Semaine du 6 au 12 septembre 2017 - Numéro 1190
Les cafés, havres des artistes de tous genres
  Les cafés populaires du centre-ville constituent de vrais points de repère pour les artistes. C'est là que se déroule leur monde.
Les cafés, havres des artistes de tous genres
Bachir au café Nadi Al-Azhar. (Photo : Bassam Al-Zoghby)
May Sélim06-09-2017

Al-Nadwa Al-Thaqaféya, Zahret Al-Bostane, Strand, Souq Al-Hamediya, Al-Horréya, Nady Al-Azhar, et bien d’autres … Ces célèbres cafés intellectuels du centre-ville constituent non seule­ment les lieux de prédilection pour pas mal d’artistes, mais aussi de vrais refuges. Pas très loin du célèbre café Riche où s’installait autrefois Naguib Mahfouz, il y en a d’autres, plus décontractés à Bab Al-Louq, lesquels sont plus fréquentés par des artistes ayant choisi des voies alternatives.

Pendant la journée, l’ambiance est calme. Mais à partir de 18h, ces cafés deviennent nettement plus animés, accueillant peintres, chanteurs et musiciens. La clientèle régulière attribue d’ailleurs à ces cafés une réputation qui a défrayé la chronique. Les jeunes plasticiens se retrouvent aux cafés de la rue Mohamad Mahmoud afin de casser la croûte, fumer un narguilé ou mettre leurs projets sur les rails. Ensuite, ils jouent un peu au trictrac, à l’instar du groupe réunissant le graveur Ossama Abdel-Moneim, le sculpteur Mohamad Abdallah, le peintre Amr Amer et le photographe Tamer Chahine.

A proximité, s’installent l’artiste suisse Sandrine Pelletier et la curatrice Imane Nabil, qui discutent de leur nouveau projet artistique. L’artiste-peintre Omar Al-Fayoumi arrive, d’au­cuns viennent le saluer, l’accompagnant vers un deuxième café, à quelques mètres de là. « Au départ, mes cafés favoris étaient Al-Nadwa Al-Thaqaféya et Zahret Al-Bostane. Celui-ci est toujours un point de rencontre convivial, favorisé par les écrivains et artistes. Mais il est devenu une colonie com­merciale et chaotique, envahie par les disputes et le vacarme », souligne Al-Fayoumi. Pour avoir la paix, ce dernier passe son temps donc au café tranquille Golden Star, derrière l’Atelier du Caire, avant de s’installer sur les cafés « anonymes » de Mohamad Mahmoud. « J’aime les cafés populaires qui me don­nent la chance de contempler les gens ordinaires et les visages des habitants du centre-ville », ajoute-t-il.

Où rencontrer Bachir …

Outre les cafés de la rue Mohamad Mahmoud, celui de Souq Al-Hamediya, à la rue Al-Bostane, constitue un véritable abri pour le chanteur d’origine nubienne Mohamed Bachir, lequel chante du pop, du rock, mais aussi des chansons du patrimoine. L’artiste sourit et salue ses amis, assis sur les tables tout autour. « Je suis originaire de la Haute-Egypte, mais j’ai passé toute ma vie au Caire. J’ai découvert les cafés du centre-ville pendant mes années d’études universitaires, accompagné de mes amis, Sayed Mahmoud et Ahmed Al-Hénnaoui », raconte Bachir.

Dans ces cafés, Bachir a aussi fait connaissance des musiciens avec lesquels il a fondé sa propre troupe en 2004. « On se connaît et l’on se voit régulièrement aux cafés du centre-ville, sans rendez-vous préalables. Passer au café est pour nous un rituel journalier. Dans le temps, je fréquentais le café d’Al-Takeïba, puis ce fut le tour du café Al-Nadwa Al-Thaqaféya », évoque Bicho comme l’appellent ses amis.

Après la révolution de 2011, une soirée à Al-Nadwa Al-Thaqaféya s’est vite transformée en un concert. « C’était bizarre. Sur le vif, j’ai commencé à fredonner un petit air, ensuite quelques musiciens et chanteurs se sont joints à moi. Les musiciens improvisaient. Et le public est venu nombreux. Les passants attrapaient chacun une chaise pour s’installer et chanter avec nous », raconte-t-il sur un ton nostalgique, avant de soupirer : « C’était un concert inoubliable ! ».

Actuellement, Bachir prépare son premier album et répète au studio West Al-Balad (centre-ville). Au café Souq Al-Hamediya, il fixe ses rendez-vous avec d’autres profession­nels ou avec les gens des médias. Et lorsqu’il a envie, simple­ment, de bavarder avec des amis, dans une ambiance plus chaleureuse, il se rend au café Nady Al-Azhar, toujours à la rue Al-Bostane. Tous les vendredis, après la prière de midi, Bachir prend son petit-déjeuner, avec ses amis, dans ce même café. Des clients connaissant le chanteur se joignent à ce petit festin hebdomadaire. Ils savent où le retrouver quand ils ont besoin de le voir.




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