Semaine du 16 au 22 août 2017 - Numéro 1188
Mohamad Abdo : Le tourisme doit être la priorité de l’Etat
  Mohamad Abdo, membre de la commission du tourisme au parlement égyptien, revient sur la situation difficile dont souffre ce secteur, qui peut, selon lui, générer des revenus considérables.
Mohamad Abdo
Mohamad Abdo, membre de la commission du tourisme au parlement égyptien.
Dalia Farouq16-08-2017

Al-Ahram Hebdo : Quel rôle joue la commission du tourisme au parlement pour développer ce secteur en Egypte ?

Mohamad Abdo : Notre rôle est d’abord de surveiller le gouvernement et le pouvoir exécutif. Nous discutons avec les responsables du secteur des décisions prises, du budget du ministère du Tourisme et celui des organismes qui en dépendent. Nous suivons les travaux sur le terrain, nous proposons des solutions aux problèmes et nous en discutons avec les professionnels du métier afin d’améliorer la performance du tourisme en Egypte. Nous essayons de mettre davantage l’accent sur l’importance de ce secteur et comment il peut avoir des répercussions sur la politique, la culture, la société et pas seulement sur l’économie. Quant à notre rôle législatif, nous révisons certaines lois et législations qui organisent le secteur du tourisme, surtout que ces lois sont très anciennes ; elles datent des années 1960 et 70 et ne vont pas de pair avec les évolutions dont témoigne l’industrie du tourisme aujourd’hui. Il existe par exemple de nouveaux genres de tourismes qui sont de plus en plus répandus dans le monde, mais qui ne sont régis par aucune loi.

Comment évaluez-vous donc le travail du ministère du Tourisme à l’heure actuelle ?

— Je pense que le ministère ne possède ni une vision claire pour développer le secteur, ni la créativité nécessaire pour faire le marketing du tourisme en Egypte, qu’il s’agisse du tourisme balnéaire avec plus de 1 300 kilomètres de côte sur deux mers, culturel avec des milliers de sites archéologiques, ou le tourisme des musées. La preuve en est que les revenus du tourisme restent très modestes comparés au potentiel que nous avons. Même avec la reprise actuelle du tourisme, les chiffres restent modestes et loin encore de l’année 2010 où le tourisme avait réalisé des revenus de 13 milliards de dollars.

Pourtant, je trouve que même ce chiffre est modeste pour un pays touristique de premier rang comme l’Egypte. On peut, à mon avis, faire des recettes de plus de 100 milliards de dollars si nous avons une bonne gestion de ce secteur. Mais pour être juste, le recul du secteur du tourisme n’est pas seulement la faute du ministère du Tourisme. L’ensemble du système administratif en est responsable. En fait, le ministère du Tourisme doit travailler en étroite coopération avec d’autres ministères comme l’Aviation, les Affaires étrangères, l’Intérieur, le Développement local et l’Environnement.

Quels sont les grands problèmes dont souffre le secteur du tourisme à l’heure actuelle ?

— En plus de la baisse des arrivées touristiques et donc des revenus au cours des six dernières années, la détérioration des infrastructures touristiques à cause du déficit budgétaire et la fuite des cadres touristiques performants sont les problèmes majeurs dont souffre le tourisme. Cela sans oublier l’absence d’une vraie volonté politique pour relancer ce secteur. Le tourisme n’est pas parmi les priorités de l’Etat, ce qui signifie qu’il ne soutient pas cette industrie cruciale pour l’économie du pays comme il se doit. Le tourisme doit être un projet national où les efforts du gouvernement, du secteur privé et des citoyens eux-mêmes convergent pour faire de l’Egypte un pays touristique de premier plan. C’est la seule issue pour l’Egypte à l’heure où l’économie traverse une période difficile. Il me semble que le pouvoir politique n’est pas suffisamment conscient que l’industrie du tourisme peut être une solution rapide et efficace aux problèmes économiques. Il la traite comme une industrie de divertissement. Le président doit se charger personnellement du dossier du tourisme, et toutes les institutions doivent travailler sincèrement pour développer ce secteur. Il faut suivre l’exemple du général Franco en Espagne entre 1939 et 1975, qui a personnellement pris en charge le dossier du tourisme et a réussi, en l’espace de deux décennies, à faire de l’Espagne un grand pays touristique qui réalise aujourd’hui plus de 80 milliards de dollars de recettes touristiques par an bien qu’il ne possède pas les atouts touristiques que nous possédons. Cette négligence a fait que l’Egypte est arrivée dernière au baromètre du Conseil mondial du tourisme et du voyage (WTTC) des pays les plus attractifs pour les touristes au mois d’avril dernier.

— Quels sont les projets que vous avez présentés au gouvernement dans l’objectif de relancer le tourisme ?

— J’ai présenté un projet avec l’accord de 77 députés pour que soit enseignée dans les écoles une matière ayant un rapport au tourisme, depuis l’école primaire et jusqu’à l’université, afin de sensibiliser les jeunes à l’importance du tourisme pour l’économie et aussi la manière de traiter les touristes depuis leur arrivée à l’aéroport jusqu’à leur départ, afin qu’ils aient de bons souvenirs de l’Egypte et y reviennent plusieurs fois.

La relance du tourisme doit commencer par les gens et surtout les jeunes qui sont les cadres du futur. Jusqu’à présent, je n’ai pas eu de réponse finale de la part des responsables au ministère de l’Education. Il m’est apparu, lors des discussions, qu’ils ont euxmêmes besoin d’être sensibilisés à l’importance du tourisme. En outre, je travaille sur un autre projet qui consiste à développer la Côte-Nord, qui peut être la poule aux oeufs d’or pour l’Egypte, surtout la région de Alamein.

Cette région est connue sur le plan mondial non seulement grâce à ces plages d’azur, mais aussi à cause de la bataille qui s’y est déroulée entre les Alliés et les forces de l’Axe lors la Seconde Guerre mondiale. C’est déjà un site touristique mondial qui peut attirer des milliers de touristes avec la moindre publicité. Il faut seulement que nous accordions plus d’importance à cette région.

Il faut déminer cette région avec l’aide des pays qui ont planté ces mines. Ensuite, il faut restaurer et les sites où l’on trouve des traces de ces batailles et les cimetières des soldats qui y ont perdu la vie afin de les exploiter sur le plan touristique.

— Que pensez-vous de la position russe ? Moscou n’a toujours pas rétabli ses vols à destination de l’Egypte ...

— C’est une réaction politique. On doit savoir que le terrorisme est devenu un phénomène universel. Il est présent à Charm Al-Cheikh comme il est présent dans les rues de Londres, de Berlin ou de Paris. J’aimerais rappeler aux responsables russes l’assassinat de leur ambassadeur en Turquie l’année dernière. Pourquoi n’ontils pas suspendu leurs vols vers Ankara ? J’estime que la Russie exerce des pressions sur l’Egypte pour avoir plus de bénéfices. Ce que l’Egypte a refusé, car leurs demandes portent atteinte à la souveraineté du pays. Un comité a visité les aéroports égyptiens pour voir sur le terrain le renforcement des mesures de sécurité. J’étais parmi les membres de la délégation qui a visité l’aéroport d’Hurghada et j’ai vu comment les mesures de sécurité sont devenues aussi fermes que rassurantes.




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