Semaine du 6 au 12 septembre 2017 - Numéro 1190
Des places incontournables
  Se dressant tantôt autour d'un grand rond-point, d'un carrefour ou d'une statue, les places du centre-ville ont un principal point commun, elles ont toutes été témoins des grandes transformations qu'a vécues l'Egypte.
Des places incontournables
Samar Al-Gamal06-09-2017

Tahrir

Tahrir

Le grand classique. La place Tahrir n’a plus à être présentée au grand public, ni en Egypte, ni à l’étranger, du moins depuis la révolution de 2011, prélude au départ du régime de l’ancien prési­dent, Hosni Moubarak. Jadis place Ismaïliya, du nom d’Ismaïl pacha, elle est la plus vaste du Caire khédivial, mais la seule qui n’a pas de statue dans son centre. Centre incontournable de la vie cairote, elle est située à la jonction de plusieurs axes importants : la rue Talaat Harb, la rue Mohamad Mahmoud, la rue Tahrir et la rue Merit pacha. Elle se dresse à environ 200 m du Nil. Autour de son gigantesque rond-point se dresse le Mogammaa, le grand bâtiment administratif, construit selon le style soviétique en 1951 par l’architecte Mohamad Kamal Ismaïl, avec un coût de 2 millions de livres égyptiennes. C’est le premier bâtiment administratif du genre au Moyen-Orient, un édifice colossal qui comprend 14 étages et 1 356 pièces, où se trouvent plusieurs sièges d’administrations publiques et de ministères. La place Tahrir tire aussi son importance de la présence du Musée du Caire, inau­guré en 1902 et qui comprend la plus grande collection d’antiquités égyptiennes au monde. Près de 160 000 pièces y sont exposées retraçant la civilisation égyptienne durant plus de 5 000 ans. Troisième lieu emblématique de la place Tahrir, l’ancien hôtel Nile Hilton, devenu depuis 2013 le Ritz Carlton. Cet hôtel s’étire entre le coeur khédivial de la ville et le Nil, offrant une vue sur l’autre rive du Nil où se trouvent les quartiers de Zamalek et de Doqqi. Il a été inauguré en 1959 par l’ancien président Gamal Abdel-Nasser et le leader yougoslave Tito. Il a longtemps été le lieu de rencontre des leaders politiques, surtout arabes, notamment en raison de sa proximité du siège de la Ligue arabe, autre lieu important de la place Tahrir, inauguré en 1958, construit spécialement pour abriter les locaux de l’organisation panarabe créée en 1945.

Talaat Harb

Talaat Harb

Sculptée par Henri Alfred Jacquemart, la statue de Soliman pacha Al-Faransawi (Soliman pacha le Français), en uniforme de militaire français, est détrônée de la place après l’invasion tripartite contre l’Egypte en 1956 et cède la place à ce monsieur pointant du doigt, le célébrissime économiste et fonda­teur de la Banque Misr, Talaat Harb. Le centre d’attraction de la place est le très connu salon de thé et lieu de rencontre de la bourgeoisie du début du siècle dernier, Groppi (lire page 14). Dans le coin, facile de repérer le Club grec, le Café Riche juste derrière la statue, la librairie Madbouli. Point de rendez-vous incontournable des noctambules qui fréquentent les cafés et restaurants alentours depuis le début des années 2000, la place servait de cadre à de grands événements populaires, surtout politiques.

Opéra

Opéra

Le monument emblématique auquel on doit le nom de la place était évidemment l’Opéra, aujourd’hui inexistant. A l’occasion de l’inauguration du Canal de Suez en 1869, le khé­dive Ismaïl décide de construire le premier opéra au Caire. Sur les plans de l’architecte italien Scala, de la ville d’Udine, le chantier débute dans les jardins d’Ezbékieh, sur l’emplacement d’un ancien palais (Qasr Al-Amir Azbak) détruit pour laisser place. La nouvelle construction est confiée à l’ingénieur Pietro Avoscani (un Italien qui a déjà réalisé un théâtre à Alexandrie). Mais cette oeuvre architecturale n’est plus. L’Opéra du Caire est détruit par un incendie en octobre 1971 à l’époque de Sadate. La place change quand l’actuelle statue d’Ibrahim pacha assis sur son cheval y installée. Mais en dépit de la forte présence du fils de Mohamad Ali, la place reprend son ancien nom sans son faste. La place est le point de départ d’une balade vers Le Caire fatimide et Khan Al-Khalili d’un côté, sur la place commer­çante de Ataba de l’autre ou sur les rues du Caire khédivial, mais aussi sur le Club de l’escrime.

Ramsès

Ramsès

A deux pas de la gare centrale du Caire, le célèbre Bab Al-Hadid, se situe la place dans le quartier peut-être le plus pollué du Caire, échappement de gaz, vacarme de circulation, intersection de ponts et de rues et l’entrée du métro. Autrefois, elle s’appelait Bab Al-Hadid (la porte en fer) ou encore Al-Nahda (la renaissance en arabe), car elle accueillait à l’époque l’oeuvre de Mahmoud Mokhtar avant qu’elle ne soit remplacée par la statue colossale de Ramsès II érigée par Gamal Abdel-Nasser sur la place en 1956. Mais celle-ci quitte son emplacement en août 2006 sur la place face à la gare, pour rejoindre, 30 kilomètres plus loin, son nouvel emplacement à proximité du futur Grand Musée égyptien, situé dans le quartier des pyra­mides. Des milliers de personnes étaient venues assister au voyage du colosse qui pèse presque 83 tonnes et mesure 11 mètres de haut. Aujourd’hui, elle est sans statue, mais grouille de monde toute la journée, et aussi la nuit. Car c’est un passage obligé ou presque de tout visiteur du Caire venant des diffé­rentes provinces. Ici se dresse la gare centrale construite en 1856, et derrière les bus reliant les gouvernorats d’Egypte.

Ataba

Ataba

A quelques mètres de la place de l’Opéra se dresse la très bruyante et très commerçante place Ataba, jadis Al-Ataba Al-Khadra et qui reflète Le Caire, cette mégalopole aux limites incertaines avec sa démographie explosant et son niveau socioéconomique en recul. A une certaine époque, elle était baptisée place Farida du nom de l’épouse du roi Farouq, mais tout comme la rue Abdel-Khaleq Sarwat, elle a récupéré son nom après leur divorce.

Sur le passage, on part à la découverte de l’ancienne poste, des pompiers, de la rue Ezbékieh qui servait de ventes de livres d’occasion, du Théâtre national et celui des marionnettes. Mais les lieux sont envahis par les marchands ambulants de toutes sortes ; vêtements, téléphones portables, valises, fruits … Un mélange ahurissant en plein embouteillage dans lequel on s’im­prègne de plain-pied. A deux pas, la station centrale des transports publics et le garage de l’Opéra situé à l’emplacement de l’ancien Opéra. Une place qui respire mal. Très mal. En outre, les transformations urbaines ont fait que cette place ne ressemble plus à une place au sens propre du terme.




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