Semaine du 13 au 19 septembre 2017 - Numéro 1191
Ahmad Al-Fichawi : L’enfant rebelle du cinéma
  Ahmad Al-Fichawi est un comédien talentueux qui, en l'espace de dix ans, a acquis une certaine notoriété. Son dernier film Cheikh Jackson, qui sera donné à l’ouverture de la première édition du Festival du film d’Al-Gouna, fait déjà couler beaucoup d’encre.
Ahmad Al-Fichawi
Yasser Moheb13-09-2017

Talent précoce, issu d’une famille artistique, Ahmad Al-Fichawi est l’un des jeunes comédiens les plus controversés de sa génération. Exalté par les uns, abhorré par les autres, son comportement comme ses rôles déconcertent souvent et ne peuvent pas laisser indifférent.

Qu’il passe une période de sa vie en tant que présentateur d’émissions religieuses avec le prédicateur à la mode, Amr Khaled, ou qu’il se transforme en rappeur avec des boucles d’oreilles et un corps tout couvert de tatouages, Al-Fichawi junior aime cultiver son image de personnage jusqu’à la boutisse, ce qui ne lui épargne pas les flèches de la critique pointées presque toujours vers lui. Il rêvait d’être champion de billard, et il est devenu artiste à vie.

Comme de coutume, il sème la controverse, mais cette fois-ci, à cause de son nouveau film Cheikh Jackson, sélectionné pour être projeté à l’ouverture de la première édition du Festival du film d’Al-Gouna. Il y tient le rôle d’un homme de religion, hanté par son amour pour le chanteur américain mythique Michael Jackson.

« Le débat autour du film est assez bizarre, car le film n’a même pas été projeté pour être attaqué par les fanatiques, qui font toujours pression sur les artistes dans le but d’imposer leurs idées et leurs préjugés », affirme Ahmad Al-Fichawi. Et d’ajouter : « Je me suis habitué lors de ma courte carrière à tout genre de critiques et d’attaques, pour la simple raison que j’essaye d’être différent et de présenter quelque chose de dissemblable. J’ai compris que le problème n’est pas seulement l’idée que je présente le Cheikh Jackson, mais c’est la façon de voir les choses autrement qui dérange ».

Le jeune homme, délibérément excentrique, n’a de cesse d'exprimer ses avis, parfois gênants pour d’aucuns. Electron libre dans différents milieux d’activités, Al-Fichawi a eu une seule obsession durant sa carrière : conserver une liberté artistique totale.

Né en 1980 au Caire, d’un père et d’une mère comédiens, à savoir : Farouq Al-Fichawi et Soumaya Al-Alfi, il entame sa carrière d’acteur très jeune. D’ailleurs, il a fait sa première apparition à sept ans, dans une soirée télévisée intitulée Al-Malhama (l’épopée), ensuite, à 8 ans, il a joué dans le film Al-Morched (le guide), aux côtés de son père, la même année où ont divorcé ses parents. Ce fut alors sa première rencontre avec les caméras du cinéma, et le coup de foudre. Tout l’attirait vers ce monde étincelant, mais il ne pensait quand même pas devenir une star.

Il s’est ensuite éloigné des plateaux, jusqu’à l’âge de 17 ans, lorsque le comédien Ahmad Zaki, ou « oncle Ahmad » comme il l’appelle, l’a choisi pour participer à son film Al-Batal (le héros) sorti dans les salles en 1997. « C’était ma première vraie chance d’apparaître à travers un film important. Au début, tout le monde a chaleureusement salué la présence du fils de leur collègue, Farouq Al-Fichawi, sur le plateau, ensuite avec le premier résonnement du clap en studio, on m’a traité normalement, comme tout jeune acteur à ses débuts. Mon père leur avait demandé de ne m’accorder aucun traitement de faveur, de ne me présenter aucune aide ».

Mais, c’était surtout à la télévision qu’il s’est fait remarquer. Le réalisateur Adel Al-Aassar lui confia un rôle dans Wagh Al-Qamar (face de la lune), avec la grande dame de l’écran arabe, Faten Hamama. « Une fois informé d’être choisi parmi les participants à ce feuilleton, j’ai passé une nuit blanche, pensant comment je pourrais profiter d’une telle chance. Je me souviens également de la grande sympathie éprouvée par tante Faten Hamama, toujours très affable avec tout le monde sur le plateau ».

Deux ans plus tard, il a tenu un autre second rôle dans le film à petit budget, Chabab Ala Al-Hawa (jeunes en direct), de Adel Awad, face aux comédiennes Hanane Tork et Nelly Karim, suivi de sa participation en 2003 au feuilleton ramadanesque Al-Amma Nour (la tante Nour), marquant, lui aussi, le retour de la comédienne Nabila Ebeid à la télévision après de longues années d’absence.

Mais ce n’est qu’en 2004 que le comédien reçoit son premier grand rôle, à travers le feuilleton Afarit Al-Sayala (démons du quartier de Sayala), signé par le scénariste Ossama Anouar Okacha et le réalisateur Ismaïl Abdel-Hafez. « C’était la première fois que je me sens connu et admiré par les gens dans la rue. Le personnage de Maghawri que je jouais dans ce feuilleton nécessitait une coupe spéciale de cheveux, avec des vêtements et des accessoires très atypiques. Il s’agissait d’un jeune homme, pauvre, vivant avec sa tante après la mort de ses parents dans un quartier populaire d’Alexandrie ».

Et puisqu’un succès n’arrive pas seul, son nom vient en tête d’affiche au cinéma l’année d’après, avec le film Al-Hassa Al-Sabaa (le septième sens) d’Ahmad Mekki.

Malgré le succès, cette année fut la plus chaotique de sa vie. Ahmad Al-Fichawi devient, du jour au lendemain, la star des pages faits divers dans toute la presse arabe, après avoir été accusé par la chef décoriste Hind Al-Hennawi d’être le père de son nouveau-né. Une accusation que le comédien a complètement rejetée. D’où un procès intenté contre lui par Al-Hennawi, une affaire qui a duré plus de 20 mois, ayant fait couler beaucoup d’encre, jusqu’à ce qu'il ait passé un test d’ADN et reconnu sa fille.

Rapidement, Al-Fichawi Junior a repris son activité, en 2006, grâce au rôle de Tamer dans la sitcom ramadanesque Tamer et Chawqiya, devant la comédienne et chanteuse May Kassab. Et un an après, un autre succès fut au rendez-vous, avec le film 45 Youm (45 jours), avec Ghada Abdel-Razeq, Ezzat Abou-Auf et son propre père, en tant qu’invité d’honneur. « C’est mon film préféré, j’y incarnais un personnage assez profond, dans un scénario bien ficelé, avec un casting exemplaire. J’aime bien voir et revoir ce film, surtout que je le trouve plein de masterscenes pour tous les acteurs du film », souligne-t-il.

Mais, c’est en 2008 que le comédien s’est trouvé au générique de deux projets ambitieux : Waraqet Chafra (le code) avec le trio Ahmad Fahmi, Hicham Magued et Chico et le beau film Zay Al-Naharda (comme aujourd’hui) devant Basma, Asser Yassine, Arwa Gouda et réalisé par Amr Salama.

Les dés sont jetés et la notoriété arrive à toute vitesse. Mais loin de toute activité artistique, Ahmad Al-Fichawi reste très actif. Il fait office d’une machine à produire des rumeurs, lui, qui ne mâche pas ses mots et n’hésite pas à attaquer qui bon lui semble ou à injurier les islamistes.

Le jeune touche-à-tout ne nie guère avoir commis des erreurs. La célébrité subite lui a fait tourner la tête. Il avoue souvent avoir tout essayé : la drogue, l’alcool, le sexe, l’islamisme, avant de trouver un certain équilibre et de devenir l’idole d’une certaine catégorie d’adolescents. On lui connaît plusieurs histoires de coeur, et quatre mariages terminés par le divorce. « Je me souviens de quatre mariages seulement », dit-il en riant. Et d’ajouter : « Je suis toujours en train de chercher la stabilité et l’amour, mais il paraît que jusqu’à maintenant je n’ai pas de chance sur ce plan ».

Réputé pour son désir incessant de changer, il s’est lancé depuis quelques années dans le domaine du rap. Le groupe qu’il a fondé multiplie ainsi les concerts, signant plusieurs chansons à succès. D’où l’idée d’animer l’émission Killer Karaoke.

Al-Fichawi junior semble être un paradoxe ambulant. D’un côté, il donne l’impression d’être âcre et égocentrique, de l’autre, d’être lucide et batailleur dans la poursuite de ses objectifs. Il a pris de grands risques, mais a également réalisé ses buts. Et il est fier de sa manière de voir la vie, car elle lui a bien servi à plus d’une occasion. « Je n’accorde aucun intérêt à la critique, puisque je la trouve souvent creuse et basée sur les apparences », conclut-il. Et d’ajouter : « Que je couvre mon corps de tatous, que je porte des boucles d’oreilles ou que je change complètement de look, multipliant les domaines artistiques, je suis libre d’agir comme je veux, loin des stéréotypes. L’important c’est d’être créatif et de bien travailler ». Ainsi s’exprime cet artiste rebelle, obstiné comme tout .

Jalons :

1980 : Naissance au Caire.

1987 : Première apparition sur l’écran à travers la soirée télévisée Al-Malhama (l’épopée).

2001 : Participation au téléfeuilleton Hadis Al-Sabah Wal-Massaa (discours des jours et nuits).

2005 : Premier rôle principal dans le film Al-Hassa Al-Sabaa (le septième sens).

2016 : Prix de la meilleure interprétation masculine au Festival de l’Association du film, pour Kharég Al-Khédma (hors service).

2017 : Première du film Cheikh Jackson, à l’ouverture du Festival du film d’Al-Gouna.




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