Semaine du 4 au 10 octobre 2017 - Numéro 1194
Protéger l’industrie du fer à béton
  Le gouvernement a prolongé l'imposition des droits antidumping sur les importations de fer provenant de trois pays, alors que les prix sur le marché local augmentent. Les producteurs applaudissent la décision, alors que certains parlementaires se disent contre.
Protéger l’industrie du fer à béton
Cela fait quelques années que les entreprises égyptiennes ne travaillent plus à plein rendement. (Photo:Reuters)
Marwa Hussein04-10-2017

Les importations de fer à béton provenant de la Chine, de la Turquie et de l’Ukraine seront soumises à des droits antidumping jusqu’à décembre. C’est ce qu’a récemment décidé le ministre de l’Industrie et du Commerce, Tareq Qabil. Le ministère avait initialement imposé ces tarifs début juin pour une période de 4 mois, mais il a décidé de la prolonger à la demande des producteurs égyp­tiens. Les tarifs sont fixés à 17 % sur le fer provenant de la Chine, ils varient entre 10 et 19 % sur les impor­tations de la Turquie et de 15 à 27 % sur celles provenant de l’Ukraine. « La décision intervient après une étude menée par l’autorité antidum­ping suite à une plainte des produc­teurs locaux qui ont présenté tous les documents prouvant le dumping », a déclaré le ministre dans un communi­qué de presse, ajoutant que les orga­nismes gouvernementaux concernés se sont rassurés de ces informations et possèdent des évidences prélimi­naires qui prouvent le dumping.

Deux parlementaires ont présenté des interpellations contestant la déci­sion, prise dans un moment où les prix du fer augmentent sur le marché local. « Le prix de la tonne a connu une hausse de 3 000 L.E. (170 dol­lars) depuis l’imposition de ces tarifs », dit à l’Hebdo Amin Massoud, député membre de la coalition Fi Daem Masr. « Si les entreprises égyp­tiennes ne parviennent pas à devenir compétentes, c’est leur problème et pas celui des consommateurs. L’Egypte a fait flotter sa monnaie locale et commencé à appliquer les prix internationaux sur différents pro­duits, pourquoi le fer à béton fait-il exception ? », s’interroge le député.

Le prix de fer à béton est passé de 9 000 L.E. la tonne en mai dernier à 12,500 L.E. actuellement. « La diffé­rence entre les prix locaux et interna­tionaux s’explique par la différence de qualité. Il faut que les produits locaux deviennent compétitifs sans des mesures de protection, sinon ils ne vont pas évoluer », argumente de son côté Ahmad Chiha, président de la division des importateurs de la Chambre de commerce du Caire.

L’industrie locale en difficulté depuis 2014
La décision suscite la colère des consommateurs et des importateurs, car le secteur de la construction sem­blait l’unique bouée de sauvetage pour les producteurs de fer à béton. Ces derniers cumulent des pertes depuis 2014 suite à une baisse importante des marges de profit en 2012 et 2013 après des années de prospérité. Mohamad Wagdi, ana­lyste financier auprès de la banque d’investissement Prime, détaille l’origine de la crise. « Les produc­teurs locaux sont affrontés à diffé­rents défis. La situation macroéco­nomique n’a pas été à leur faveur non plus », estime-t-il. En fait, la dévaluation de la livre a affecté l’in­dustrie du fer vu que les matières premières de cette industrie sont principalement importées. Les prix internationaux de ces matières ont également augmenté, ce qui a pesé davantage sur les producteurs. « La hausse du taux d’intérêt de 7 % depuis la dévaluation de la livre l’année dernière a augmenté le coût de production, surtout que les pro­ducteurs ont de grandes dettes et financent une partie importante de leurs opérations par des crédits ban­caires », explique Mohamad Wagdi, mentionnant également la hausse du prix du gaz naturel, qui est passé de 4 à 7 dollars le million d’unités ther­miques britanniques à la mi-2014.

Mais ces arguments sont peu convaincants pour Amin Massoud qui prévoit que son interpellation, à laquelle d’autres députés ont adhéré, sera discutée par le parlement au début de la nouvelle session parle­mentaire. « Les producteurs égyp­tiens imposent au consommateur des taux d’intérêt comme partie du coût de production, alors qu’ils sont implantés sur le marché depuis long­temps, ils n’ont qu’à s’autofinan­cer », dit-il.

La demande annuelle du fer à béton est estimée à 10 millions de tonnes avec une production d’envi­ron 7 millions de tonnes. Selon Mohamad Wagdi, les capacités de production locale s’élèvent à 12 mil­lions de tonnes, mais cela fait plu­sieurs années que les entreprises n’arrivent pas à produire à capacité totale, surtout à cause de la pénurie du gaz naturel depuis 2012/13. Il s’attend cependant à une hausse des profits des entreprises du secteur en conséquence de l’imposition des droits antidumping ainsi que du boom prévu du secteur de construc­tion qui devra accompagner le lance­ment des grands projets.

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement égyptien impose une taxe sur les importations du fer à béton. Une décision similaire avait été prise fin 2012, et avait été mise en vigueur pendant un an. En octobre 2014, le gouvernement avait promul­gué une décision imposant une taxe de 290 L.E. sur chaque tonne de fer à béton importé pendant une période de 200 jours, toujours à la demande des producteurs locaux .

Un débat international
Le débat sur l’antidumping de différents produits de fer et d’acier prove­nant des pays concernés par la décision égyptienne ne concerne pas que l’Egypte. En effet, la Commission européenne vient d’imposer des droits antidumping sur les importations chinoises de certains types de fer à béton. Les Etats-Unis en imposent sur la Chine, l’Ukraine, la Turquie et bien d’autres pays. La Commission du commerce international des Etats-Unis a déclaré en mai dernier qu’elle avait déterminé définitivement que les pro­ducteurs japonais et turcs exerçaient du dumping sur le marché américain et que les exportations de fer à béton turques ont été subventionnées.

La Chine et la Turquie, de leur côté, ont dénoncé les accusations de dum­ping. La Chine s’est opposée aux Etats-Unis et à l’Union européenne dans une plainte présentée à l’Organisation mondiale du commerce en décembre 2016. Elle vise à obliger ces deux puissances économiques à cesser d’utili­ser des exemples de prix d’autres pays ou le soi-disant modèle de pays analogique dans des sondages antidumping sur leurs produits.




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