Semaine du 8 au 14 novembre 2017 - Numéro 1199
Tournée asiatique de Trump axée sur la Corée du Nord
  Sur fond de grave tension entre Pyongyang et Washington, le président américain, Donald Trump, a entamé vendredi sa première tournée en Asie pour une douzaine de jours. Objectif : maximiser la pression internationale sur le régime nord-coréen.
Tournée asiatique de Trump axée sur la Corée du Nord
Le premier ministre japonais a affirmé que son pays abattrait les missiles nord-coréens, si nécessaire. (Photo : AFP)
Maha Al-Cherbini avec agences08-11-2017

Il s’agit de la première tournée en Asie du président américain, Donald Trump, la plus longue effectuée par un président américain dans la région depuis un quart de siècle. En une douzaine de jours, le président américain se rend à Hawaï, au Japon, en Corée du Sud, en Chine, au Vietnam et aux Philippines. Outre les relations avec ces pays et les deux sommets régionaux, l’un de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean), l’autre de la Coopération économique pour l’Asie Pacifique (Apec)) auxquels Trump sera présent, le président américain compte appeler tous les pays, Chine en tête, à « faire plus » pour isoler Pyongyang et pousser à sa dénucléarisation. « Nous devons régler le problème nord-coréen. C’est un très gros problème », a confié Trump avant de valider, vendredi 3 novembre, de nouvelles sanctions qui visent les institutions financières étrangères qui participent au financement des projets de Pyongyang. Bafouant les menaces américaines, Pyongyang a exclu tous pourparlers avec Washington et menacé samedi de « développer son arsenal nucléaire ». Au Japon, où il est arrivé dimanche 5 novembre, Trump a souligné la solidité des liens entre Washington et Tokyo. En effet, l’un des principaux enjeux de cette tournée est de consolider les relations entre Washington et ses alliés japonais et sud-coréen.

Toujours dans l’optique nord-coréenne. Donald Trump a ainsi averti que Tokyo « nation guerrière » pourrait prendre les choses en main si la menace que pose la Corée du Nord n’était pas traitée par Pékin, principal soutien du régime nord-coréen. Soutenant la politique de Trump consistant à maintenir toutes les options sur la table, le premier ministre japonais, Shinzo Abe, a affirmé lundi que son pays abattra les missiles nord-coréens, « si nécessaire », tout en imposant de nouvelles sanctions consistant à geler les avoirs d’une trentaine d’organisations et de personnalités nord-coréennes. Signe de la tergiversation du numéro un américain quant à la politique à suivre vis-à-vis du régime nord-coréen : alors que Donald Trump affiche sa fermeté sur le dossier nord-coréen, il a adopté lundi à Tokyo un ton « moins agressif », n’excluant pas de rencontrer Kim Jong-Un pour le convaincre de renoncer à ses ambitions nucléaires, même s’il a jugé un tel scénario « prématuré ». Après le Japon, le président américain est arrivé lundi 6 novembre en Corée du Sud qui a adopté à son tour une série de sanctions unilatérales contre Pyongyang. C’est enfin ce mercredi que tous les regards seront rivés sur le message que le leader américain adressera à la Corée du Nord depuis Séoul. Or, la fermeté n’a pour le moment pas porté ses fruits. « La politique des sanctions est sans effet. Pour preuve, les trains de sanctions du Conseil de sécurité n’ont pas porté Pyongyang à renoncer à son programme nucléaire. Car pour ce régime, le nucléaire est un outil de chantage et un moyen de se protéger contre toute agression américaine », met en garde Dr Hicham Mourad, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire.

La Chine, l’étape la plus importante

Selon les experts, l’étape cruciale de cette tournée serait la Chine — partenaire commercial de la Corée du Nord — que Trump devrait pousser à adopter de nouvelles sanctions. Accusant la Chine de « mollesse » vis-àvis de son voisin communiste, le leader américain compte faire son maximum pour convaincre son homologue chinois, Xi Jinping, de prendre de nouvelles sanctions contre son turbulent allié. « Il est évident que les efforts de la Chine ne sont pas suffisants », a martelé Trump. Même si les deux puissances sont d’accord sur le danger que représente le régime de Pyongyang, elles n’entendent pas utiliser les mêmes moyens. Pour les Etats-Unis, laisser Pyongyang avec une telle capacité de nuisance est intolérable : Trump voudrait que la Chine cesse tout commerce, notamment du pétrole, avec la Corée du Nord. En revanche, la Chine, qui a déjà augmenté la pression économique sur le régime nord-coréen, préfère une approche plus productive : elle veut maintenir à tout prix la stabilité sur la péninsule coréenne. « Pékin est dans une situation embarrassante. Il ne peut pas admettre que son voisin turbulent possède l’arme nucléaire, mais il ne peut jamais le priver de son soutien, car il va s’effondrer. Cet éventuel effondrement aurait de lourdes conséquences sur la Chine, notamment un exode massif des Nord-Coréens vers ses territoires. De plus, permettre l’effondrement de la Corée du Nord ouvrirait la voie à une éventuelle réunification de la péninsule coréenne sous domination américaine, ce que Pékin n’accepterait jamais. Il est donc peu probable que la rencontre entre Xi et Trump rapproche ces points de vue disparates », prévoit Dr Mourad. Outre Pékin, le numéro un américain a indiqué qu’il rencontrerait son homologue russe Vladimir Poutine – second allié de Pyongyang — lors de sa tournée, pour solliciter son aide sur la Corée du Nord. « Il est peu probable que Moscou et Pékin changent leurs positions sur la Corée du Nord. Ils veulent maintenir le régime de Pyongyang pour embêter leur ennemi commun, les Etats-Unis. Ils peuvent accentuer la pression sur le régime stalinien mais dans une certaine limite de peur qu’il ne s’effondre. L’unique solution à la crise coréenne serait de revenir le plus vite possible à la table des négociations », prévoit le politologue.




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