Semaine du 18 au 24 octobre 2017 - Numéro 1196
Mohamad Kablaoui : Nous sommes sur le bon chemin en ce qui concerne la coopération arabo-suédoise
  La 7e édition du Festival du film arabe de Malmö (Suède) vient de prendre fin après avoir remporté un grand succès. Interview avec le réalisateur palestinien Mohamad Kablaoui, fondateur et directeur de cette manifestation.
Mohamad Kablaoui
Mohamed Atef18-10-2017

Al-ahram hebdo : Comment l’idée de ce festival vous est-elle venue ?
Mohamad Kablaoui : L’idée de ce festival a germé en 2008, j’ai écrit une ébauche de projet que j’ai présentée aux autorités suédoises compétentes en 2010. Heureusement, quatre personnes se sont enthousiasmées pour financer le projet. Au début, le financement était faible parce que personne n’était sûr du maintien du festival, mais avec le travail et l’effort, celui-ci s’est confirmé. Aujourd’hui, il est une fierté pour tous les officiels qui ont contribué à sa fondation. Le maire de Malmö tient à assister à son inauguration tous les ans et à prononcer un discours d’accueil.

— Qu’est-ce que le festival a offert au cinéma arabe ?
— Le festival a reçu l’hommage d’un grand nombre de réalisateurs, de comédiens et de critiques arabes parmi les invités. Grâce au festival, ils ont découvert Malmö, cette ville du sud de la Suède qui accueille cette manifestation particulière. Pour eux, la Suède se résumait au festival de Göteborg, et à quelques célébrités. Du côté suédois, les citoyens ici ne connaissaient pas grand-chose du cinéma arabe. Depuis mon arrivée en Suède, en 1989, et jusqu’au lancement du festival de Malmö il y a six ans, il n’y a eu que trois projections de films arabes. Aujourd’hui, les salles de cinéma suédoises en projettent des dizaines, ce qui confirme la réussite du festival dans la divulgation du cinéma arabe. La curiosité des Suédois et leur ouverture aux autres cultures ont naturellement aidé.

En 2015, le festival de Malmö a créé son club et son marché du cinéma, ce qui a aidé à introduire le monde arabe et la Suède l’un à l’autre et à créer un réseau de professionnels du cinéma des deux côtés. En plus du soutien financier qu’offre le club aux projets de films, et qui varie entre 17 000 euros pour un long métrage et 3 200 euros pour un documentaire, il existe aussi un certain nombre de prix destinés à offrir un soutien technique à la production de documentaires. Ainsi le festival a évolué ; d’un simple vecteur du cinéma arabe il est devenu partie prenante dans les processus de production et de distribution. On offre également des conseils aux Suédois intéressés à la projection de films arabes.

— Le Festival de Malmö est ainsi devenu le plus important festival européen du cinéma arabe …
— C’est aussi parce que je n’ai pas voulu commencer petit. Mon intérêt ne portait pas sur le nombre, mais sur la qualité, aussi bien pour les films que pour les invités. Mais pour commencer grand, il fallait solliciter l’aide des grands, d’où ma première visite au Festival de Dubaï en 2010. Là, j’ai rencontré Massoud Amralla, le directeur du festival, dont le soutien moral n’était pas moins important que le soutien financier que j’ai pu trouver ailleurs. Nous avons profité de l’expérience du Festival de Dubaï, notamment aux niveaux techniques et de l’organisation. J’ai surtout fait attention de m’éloigner des festivals protocolaires dans nos pays arabes qui se limitent à des échanges d’invitations entre leurs directeurs sans rien apporter à l’industrie cinématographique.

— Quel est le budget annuel du Festival de Malmö ? Et qu’en est-il de l’équipe chargée de son organisation ?
— Le festival fonctionne avec un budget annuel qui ne dépasse pas les 400 000 euros. Pour l’organisation, quatre responsables, dont le directeur du festival, y travaillent pendant toute l’année, ils sont aidés par un certain nombre de jeunes qui, eux, sont embauchés pour deux mois, y compris la durée du festival.

— Les événements qui ont secoué dernièrement le monde arabe ont-ils empêché les comédiens et les cinéastes arabes de répondre à vos invitations ?
— Je dirais que les révoltes de 2011 ont aidé d’une manière ou d’une autre à augmenter le nombre des assistants. Ces événements ont suscité la curiosité des Européens pour le monde arabe. Aujourd’hui, les Suédois et les non-Arabes représentent plus de 70 % des assistants. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le festival n’est pas un événement exclusivement destiné aux communautés arabes et aux arabophones.

— Quel est le film égyptien qui a été le plus apprécié par le public ?
— La réussite du film Deux filles d’Egypte a dépassé toutes mes attentes. A y penser, j’ai découvert que ce qui attire le plus les spectateurs occidentaux, ce sont les films très locaux, parce qu’ils apportent beaucoup de réponses sur la culture dont ils sont issus.

— Qu’est-ce qui caractérise cette 7e édition du Festival de Malmö ?
— Cette 7e édition (6-10 octobre) nous a vu passer du travail individuel au travail institutionnel qui ne dépend pas de la présence de telle ou telle personne. De même, cette édition nous a montré que nous sommes sur le bon chemin en ce qui concerne la coopération arabo-suédoise dans le domaine de la production cinématographique. C’est ainsi qu’est né le film tunisien La Belle et la meute de Kaouther Ben Hania, qui a ouvert cette 7e édition du festival. Nous avons aussi lancé pour cette édition un nouveau prix, d’une valeur de 2 500 euros, offert par la ville de Malmö. C’est le public qui décerne ce prix en choisissant le film qu’il a le plus aimé. Enfin, cette édition rend hommage au grand cinéaste égyptien Yousri Nasrallah, et réunit dix critiques du cinéma venus d’Egypte et des pays scandinaves autour du thème « La liberté et la démocratie au cinéma ».




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