. Ces objets viennent de la Commission saoudienne du tourisme et du patrimoine national. A ceux-ci s’ajoutent un buste à deux têtes, vieux de plus de 8 000 ans et venant du département des antiquités de Jordanie, ainsi qu’un trésor monétaire découvert au Sultanat d’Oman. Enfin, il y aura des pièces de monnaie de la période du califat abbasside (750 à 1258 de notre ère), un vase à décor géométrique importé de Mésopotamie (5 500 ans av. J.-C.) et une bouteille importée du sud-ouest du Pakistan (2 000 à 2 500 ans av. J.-C.).

C’est le grand architecte français Jean Nouvel — auteur de plusieurs bâtiments en France et ailleurs, à l’instar de l’Institut du monde arabe à Paris et du musée du Qatar, et lauréat du Pritzker Prize, l’équivalent du prix Nobel en architecture — qui a conçu le Musée du Louvre d’Abu-Dhabi. Dans son design, Nouvel s’est inspiré de la culture architecturale arabe pour concevoir la « ville-musée ». Le musée est ainsi dominé par un immense dôme argenté qui semble flotter au-dessus de lui. Inspiré de la coupole, forme caractéristique de la culture arabe, le dôme possède un diamètre de 180 m et est constellé d’étoiles, traversées par une « pluie de lumière ».

Pour ce qui est du contenu du musée, les questions relatives au transport, à la conservation et à la sécurité des objets exposés ont suscité des inquiétudes chez les spécialistes. « Leur protection est vitale et nous nous sommes assurés de disposer des systèmes requis », explique Al Moubarak, président de l’ATC. Il cite notamment le contrôle des températures et de l’humidité, alors que la chaleur extérieure excède 40 degrés pendant les mois d’été. Il indique en outre que les forces armées émiraties ont été mobilisées en coordination avec des experts français, afin de protéger le musée contre les attaques terroristes.

Si l’ouverture du musée a dû être retardée à plusieurs reprises en raison de problèmes de financement, cette fois, les choses sont finalement bouclées. « Le Musée du Louvre d’Abu-Dhabi est la réponse conjointe de Paris et d’Abu-Dhabi à un moment où la culture est attaquée », a déclaré la ministre française de la Culture, Françoise Nyssen, lors d’une conférence de presse organisée à Abu-Dhabi pour annoncer la date de l’inauguration.

Les Emirats, destination culturelle

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Sarcophage funéral de la princesse Henuttawy.

Le Louvre d'Abu-Dhabi n’est pas le seul projet avec lequel les Emirats arabes unis comptent affirmer leur position comme destination touristique de premier plan dans la région. Deux autres musées verront le jour sur l’île de Saadiyat : le Musée de Guggenheim et le Musée Zayed. Selon les responsables émiratis, ces projets ont pour objectif de soutenir l’évolution d’Abu-Dhabi, qui aspire au statut de destination touristique mondiale d’excellence durable. « Ce dynamisme culturel aux Emirats reflète l’intelligence des responsables du tourisme là-bas. Ils veulent diversifier l’offre touristique de leur pays, les autorités locales accordant une grande importance à la mise sur pied d’un tourisme culturel », explique Magdi Sélim, expert touristique égyptien. Il ajoute que le Musée du Louvre n’aura pas d’impact négatif sur les flux touristiques en Egypte, pays connu pour son tourisme culturel. « En Egypte, l’offre est diversifiée, puisqu’elle comprend le tourisme balnéaire, religieux et des conférences. Ce qui n’empêche pas l’Egypte de posséder des milliers de pièces antiques qui font rêver les voyageurs et les motivent à venir les contempler, par exemple dans les musées à ciel ouvert comme Louqsor ou à Rue Al-Moez au Caire ».

Elham Salah, directrice du secteur des musées au ministère des Antiquités, est du même avis. Elle souligne que les antiquités égyptiennes sont répandues dans de nombreux musées du monde entier et que cela n’empêche pas les touristes de se rendre en Egypte pour les admirer dans leur contexte naturel. C’est même le contraire. En effet, les expositions de trésors de l’histoire égyptienne à l’étranger sont l’une des raisons de la croissance des flux touristiques vers l’Egypte. C’est ce que montre notamment l’exposition Reine d’Egypte, tenue au Japon en 2016, qui a été suivie par une hausse du nombre de touristes japonais en Egypte. « Les antiquités égyptiennes sont les meilleurs ambassadeurs du patrimoine égyptien à l’étranger », conclut Salah.




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