Semaine du 25 au 31 octobre 2017 - Numéro 1197
La riposte
  La traque des terroristes se poursuit dans la zone de l’attentat de vendredi dans la région des Oasis, alors que les forces aériennes ont déjoué une nouvelle tentative d’infiltration à travers la Libye.
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Ahmad Eleiba25-10-2017

Les forces de police continuent le ratissage de la zone de l’Oasis de Bahariya suite à l’attentat survenu vendredi et qui s’est soldé par 16 victimes et 13 blessés dans les rangs des policiers, selon le ministère de l’Intérieur. Le procureur général a confié l’enquête au Parquet de la Sûreté de l’Etat. L’audition des officiers et des circonscrits rescapés se poursuit alors que l’Organisme de la sûreté nationale, dépendant du ministère de l’Intérieur, mène une enquête parallèle, vu que les officiers tués dans cet attentat étaient issus de cet organisme.

Lundi, l’armée a affirmé avoir « déjoué une nouvelle tentative d’infiltration à travers les frontières occidentales » de l’Egypte. « Huit véhicules tout-terrain, transportant d’importantes quantités d’armes, de munitions et de matières explosives, ont été détruits au cours d’une opération des forces aériennes dans l’ouest du pays », lit-on dans un communiqué. Ces véhicules sont soupçonnés transporter des armes de contrebande depuis la Libye. D’après le même communiqué, cette opération s’est déroulée « simultanément avec les opérations de ratissage pour poursuivre les éléments terroristes qui ont perpétré l’attaque terroriste dans la zone d’Al-Wahat (Oasis) ». Fin septembre, l’armée de l’air avait déjà détruit dix véhicules soupçonnés de transporter des armes dans la même zone.

Les informations révélées par les services de sécurité, notamment celles qui concernent le lieu de l’attentat de vendredi, sa planification et les armes qui y ont été utilisées, donnent lieu à une nouvelle évaluation de la situation sécuritaire dans le désert occidental.

Concernant les lieux où a eu lieu l’attentat, il s’agit d’une zone aride loin des axes routiers. « Ce terrain caché entre des hauteurs représentait pour les terroristes un endroit idéal pour installer leur camp d’entraînement, d’où ils peuvent mener des attaques dans le Delta aussi bien qu’en Haute-Egypte », explique le général Khaled Okacha, membre du Conseil national pour la lutte antiterroriste. Il rappelle que les forces de police et de l’armée ont déjà mené plusieurs opérations réussies non loin de cet endroit.

« Cet attentat a montré le niveau d’entraînement des terroristes qui ont su se déployer dans cette zone et y aménager des points de surveillance, ce qui leur a permis d’intercepter l’arrivée de la force policière et d’attaquer en premier, causant d’importantes pertes dans les rangs des policiers. Ajoutons à cela leur capacité à se servir des armes qui dénote d’un niveau d’entraînement pointu », poursuit Okacha.

Echanges de tirs

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D’après des sources officieuses, une centaine de terroristes se retranchaient dans cette zone, dont certains avaient pris position sur des terrains élevés, ce qui leur a permis de cibler le premier véhicule du convoi policier. Des échanges de tirs auraient ensuite eu lieu et se seraient poursuivis pendant 4 heures jusqu’à la tombée de la nuit avant de reprendre à la levée du jour. Quinze terroristes ont été abattus.

« L’Organisme de la sûreté nationale a tiré des informations d’éléments terroristes arrêtés au gouvernorat de Qalioubiya, selon lesquelles un camp d’entraînement terroriste se trouvait dans cette zone. Les services de sécurité savaient qu’ils allaient tomber sur un gros morceau, d’où le nombre de hauts gradés de la Sûreté nationale qui se trouvaient dans cette mission », raconte le général Okacha. « Ces informations signalaient que ces terroristes recevaient régulièrement des armes et des entraînements. Elles avaient été vérifiées de sources diverses et une mission de reconnaissance avait été envoyée aux alentours de cet endroit », ajoute-t-il.

Interviewé par l’Hebdo, Maher Farghali, spécialiste des organisations terroristes, donne une autre version des faits basée sur « des sources sécuritaires proches de l’affaire ». Selon lui, les informations obtenues par les services de sécurité n’émanaient pas de terroristes arrêtés, mais plutôt de citoyens ordinaires qui ont été eux-mêmes abordés par des terroristes près de l’endroit où a eu lieu l’attentat. Farghali confirme, par ailleurs, que ces informations avaient été vérifiées et qu’une mission de reconnaissance avait été dépêchée sur les lieux.

En ce qui concerne la préparation qui devait précéder, les experts disent comprendre le caractère urgent de la mission, vu le danger potentiel que représentait ce camp d’entraînement grâce à son emplacement proche de plusieurs gouvernorats. Il fallait donc, selon ces experts, procéder rapidement pour éviter le pire.

D’après le communiqué du ministère de l’Intérieur publié au lendemain de l’attentat, les terroristes ont fait usage de lance-roquettes RPG, d’engins explosifs et d’armes anti-blindées. D’après les experts, seuls Daech et Al-Qaëda disposent de ce genre d’armement.

« Il est difficile pour une force policière de contrer de telles armes. Il y aurait eu une sous-estimation de la situation qui nécessitait l’intervention de l’armée », souligne Okacha.

Mourabétoune ou Qaëda ?

Celui-ci, tout comme Farghali, pointe du doigt Al-Qaëda, plus précisément le groupe des Mourabétoune dirigé par l’exmilitaire égyptien Hicham Achmawi. Les deux experts excluent le groupe Hasm dont les attentats, limités, sont souvent perpétrés par des « loups solitaires » et visent des individus isolés ou des véhicules de police. Alors que Daech a auparavant visé des touristes, dans un attentat mené par Achraf Al-Gharabli, éliminé par l’armée en août 2016. La piste privilégiée des spécialistes est donc celle des Mourabétoune, ce groupe ayant déjà commis plusieurs attentats, dont celui de l’oasis de Farafra en 2014 et l’attaque d’un bus de pèlerins coptes à Minya l’été dernier. Ce groupe compte plusieurs membres égyptiens entraînés en Libye dans les camps « Al-Fatah » à Derna, et « l’Armée du désert » dans le sud, commandé par Moaz Al- Tikriti. De leur côté, les services de sécurité n’excluent aucune piste, surtout que les enquêtes sont toujours en cours. Le fait que l’attentat n’a toujours pas été revendiqué peut avoir plusieurs explications. « Les Mourabétoune, s’ils sont responsables, craindraient de provoquer les représailles de l’armée égyptienne. Fin mai, l’aviation égyptienne avait mené des raids aériens contre des camps djihadistes en Libye, quelques heures après une attaque revendiquée par Daech qui avait visé des coptes. Il se peut que Hicham Achmawi ait été présent sur les lieux de l’attentat et qu’il ait besoin de temps pour préparer sa fuite hors du pays. La non-revendication de l’attentat peut aussi s’expliquer par le fait que les accrochages se poursuivent toujours, comme il est tout aussi possible que ce retard soit un moyen de pression psychologique, avant une revendication en grande pompe, vidéos à l’appui », conclut Okacha.



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