Semaine du 9 au 15 août 2017 - Numéro 1187
Le sport, l’argent et la politique
Al-Ahram Hebdo09-08-2017
 
 

Le transfert du footballeur brési­lien de Barcelone, Neymar, au club français de Paris Saint-Germain (PSG), a provoqué un véritable séisme dans les milieux sportifs. La transaction d’un montant record de 222 millions d’euros est la plus grande jamais réalisée par un club de foot. Le PSG avait été racheté par le Qatar en 2011 à travers la compagnie Qatar Sports Investments, un fait qui avait été perçu à l’époque comme une énorme opération financière. Avec cette transaction au montant farami­neux, on peut d’emblée s’interro­ger si le sport aujourd’hui n’a pas perdu sa finalité, s’il n’est pas devenu un outil aux mains de certains pour réaliser des objectifs politiques. Au cours des dernières années, le Qatar a été durement touché par la chute des cours du pétrole. Un fait qui s’est répercuté sur le PSG dont les recrutements sont restés à un stade très moyen. En dépit des succès réalisés en France, le club n’a jamais obtenu de grande réussite sur le plan continental, et n’a jamais atteint le niveau des grands clubs européens comme Barcelone ou le Real de Madrid qui monopolisent les compé­titions européennes.

Intervient alors le transfert sur­prise et inattendu de la super-star brésilienne Neymar. Un transfert qui semblait encore, il y a quelques mois, hors de portée du club pari­sien. Mais la politique est venue se mêler au sport. Il semblerait en effet que le gouvernement qatari ait absolument voulu ce transfert pour des raisons extra-sportives. Celui-ci survient en effet en pleine crise politique entre l’émirat du Golfe et quatre pays arabes accusant Doha de soutenir le terrorisme (l’Egypte, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et Bahreïn). Ces der­niers avaient décidé en juin dernier de rompre leurs relations diploma­tiques avec le Qatar. Boycotté par ses voisins, acculé, l’émirat voulait visiblement à tout prix détourner les regards loin des accusations portées contre lui, et surtout mon­trer qu’il « existe encore ». Nous avons donc affaire à un coup de poker politique.

Il n’y a là rien de nouveau. Il y a quelques années déjà, l’émirat avait été accusé d’avoir versé des pots-de-vin pour décrocher l’organisa­tion de la Coupe du monde de football 2022. Il aurait alors versé plus de 5 millions de dollars à divers officiels pour influer le vote du comité exécutif de la FIFA.Depuis des années aussi, Doha tente d’utiliser sa manne financière pour tisser des relations privilé­giées avec l’Occident. En France, par exemple, le rachat par l’émirat de plusieurs immeubles et hôtels de grand luxe, et le régime fiscal spécial dont il a bénéficié avec notamment des exonérations de taxes sur les plus-values immo­bilières ont exaspéré l’opinion publique et la presse et ont donné lieu à un vif débat.

Aujourd’hui encore, le Qatar sort son carnet de chèque et se croit tout permis. Mais derrière cette façade se cache assurément un malaise, celui d’un pays banni et qui n’arrive pas à trouver ses repères .



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