Semaine du 8 au 14 novembre 2017 - Numéro 1199
Climat d’affaires : L’Egypte conteste le rapport de la Banque mondiale
  L'Egypte a régressé de 6 points dans le dernier rapport Doing Business de la Banque mondiale, en dépit de quelques progrès. Le gouvernement égyptien conteste le document.
Climat d’affaires : L’Egypte conteste le rapport de la Banque mondiale
La lenteur des procédures liées à l'importation a affecté le classement de l'Egypte.
Marwa Hussein08-11-2017

La place de l’Egypte a régressé de 6 points dans le rapport Doing Business 2018 établi par la Banque Mondiale (BM). Celui-ci évalue la réglementation des affaires dans 190 économies. Cette année, l’Egypte est classée 128e. En 2017, elle avait été classée 122e contre 131e en 2016. C’était la première fois que le rang de l’Egypte s’améliore dans Doing Business depuis 2010. Pendant des années, les responsables égyptiens ont manifesté des réserves sur la méthodologie du rapport qu’ils trouvent injuste, malgré la coopération continue entre le gouvernement et la Banque mondiale. « Les données du rapport sont calculées en fonction des réformes mises en place au cours d’un intervalle de temps trop maigre, de mars jusqu’à fin mai, le gouvernement a engagé plusieurs réformes qui n’ont pas été prises en compte par le rapport », a déclaré Sahar Nasr, ministre de l’Investissement et de la Coopération internationale, lors d’une conférence regroupant des responsables de différents ministères, du gouvernement égyptien et les co-auteurs du rapport à Washington, en présence de la presse.

Les responsables présents ont énuméré les réformes engagées depuis le mois de juillet que le rapport n’a pas pris en considération comme la promulgation de la loi sur les licences de construction, celle sur l’investissement, ainsi que sa charte exécutive, la facilitation des procédures de collecte des impôts et l’automatisation des procédures liées à la création d’entreprises, y compris l’introduction d’un système de signature en ligne. « Les données du rapport datent de cinq mois, comment peut-on prendre des décisions en se basant sur des informations anciennes ? Paradoxalement, d’autres rapports de la Banque mondiale saluent les réformes du gouvernement alors que Doing Business les néglige », résume Sahar Nasr. Le projet Doing Business n’aborde pas toutes les réformes macroéconomiques. Il porte surtout sur les petites et moyennes entreprises et mesure la réglementation qui s’applique à elles tout au long de leur cycle de vie. Ainsi, l’année passée, la note de l’Egypte s’était améliorée dans un contexte économique marqué par la pénurie de devises étrangères et par un taux de change au marché noir ayant atteint presque le double du taux officiel. L’amélioration sur le marché des changes n’a pas été prise en considération par le rapport. Celui-ci mesure la facilité ou la difficulté pour les entrepreneurs locaux de lancer de petits ou moyens projets, en évaluant le cadre réglementaire de onze domaines différents, dont la création d’entreprises, l’obtention d’un permis de construire, ou encore le paiement de taxes et d’impôts.

Les responsables de la Banque mondiale saluent les efforts de l’Egypte malgré la régression de sa note. « L’Egypte a engagé des réformes économiques ambitieuses au cours des dernières années, ce qui a contribué à renforcer la confiance des investisseurs et à attirer des capitaux étrangers. Cette année, l’IFC (International Finance Corporation, membre du groupe de la BM dont les activités concernent le secteur privé dans les pays en développement) a triplé ses investissements dans le pays », déclare Walid Labadi, directeur national de l’IFC pour l’Egypte, la Libye et le Yémen. « Il y a des signes que les réformes économiques engagées par l’Egypte commencent à porter leurs fruits. Par exemple, nous constatons une augmentation des flux de capitaux vers l’Egypte, en particulier dans les secteurs de l’énergie et de l’industrie », a déclaré Merza Hassan, doyen du Conseil exécutif et directeur exécutif du Groupe de la Banque mondiale.

Enregistrement des propriétés, la faille
Les auteurs du rapport estiment que la faille principale cette année pour l’Egypte est qu’elle a rendu plus difficile l’enregistrement des propriétés, en haussant les frais requis pour la ratification des contrats de vente. « Cette décision a été prise par l'ordre des Avocats qui a élevé le plafond maximum des frais qu’il reçoit en échange de la vérification des contrats de vente de 5 000 L.E. à 25 000 L.E. Nous allons, en concertation avec le ministère de la Justice, discuter de ce point avec le syndicat », a déclaré la ministre Sahar Nasr. Le rapport a par ailleurs salué les avancées faites par l’Egypte dans d’autres domaines, surtout en ce qui concerne la protection des investisseurs minoritaires. « L’Egypte a adopté un certain nombre de réformes commerciales-clés au cours de l’année écoulée, dont une visant à améliorer le climat des affaires pour les petites et moyennes entreprises nationales, ce qui a été reconnu dans le rapport », note un communiqué de presse de la BM, ajoutant qu’une autre réforme engagée par l’Egypte met l’accent sur la protection des investisseurs minoritaires, et renforce leurs droits et leur rôle dans les grandes décisions d’entreprise. L’Egypte est classée maintenant au 81e rang mondial dans ce domaine. Selon le rapport, l’Egypte est parmi 13 économies ayant adopté en 2016/17 une législation renforçant la transparence des entreprises.

Climat d’affaires : L’Egypte conteste le rapport de la Banque mondiale

En résumé, selon le rapport, l’Egypte a réalisé au cours des dernières années des progrès, mais elle a aussi pris des retards. Le communiqué de presse de la BM note que les meilleurs résultats du pays sont dans le domaine de la gestion des permis de construction, où il se classe au 66e rang mondial. « Par exemple, l’obtention d’un permis de construire un entrepôt en Egypte ne coûte que 1,9 % de la valeur de l’entrepôt, contre une moyenne de 4,3 % dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord », note le rapport. Autre domaine où l’Egypte est sur le bon chemin est celui de l’obtention des crédits, toujours selon le communiqué de presse. « L’Egypte réalise 8 points sur l’indice de profondeur de l’information de crédit, comparé à une moyenne régionale de seulement 4,8 points », dit la BM. Le domaine où la banque réclame plus d’efforts de la part de l’Egypte est l’enregistrement des biens en raison de la hausse des coûts de vérification et de ratification des contrats de vente. Le rapport souligne aussi que l’Egypte est sous-performante dans les domaines du paiement des taxes où elle est classée 167e, et le commerce transfrontalier, où elle se classe 170e au niveau mondial. Il faut 265 heures pour obtenir les documents nécessaires à l’importation des marchandises, soit quatre fois plus longtemps que la moyenne mondiale qui est de 66 heures. A plus long terme, les responsables de la BM et les auteurs du rapport notent que l’Egypte a mis en oeuvre 7 réformes dans le domaine de la création d’entreprises au cours des dernières années. « Par conséquent, le temps nécessaire à la création d’entreprise a été réduit de plus de moitié depuis 2002 (date de lancement du rapport), soit 14,5 jours contre 39,5 jours en 2002. Quant au coût de création d’entreprises, il a également été réduit passant de 65,6 % du revenu par habitant il y a 15 ans à 7,4 % du revenu par habitant actuellement », conclut le communiqué de presse de la BM .




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