Semaine du 1er au 7 novembre 2017 - Numéro 1198
Iraq : Pari raté pour les Kurdes
  Après la perte de presque tous les territoires que les Kurdes disputent à Bagdad suite au référendum d'indépendance du 25 septembre, le père de l'autonomie du Kurdistan iraqien, Massoud Barzani, a quitté la présidence.
Iraq : Pari raté pour les Kurdes
Les forces fédérales se sont déployées dans toutes les zones disputées. (Photo : AFP)
Abir Taleb avec agences01-11-2017

Dans un climat d’extrême tension, les députés kurdes réunis à huis clos, dimanche 28 octobre à Erbil, ont pris connais­sance de la lettre que Massoud Barzani leur a adressée annonçant qu’il ne serait plus président du Kurdistan autonome. « Après le 1er novembre, je n’exercerai plus mes fonctions et je refuse que mon man­dat soit prolongé », a ainsi déclaré l’architecte du référendum d’indé­pendance du 25 septembre, qui a ensuite annoncé son départ à la télé­vision. Après la lecture de cette lettre, le parlement a effectué une répartition provisoire de ses pou­voirs d’ici à l’élection présidentielle, dont la date n’est pas encore fixée, après un accord entre les blocs parle­mentaires sur la répartition des pré­rogatives du président entre les pou­voirs législatif, exécutif et judiciaire.

Le rêve d’indépendance a donc viré au cauchemar. Déjà, avant l’an­nonce de Barzani, le parlement kurde avait gelé les prérogatives de ce der­nier à la suite de ce référendum qui a déclenché une crise sans précédent entre Erbil et Bagdad. Car aussitôt après les résultats, le gouvernement central iraqien avait envoyé ses troupes reprendre le contrôle de toutes les zones situées hors de la région autonome et dont les combat­tants kurdes avaient pris le contrôle depuis 2003. Et, en quelques jours, la quasi-totalité de ces territoires est repassée aux mains du pouvoir cen­tral. Pire encore, en reprenant les puits de pétrole de Kirkouk (nord), qui représentaient quasiment la moi­tié des revenus de la région auto­nome déjà fortement endettée, Bagdad portait un coup fatal à la viabilité économique du rêve kurde, vieux d’un siècle, de créer un Etat.

Crise kurdo-kurde

Outre la crise avec Bagdad, une crise kurdo-kurde est née des suites du référendum. L’opposition, notam­ment le parti Goran qui veut un « gouvernement de salut national » à la place de M. Barzani, s’oppose à la répartition proposée par les grands partis kurdes, le Parti Démocratique du Kurdistan (PDK) de M. Barzani et son rival de l’Union Patriotique Kurde (UPK), ont indiqué des dépu­tés. Massoud Barzani « symbolise l’échec de la politique kurde, et la seule chose qui lui reste à faire est de s’excuser publiquement », a lancé, avant l’ouverture de la session, Raboun Maarouf, député de Goran. En fait, ce sont ces deux partis, le PDK de Barzani et l’UPK du défunt président iraqien Jalal Talabani, qui dominent largement la vie politique kurde iraqienne depuis des décen­nies.

Dans le cadre de ce bras de fer, Massoud Barzani a mis sur le compte d’une « haute trahison » la perte de la quasi-totalité des territoires dispu­tés avec Bagdad, faisant référence sans les nommer aux dirigeants du parti rival UPK, dont les combattants s’étaient retirés, le 16 octobre, sans combat de la province pétrolière de Kirkouk, face à l’armée fédérale. Des dirigeants de l’UPK avaient indiqué s’être mis d’accord avec Bagdad sur un tel retrait.

En claquant la porte, Massoud Barzani n’a donc pas manqué de lancer des critiques et des accusa­tions à droite et à gauche. Il a accusé Bagdad « d’avoir un plan déjà prêt (pour reprendre les zones disputées), et ils ont utilisé le référendum comme prétexte (...). Les milices chiites du Hachd Al-Chaabi, supplétives de l’armée iraqienne, étaient décidées à aller à l’affrontement », a-t-il ajouté. Les zones disputées sont des terri­toires où les combattants kurdes avaient étendu leur emprise depuis des années au-delà des frontières administratives de leur région auto­nome établies en 2003.

Après le référendum d’indépen­dance initié par Barzani et auquel s’opposait Bagdad, les forces fédé­rales se sont redéployées dans ces zones en une dizaine de jours et qua­siment sans combats. Et dimanche 29 octobre, après une trêve accordée par Bagdad à la suite de violents combats à l’artillerie lourde, les forces kurdes et iraqiennes se sont accordées sur un redéploiement des forces fédérales au poste-frontière de Fichkhabour où passe un oléoduc-clé vers la Turquie. Ce terminal, situé aux confins des territoires turc, syrien et iraqien, est stratégique pour les finances des Kurdes d’Iraq comme de Syrie. Les critiques de Massoud Barzani ont en outre dépas­sé les frontières, il est revenu sur le soutien international sur lequel il comptait en organisant le 25 sep­tembre le référendum d’indépen­dance du Kurdistan, contre l’avis de tous, et en premier lieu de Bagdad. « Nous ne pensions pas » que les Etats-Unis ne s’opposeraient pas à « une attaque féroce contre le peuple kurde », un de leurs alliés dans la lutte contre Daech, a-t-il affirmé en désignant la réaction des forces ira­qiennes après le référendum.



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