Semaine du 6 au 12 septembre 2017 - Numéro 1190
Investir dans le culturel
  Outre sa valeur architecturale, le centre-ville cairote revêt une importance culturelle que certains acteurs, indépendants et privés, tentent de revaloriser en y organisant des activités artistiques et des balades à pied. C’est le cas de la société d’investissement immobilier Al-Ismaelia et du metteur en scène Ahmed Al-Attar, directeur du festival D-CAF.
Rasha Najdi.
Rasha Najdi. (Photo : Bassam Al-Zoghby)
Névine Lameï06-09-2017

« Le centre-ville cairote a toujours constitué un point dynamique et multiculturel, un lieu de rencontre pour les cinéastes, les plasticiens, les hommes de théâtre, écrivains, etc. Ce sont de vrais témoins du changement social du pays. De plus, le centre-ville a toujours abrité pas mal de lieux de divertissement : des salles de cinéma comme Radio et Métro, à la rue Talaat Harb, des théâtres, notamment ceux de la rue Emadeddine … Sans oublier l’ancien Opéra du Caire, construit sous ordre du khédive Ismaïl pour célébrer l’inauguration du Canal de Suez. Malheureusement, à partir des années 1980-90, le mouvement culturel au centre-ville a beaucoup reculé. Il a repris de plus belle, grâce à la présence des jeunes artistes indépendants, au lendemain de la révolution du 25 janvier 2011 », déclare Rasha Najdi, directrice du programme Culture et Arts à la société d’investissement immobilier Al-Ismaelia, laquelle s’est appropriée sous Moubarak plusieurs vieux immeubles du centre-ville et qui tente de réhabiliter le centre-ville en y organisant plusieurs activités artistiques. Fondée en 2008, la société possède une vingtaine de bâtiments, concentrés au centre-ville. Et Najdi d’ajouter : « Le PDG de la société, Karim Al-Chaféï, a privilégié dès le début de nos activités toutes sortes de manifestation culturelle indépendante, capables de faire circuler de nouvelles idées, loin des diktats du marché commercial de l’art ».

La société Al-Ismaelia vient de lancer, par exemple, sur Facebook, une page qui s’intitule : Dakhli West Elbalad (centre-ville, scène d’intérieur), une plate-forme qui propose aux cinéastes indépendants et aux boîtes de production des sites de tournage à louer, afin de filmer au centre-ville. Sur la page sont affichées alors plusieurs images, faisant découvrir aux intéressés plusieurs possibilités : le cinéma Radio (à la rue Qasr Al-Nil), le roof d’Al-Ismaelia (à la rue Abdel-Khaleq Sarwat), la villa Chorbagui à la rue Chawarbi, le passage Kodak (à la rue Adli), etc. Et ce, dans le but de promouvoir l’industrie du cinéma au centre-ville et de faire revivre son âge d’or.

En 2013, la même société d’investissement immobilier a contribué au financement du livre Discovering Downtown (découvrir le centre-ville), richement illustré par des photos, portant sur l’histoire de l’architecture du centre-ville du XIXe au XXe siècle. Ce projet s’est tenu en collaboration avec l’académie DAAD (service d’échange académique allemand), après avoir mené une étude de terrain portant notamment sur les plans et architectures des salles de cinéma, des théâtres, des immeubles ou appartements autrefois habités par des célébrités, etc. Bref, l’ouvrage s’intéressait au patrimoine tangible et intangible.

Par ailleurs, tous les ans, au mois d’octobre, la société sponsorise le Schnit Film Festival sur le court métrage, lequel se déroule pendant 12 jours, au centre cairote, en même temps que dans plusieurs autres villes sur les cinq continents, réunissant plus de 30 000 cinéastes et cinéphiles. Cette année, le festival aura lieu au cinéma Zawya (un art house situé à la rue Abdel-Hamid Saïd, l’une des salles du fameux cinéma Odéon).

Enseignes et pancartes

Al-Ismaelia est également à l’origine du projet Calligraphies du centre-ville, organisé avec l’agence de publicité J. Walter Thompson Cairo, qui s’intéresse aux écriteaux et enseignes des rues du centre-ville. On s’attarde alors sur les plaques des rues, les affiches de cinéma, les vitrines des différentes boutiques, etc.

Investir dans le culturel
Après la révolution, les artistes se sont réappropriés l'espace public. (Photo : Bassam Al-Zoghby)

Ainsi, de jeunes calligraphes et designers égyptiens ont répertorié les styles d’écriture utilisés jusqu’ici et les ont mis en ligne sur le site : Khotout West Elbalad. « La calligraphie étant une composante essentielle de notre environnement visuel, il était indispensable de conserver le patrimoine typographique de la calligraphie exécutée à la main. Le groupe musical indépendant Massar Egbari et la joaillière-styliste Azza Fahmi se sont servis de ces polices : le groupe musical pour écrire le nom sur les affiches, et la styliste dans ses designs de bijoux », poursuit Rasha Najdi dont la société organise de temps en temps des tournées et visites guidées, permettant d’explorer les lieux et sites culturels du centre-ville, les plus anciens ainsi que les plus contemporains. On passe ainsi par les anciennes salles de cinéma, mais aussi par le centre de l’image CIC, à la rue Abdel-Khaleq Sarwat, par les locaux de la maison de production spécialisée dans la musique alternative 100 copies (rue Qasr Al-Nil) et par l’hôtel Viennoise (rue Mahmoud Bassiouni) qui accueille, depuis 2012, des expositions d’art.

« Très prochainement, le passage Kodak et l’hôtel Viennoise auront un programme culturel mensuel qui sera annoncé à temps », signale Najdi qui s’occupe également de l’organisation avec Ahmad Al-Attar, fondateur du studio Emadeddine, du festival pluridisciplinaire D-CAF sur les arts contemporains (voir encadré), qui se déroule tous les ans en mars-avril, depuis 2012, dans plusieurs endroits du centre-ville, notamment ceux aménagés par la société d’immobilier.

Pour en savoir plus, à consulter les liens suivants :

www.alismaelia.com

www.cairo-dtour.com

khotout West Elbalad

Dakhli West Elbalad

http://d-caf.org/




Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire