Semaine du 4 au 10 octobre 2017 - Numéro 1194
La forteresse de la mort
  Puisant dans l’Histoire, le chorégraphe et metteur en scène Monadel Antar reprend le mythe des Assassins et de la forteresse d’Al-Mawt pour créer un spectacle de danse contemporaine, mêlant le passé au présent.
La forteresse de la mort
un assassin est né, séduit par la force du pouvoir. (Photo:Bassam Al-Zoghby)
May Sélim04-10-2017

Le mythe des Assassins et de leur forteresse inexpugnable vit encore jusqu’à présent. Ces fanatiques chiites, premiers terroristes islamistes du XIe au XIIIe siècles, guidés par le maître et leader Hassan Al-Sabbah, ne sont jamais absents. Une fois qu’on se rappelle des meurtres et des attentats d’Al-Qaëda ou de Daech, le mythe est ressuscité. Misant alors sur ce mythe et sur le langage du corps, le chorégraphe et metteur en scène Monadel Antar signe son spectacle La Forteresse d’Al-Mawt. « J’aime beaucoup fouiller dans l’Histoire. Les écrits de Marco Polo sur les Assassins ont contribué à la création de leur mythe, toujours existant et répandu en Europe. Le monde mystérieux de ces fanatiques m’inspire des chorégraphies fascinantes », explique Antar.

Ce dernier aborde, par sa chorégraphie, la manipulation au nom de la religion, une astuce utilisée depuis fort longtemps. Hassan Al-Sabbah est le manipulateur du jeu et des fanatiques. Afin de maintenir son pouvoir sur ces derniers, il leur offre des houris, des drogues, etc. Antar double ce personnage vilain afin d’accentuer le mal. Cela étant, deux danseurs interprètent son rôle, pour mieux incarner le dédoublement. Tantôt il est l’homme costaud qui dirige tout au loin (Amr Al-Batriq), tantôt l’ensorceleur malin (Mahmoud Moustapha) essayant d’embrigader un jeune fanatique. Il se sert de la religion pour masquer ses fins et revêt plusieurs personnages, passant d’un rôle à l’autre.

Les fausses histoires d’amour passionné et les promesses d’un paradis attendu servent à attirer les jeunes extrémistes.

Le chorégraphe part du constat qu’une personne capable d’aimer et de semer l’amour ne peut jamais devenir assassin. Ainsi, le jeune fanatique, une fois amoureux, refuse de commettre un seul crime. Il préfère être tué par la main de sa bien-aimée, tout en restant fidèle à son maître Al-Sabbah jusqu’au bout.

Contrairement à ses chorégraphies précédentes, ce spectacle est co-chorégraphié par Sali Ahmad, sur une compilation de musique soufie, baignée de beats électroniques empruntés aux pays du Maghreb. « Sali Ahmad, formatrice de la troupe, est à l’origine une danseuse merveilleuse et une très bonne chorégraphe. Le mouvement est simple et doux. On cherche à créer ensemble des scènes en harmonie, qui ne misent pas forcément sur le potentiel des danseurs », souligne Antar.

Plongée dans le passé
Le décor et l’éclairage de Amr Abdallah servent à bien implanter la forteresse et l’ambiance mystérieuse de la secte chiite. Les beaux costumes, de style arabe, conçus par Hala Mahmoud, nous plongent dans le passé et aident à situer le texte dans un contexte historique donné. Sur les planches, les murs de la forteresse encadrent les danseurs. Quelques issus lumineux servent d’entrée et de sortie pour les comédiens.

La scène-clé est celle où Hassan Al-Sabbah est en train de jouer aux échecs ; son image est bien amplifiée sur l’écran, situé en arrière-plan. Pour d’autres scènes, Antar tombe dans le piège du tournage direct, à l’aide d’une caméra qui se déplace sur scène, zoomant ou amplifiant le cadre suivant le cas, pour accentuer son jeu visuel. « J’aime toujours l’expérimentation, faire du théâtre, de la danse et du cinéma à la fois. Ce sont des genres artistiques qui me permettent de s’adresser à un public plus large. Il y a certes des défauts, mais à force de donner le spectacle, d’un soir à l’autre, on finit par maîtriser les angles et le cadrage. Le spectacle change au fur et à mesure, sur scène, jusqu’à atteindre la forme la plus accomplie », estime le chorégraphe et metteur en scène.

Le spectacle se termine par une danse de Tannoura à l’égyptienne, celle pratiquée par les derviches tourneurs. Un seul danseur mène la danse, portant un costume moderne et des lunettes noires. Le derviche contemporain continue à tourner, répétant la même histoire, à l’infini.

Les 19 et 20 octobre, à 20h, à l’Opéra de Damanhour. Les 22 et 23 octobre, à 20h, au théâtre Sayed Darwich, de l'Opéra d’Alexandrie.




Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire