Semaine du 1er au 7 novembre 2017 - Numéro 1198
Tamer Al-Mihi : Nous voulons allier expertise académique et expertise artistique
  De nombreux cinéastes et comédiens ont assisté à la cérémonie de réouverture de l’Académie des arts et des technologies du cinéma. L’Hebdo a rencontré le cinéaste Tamer Al-Mihi, fils du fondateur de l’académie et initiateur de cette relance. Entretien.
Tamer Al-Mihi
Tamer Al-Mihi
Mohamad Atef01-11-2017

Al-ahram hebdo : L’Académie des arts et des technologies du cinéma a fermé ses portes avec la disparition de son fondateur, le cinéaste Raafat Al-Mihi. Quelles sont les raisons de cet arrêt ?
Tamer Al-Mihi : En fait, les activités de l’académie s’étaient pratiquement arrêtées avec la maladie de mon père. Il était la force motrice de cet établisse­ment, il participait en personne aux tests de sélection des étu­diants et suivait leurs projets de fin d’études. Au cours de sa maladie, le niveau de l’acadé­mie a fortement baissé, ce qui risquait de nuire à son histoire, d’où la décision de prendre une pause pour la remettre sur les rails. Parce qu’il s’agit avant tout d’assurer une bonne forma­tion aux étudiants, non de leur garantir une carte syndicale.

— Qu’est-ce que vos étu­diants découvriront à leur retour ?
— Nous avons adopté un plan de modernisation sur plusieurs volets. Des accords ont été conclus avec des entreprises pour moderniser les équipe­ments de l’académie et per­mettre aux étudiants une forma­tion technique mise à jour. D’autres compagnies offriront aux étudiants leurs services de post-production, pour les aider à mener à bien leurs projets. Enfin, des agences de publicité leur permettront de projeter leurs films dans les divers festi­vals de cinéma et de les com­mercialiser auprès des chaînes satellites.

— Qu’est-ce qui distingue votre académie des « ateliers de cinéma » qui ont proliféré ces derniers temps ?
— Il ne s’agit pas de rassem­bler des étudiants dans un appartement ou une villa pour leur enseigner des théories. Chez nous, le tournage se fait sur le plateau, ce qui permet aux étudiants d’entrer en contact avec l’industrie du ciné­ma. Parce que les théories qu’on enseigne sont partout les mêmes, mais ce qui distingue un endroit de l’autre, c’est son rapport avec l’industrie et le marché.

— Le système d’enseigne­ment a-t-il lui aussi subi des changements ?
— Oui. Auparavant, les cours s’étalaient sur deux ans et les étudiants obtenaient l’équiva­lent d’un diplôme universitaire d’études supérieures. Or, il est difficile aujourd’hui de mainte­nir les étudiants pendant deux ans. Nous avons donc prévu des modules de trois mois. Et ceux qui le souhaiteraient peuvent accomplir jusqu’à un an d’études.

Tamer Al-Mihi
Le feu Raafat Al-Mihi sur le plateau.

— Et pour le corps ensei­gnant ?
— Notre principe est d’avoir un corps enseignant conjuguant l’expertise académique des pro­fesseurs avec l’expertise artis­tique de ceux et celles qui se sont imposés par leurs talents.Par exemple, de célèbres cinéastes comme Yousri Nasrallah et Daoud Abdel-Sayed qui, d’ailleurs, ont beau­coup aidé à la relance de l’aca­démie, ont accepté d’y donner des cours, y animer des sémi­naires et de participer au jury de projets de fin d’études. D’autres noms célèbres adhéreront à l’académie comme professeurs. Citons notamment le scénariste Mohamad Farid, le directeur photo Islam Abdel-Samie, le monteur Wéssam Al-Leissi, le producteur Karim Al-Mihi, et le compositeur Fathi Salama, entre autres. Par ailleurs, le cinéaste Ahmad Ghanem, qui a accompagné l’académie dès sa création, continuera à y ensei­gner.

— Avez-vous l’intention de transformer l’académie en institut accrédité ?
— Il y a d’abord la question des droits d’exploitation des studios que la justice devra tran­cher. Mais cela dit, tout change­ment du système d’enseigne­ment et du statut de l’académie sera essentiellement dicté par le marché. Que ses diplômes soient ou non reconnus, l’acadé­mie fait partie du paysage ciné­matographique dans le sens large du terme, et son évolution est tributaire de l’évolution de l’industrie du cinéma en Egypte. Ce qu’on cherche aujourd’hui, c’est de parvenir à une nouvelle formule de gestion susceptible de rendre à cette académie sa renommée d’antan.

— Qu’est-ce qui vous per­mettra de juger de votre réus­site ?
— Le seul critère c’est le degré de notre interaction avec la réalité du cinéma égyptien, tout en réalisant que le cinéma est une industrie, et que par ce fait, elle obéit au principe de l’offre et de la demande.

— Envisageriez-vous d’en faire une institution à but lucratif ?
— Non, il n’en est pas ques­tion. L’académie a été conçue par Raafat Al-Mihi comme pro­jet académique et artistique à but non lucratif. C’est le che­min que nous poursuivrons .




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