Semaine du 9 au 15 août 2017 - Numéro 1187
Questions autour d’une réforme
  Le ministère de l'Education a annoncé cette semaine un plan de réforme globale du système éducatif, visant à encourager la créativité et l'autonomie. Les avis divergent sur son efficacité.
Questions autour d’une réforme
Le gouvernement entend apporter dss modifications de fond au système éducatif.
Chaïmaa Abdel-Hamid09-08-2017

Le ministre de l’Education, Tareq Chawqi, a dévoilé cette semaine une série de décisions pour réformer le système éducatif. Les changements introduits s’appliqueront dès l’année scolaire 2017-2018 aux élèves des cycles primaire et préparatoire. Quant au nouveau système du bac, qui passera d’un an à trois ans, il ne sera pas appliqué cette année. (Voir encadré).

L’annulation du certificat d’études primaires est la première mesure importante. La sixième primaire sera désormais une année ordinaire et l’élève n’obtiendra son premier diplôme qu’à la fin du cycle préparatoire, soit après neuf ans d’études. « Le certificat d’études primaires ne contribue pas au développement réel de l’élève », a déclaré le ministre. Il a affirmé que cette décision était nécessaire pour « réduire la pression nerveuse et psychologique qui pèse sur les élèves à ce jeune âge ». Il s’agit aussi d’économiser les grosses sommes d’argent qui sont dépensées pour les examens du certificat d’études primaires, a ajouté le ministre.

Si cette décision a des aspects positifs, elle a aussi ses côtés négatifs. C’est ce qu’explique Kamal Moughith, pédagogue. Il a affirmé : « L’annulation de ce diplôme permettra de mieux lutter contre le phénomène de la fuite scolaire, et l’arrivée chaque année d’un grand nombre d’enfants sur le marché du travail. Un nombre effrayant d’enfants se contentait d’obtenir le certificat d’études primaires pour commencer à travailler, mais cette décision va élever l’âge de l’obtention de ce diplôme à 15 ans ». L’expert s’attend pourtant à un problème important. « Le ministère est bien conscient qu’un grand nombre d’élèves arrivent au certificat d’études primaires alors qu’ils ne savent ni lire ni écrire. Il y a donc une défaillance au niveau du système éducatif lui-même, à laquelle il faut absolument remédier, sinon on risque de retrouver ce phénomène en troisième préparatoire », explique-t-il.

L’experte en éducation Buthayna Abdel-Raouf critique l’annulation du certificat d’études, en affirmant qu’il « n’est pas normal de laisser un enfant après neuf ans d’études, sans une véritable évaluation. Ajoutant que cette expérience a déjà été appliquée et n’a réalisé aucun succès ».

Une autre décision concerne aussi l’annulation des contrôles continus pour se contenter des examens de mi-année et de fin d’année. Cette annulation est saluée par Moughith, qui considère que le système éducatif est complémentaire et indivisible. De même, le ministère a décidé, à partir de cette année, d’annuler l’arabisation des examens qui permettait aux élèves des écoles de langues étrangères de passer certains examens, notamment les sciences et les maths, en arabe. Ce qui est, selon le ministre de l’Education, non justifié pour les élèves des écoles de langues.

Autre mesure de cette réforme : l’éducation artistique et l’informatique seront des matières essentielles du cursus scolaire. L’échec à ces matières entraîne l’échec pour l’ensemble de l’année. « Cette décision est très importante et aide à enrichir l’élève sur le plan technologique et artistique à un jeune âge. Mais le ministère doit d’abord s’assurer que toutes les écoles ont des professeurs compétents et les équipements nécessaires. Sinon, l’application de cette décision serait catastrophique. Nous allons, au parlement, demander au ministre de présenter les mécanismes de l’application de ces décisions », lance la députée Magda Nasr, membre de la commission de l’éducation au sein du parlement.

Encourager la créativité

Le ministre a aussi proposé la modification des programmes éducatifs à partir de la maternelle jusqu’à la troisième primaire de manière à encourager l’autonomie des élèves, la recherche et l’innovation et à les accoutumer à compter sur eux-mêmes pour collecter les informations à travers la banque égyptienne de la connaissance.

Le ministère a annoncé la création d’un fonds de soutien aux enseignants et l’application d’un système de récompense pour les inciter à donner le mieux d’eux-mêmes. De même, le ministre a aussi décidé d’imposer un contrôle sur les écoles privées au niveau des frais de scolarité et des uniformes. Plusieurs plaintes ont été récemment présentées au ministère contre la hausse démesurée des frais de scolarité dans les écoles privées. « Il serait vraiment temps de contrôler les écoles privées, cette décision a même tardé. Ces écoles sont devenues un véritable business ».

Pour la pédagogue Fatma Tabarak, le ministre prend au sérieux cette réforme du système éducatif. « Cela fait de longues années que nous revendiquons la réforme de l’ensemble du système éducatif en Egypte qui est complètement désuet. A mon avis, ces réformes constituent une étape positive », pense-t-elle. Moughith, lui, voit les choses sous un autre oeil. Pour lui, toutes les décisions prises dans le cadre de cette réforme ne résoudront pas les problèmes de l’éducation en Egypte. « Nous avons quelques problèmes qu’il faut résoudre en toute urgence, comme la détérioration du niveau des professeurs, l’absence de contrôle sur les écoles. Il faut aussi moderniser les cursus scolaires », conclut-il.

Le nouveau bac attendu en 2018

Un nouveau système du baccalauréat sera appliqué à partir de l'année prochaine.

Le nouveau système du baccalauréat, attendu en 2018, vise, selon les responsables, à alléger la pression qui pèse sur les élèves et les familles. Le ministre de l’Education, Tareq Chawqi, avait promis à plusieurs reprises de mettre fin au cauchemar du bac. Celui-ci s’appellera désormais le « diplôme d’Egypte » au lieu de « sanawiya amma ».

Ce nouveau bac sera cumulatif, c’est-à-dire que le résultat ne dépendra plus des notes de la troisième année seulement, mais des notes des trois années du cycle secondaire cumulées. Selon le ministre de l’Education, l’idée est d’alléger la pression qui pèse sur les familles pour que « tout ne soit pas concentré en une seule année ». Ainsi, l’élève aura la chance de se rattraper. A rappeler que les systèmes traditionnels du bac qui ont été appliqués en Egypte, au cours des dernières années, étaient basés sur l’examen de la chance unique, ce qui a donné lieu à des phénomènes néfastes, comme les leçons particulières et le manque d’intérêt des élèves durant les deux autres années du cycle secondaire.

La durée de validité du bac passera de trois à cinq ans. Ce qui donnera plus de liberté au bachelier pour s’inscrire à l’université. Concernant le système d’évaluation des élèves, le ministre a évoqué deux méthodes, la première consiste à ce que l’étudiant présente un projet de fin d’année au niveau de l’école, qui sera évalué, révisé et noté par des enseignants provenant d’autres gouvernorats. La seconde méthode consiste à présenter à l’élève des questions à choix multiples qui seront corrigées par voie électronique sans intervention humaine, de sorte à ce que l’étudiant ne se soit pas à la merci de l’enseignant. Sa note finale sera calculée en fonction de son évaluation au cours de ses trois années d’études secondaires.

Selon la pédagogue Fatima Tabarak, l’application d’un nouveau système du bac peut contribuer à améliorer le niveau des élèves. Mais pour appliquer ce système « il faut d’abord bien former les enseignants ».

Kamal Moughith, pédagogue, commente : « J’ai été choqué par les réformes présentées sur le niveau du bac. Cela fait des mois que le ministère évoque des modifications, mais jusque-là, nous n’avons rien vu de concret. Le système cumulatif est l’un des plus réussis, mais le ministère n’a mentionné ni les critères ni les mécanismes du nouveau système ». Et de conclure : « Nous avons déjà appliqué un système cumulatif sur deux ans, mais il n’avait fait qu’augmenter la pression sur les familles et les élèves. Il faut donc présenter toutes les garanties pour que les familles ne se retrouvent pas devant un nouveau fardeau ».




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