Semaine du 6 au 12 septembre 2017 - Numéro 1190
Des airs de guerre froide
Maha Al-Cherbini avec agences06-09-2017
 
  Les relations entre la Russie et les Etats-Unis ne cessent pas de se dégrader après la vague d'expulsion des diplomates des deux pays.

L’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier dernier laissait présager une normalisation des relations américano-russes, notamment au vu des déclarations et des prises de positions de Trump candidat. Depuis, c’est tout le contraire qui est arrivé. Les relations entre les deux puissances n’ont pas cessé de se détériorer sur fond de graves divergences concernant la Syrie, l’Ukraine et surtout les accusations d’ingérence russe dans la présidentielle américaine de 2016 en faveur de l’équipe du milliardaire républicain. Or, la crise a pris un tournant beaucoup plus grave quand le Congrès américain a adopté le mois dernier de nouvelles sanctions économiques contre Moscou à cause de son ingérence dans la présidentielle américaine, de quoi envenimer de plus en plus les relations bilatérales.

Cette semaine, la guerre des représailles a repris de plus belle avec l’obligation américaine faite aux Russes de fermer leur consulat à San Francisco ainsi que plusieurs missions commerciales à Washington et New York. Haussant le ton, Washington a menacé de perquisitionner les locaux de son consulat à San Francisco ainsi que les missions commerciales russes à Washington et New York. En signe de protestation, la Russie a convoqué samedi le plus haut diplomate américain en poste à Moscou, Anthony Godfrey. « Les autorités américaines doivent cesser leurs violations du droit international et renoncer à empiéter sur l’immunité des institutions diplomatiques russes », a fustigé la diplomatie russe.

Justifiant ses décisions, les Etats-Unis ont affirmé que ces fermetures ne sont qu’une réponse à la réduction imposée par Moscou de près des deux tiers du personnel des représentations diplomatiques américaines en Russie. « Cette vague d’expulsion de diplomates annonce une sorte de nouvelle guerre froide d’autant plus la crise ne fait que s’envenimer entre les deux pays : Trump a échoué à améliorer ses relations avec Moscou comme il l’espérait, car sa politique d’ouverture envers la Russie est rejetée par la classe politique américaine et même par la majorité de son camp, les Républicains », explique Dr Hicham Mourad, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire.

En effet, fustigeant une « escalade » des tensions « initiée » par Washington, Moscou a nommé comme nouvel ambassadeur à Washington Anatoli Antonov, connu pour être un partisan de la ligne dure à l’égard des Etats-Unis. Ce dernier a jugé cette semaine que « la balle est dans le camp de Washington » pour rétablir la confiance alors que le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a jeté la responsabilité de la détérioration des relations sur le dos de l’Administration Trump et surtout du Congrès. « Le Congrès américain a réalisé son objectif : il a étouffé l’espoir d’une normalisation des relations avec la Russie en imposant, le mois dernier, des sanctions contre Moscou. Trump se sent poings liés face à un Congrès fort qui s’oppose à tout rapprochement avec Moscou », affirme Dr Mourad.

Outre l’intervention russe dans la campagne électorale américaine, d’autres pommes de discorde enveniment les relations américano-russes, dont l’Ukraine. Les Etats-Unis continuent d’accuser la Russie de soutenir les rebelles séparatistes dans l’est de l’Ukraine et ont adopté en juin de nouvelles sanctions à son encontre, promulguées à contrecoeur en août par Donald Trump. Autre pomme de discorde : Donald Trump a ulcéré Moscou, en avril dernier, en ordonnant les premières frappes américaines contre le régime syrien, allié de Moscou, à la suite d’une attaque chimique imputée aux forces de Bachar Al-Assad.

En pleine tension entre les deux pays, Moscou a décidé d’organiser d’importants exercices militaires « Zapad-2017 », du 14 au 20 septembre, de quoi aggraver la tension entre les deux superpuissances. Selon Moscou, quelque 12 700 militaires doivent participer à ces exercices « purement défensifs », mais les Etats-Unis estiment qu’il pourra s’agir de manoeuvres de plus grande envergure. Inquiets, les Etats-Unis ont dépêché des avions de combat et des soldats supplémentaires pour renforcer sa présence en Lituanie pendant les exercices russes qui inquiètent les membres frontaliers de l’Alliance atlantique, la Pologne et les pays baltes. « En pleine crise entre les deux superpuissances, Moscou fait ces manoeuvres pour montrer ses muscles à Washington. Nous sommes au bord d’une nouvelle guerre froide », prévoit Dr Mourad.


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