Semaine du 6 au 12 septembre 2017 - Numéro 1190
Les arts de la ville
 
Les arts de la ville
Une performance théâtrale, rue de la Bourse, dans le cadre du D-CAF. (Photo : Bassam Al-Zoghby)
Névine Lameï06-09-2017

Le metteur en scène Ahmed Al-Attar a grandi au centre-ville, précisément à la rue Talaat Harb. Il a été au lycée des Frères à Daher, il a ensuite poursuivi ses études dans le domaine du théâtre à l’Université américaine, dont le campus était, jusqu’à il n’y a pas longtemps, situé à la place Tahrir. Du coup, lorsqu’il a décidé, en 1995, de fonder sa propre boîte, il a choisi d’avoir ses locaux à la rue Emadeddine, donc toujours au centre-ville, dans les fameux immeubles khédivaux qui datent du XIXe siècle. « Ayant lancé une troupe indépendante de théâtre, j’ai tant souffert car on ne trouvait pas de lieu pour répéter ou travailler sur le décor ou la scénographie. C’est pourquoi j’ai pensé à créer le studio Emadeddine, offrant aux artistes, comme moi, indépendants, une salle de répétition en location. On a commencé par un appartement de 420 mètres carrés », indique Al-Attar. Et d’ajouter : « L’espace est à 80 % réservé par des artistes locaux, mais nous recevons aussi provisoirement des artistes étrangers, de passage, arabes ou occidentaux. Nous accueillons également des stages de jeu ou de danse ». Le metteur en scène ne cesse d’énumérer ses souvenirs d’enfance et d’adolescence au centre-ville.

Etant aujourd’hui un professionnel de l’art, il a voulu partager ses balades artistiques au centre-ville avec d’autres : les séances de cinéma, tous les dimanches, dans les salles Radio, Métro, Diana, Qasr Al-Nil et la visite des galeries Machrabiya et Cairo-Berlin (l’une des principales salles d’exposition, à Bab Al-louq, jusqu’à la fin des années 1990, fermée après la mort de sa gérante). Et ce, à travers un festival artistique annuel et pluridisciplinaire, qui se déroule essentiellement au centre-ville, d’un lieu à l’autre, invitant le public à faire la balade à pied d’un site culturel à l’autre, pour suivre les multiples activités, durant le printemps (mars-avril).

Le temps printanier permet normalement aux personnes intéressées d’apprécier, comme Attar, la beauté architecturale des lieux. « Le centre-ville, facilement accessible, avec ses larges artères et sa splendeur architecturale à couper le souffle, est le cadre idéal pour un festival qui vise à faire parvenir l’art contemporain à tout public, à la différence de sa culture, dans le but de réduire les inégalités ou l’écart socioculturel », souligne Al-Attar, expliquant que l’idée du festival D-CAF est née en 2009, lorsqu’il a fait connaissance avec le PDG de la société d’investissement immobilier Al-Ismaelia, Karim Al-Chaféï, et qu’ensemble, ils ont évoqué l’intérêt de réhabiliter le centre-ville par la culture. Ceci devait permettre en effet à la société d’accroître et de faire valoir ses propriétés, d’où parfois les divergences d’avis sur les intentions de la société, entre supporters et détracteurs. « D-CAF devait voir le jour en novembre 2011, mais on a eu du retard, vu les circonstances politiques liées à la révolution du 25 janvier de la même année. On a dû le lancer plutôt en avril 2012. Il ne faut pas nier que la révolution a poussé davantage les marges de la liberté d’expression et a donné un essor au mouvement culturel en Egypte », affirme Ahmed Al-Attar, directeur du festival, dont les activités se passent souvent au cinéma Radio, au théâtre Rawabet, à l’hôtel Windsor, au théâtre Al-Falaki, au Greek Campus, etc. Les performances et spectacles de la rue sont de mise, au passage Kodak, à la rue Chawarbi, etc. Avec la révolution, les artistes avaient une occasion d’or d’investir l’espace public et de s’y produire. « On est en interaction avec les gens, dans les rues, sur les balcons et les toits des maisons, dans les passages ombragés, à huis clos », précise Al-Attar. Et d’ajouter : « D-CAF s’est imposé aujourd’hui sur l’agenda culturel du monde arabe, avec d’autres festivals d’art contemporain, comme : Art Dubaï, Home Works et Bipod à Beyrouth. Allant au-delà des zones commerciales, des restaurants, des vitrines de chaussures et de prêt-à-porter, il permet de revaloriser l’histoire culturelle du centre. L’Etat s’occupe de mettre en valeur le côté urbain du centre-ville : pavage des rues, l’éclairage, les caméras de surveillance, mais ce qui manque c’est la prise de conscience de l’importance de l’art et de la culture quant au centre-ville ».

D’ici l’année prochaine, le metteur en scène et directeur artistique doit préparer son festival. Il voyage d’un évènement culturel à l’autre pour faire sa sélection


Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire