Semaine du 2 au 8 août 2017 - Numéro 1186
Egypte-UE Reprise de la coopération stratégique
  Après sept ans d’interruption, le Conseil d’association égypto-européen s'est réuni cette semaine à Bruxelles. La lutte contre le terrorisme et l’immigration clandestine constituent les priorités communes jusqu’en 2020.
Egypte-UE Reprise de la coopération stratégique
Le chef de la diplomatie égyptienne, Sameh Choukri, avec son homologue de l'Union européenne, Federrica Mogherini, à Bruxelles. (Photo : AFP)
Chaïmaa Abdel-Hamid02-08-2017

Le chef de la diplomatie, Sameh Choukri, a participé mardi 26 juillet à Bruxelles à la 7e réunion du Conseil d’association entre l’Union Européenne (UE) et l’Egypte. L’objectif de cette réunion était de définir de nouvelles priorités de partenariat pour la période 2017-2020. Celles-ci touchent aussi bien au développement socio-économique qu’à la lutte contre le terrorisme. « Sept ans sont passés depuis la dernière réunion », a rappelé Federica Mogherini, chef de la diplomatie européenne. En effet, depuis la révolution de 2011, qui a amené Hosni Moubarak à renoncer au pouvoir, l’UE avait suspendu la tenue des rencontres dans le cadre de l’accord d’association signé en 2001 et entré en vigueur en 2004.

Ahmad Abou-Zeid, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, rapporte que lors de la réunion, les deux parties ont discuté du renforcement de la coopération entre l’Egypte et l’UE en vue d’achever les objectifs des accords bilatéraux de partenariat conclus en 2015 et de coordonner les efforts pour faire face aux défis communs. La reprise des réunions ministérielles entre l’Egypte et l’UE intervient dans un contexte de défis communs pour l’Egypte et l’Europe, à savoir la lutte contre le terrorisme et l’immigration clandestine.

Le document de la réunion du 26 juillet porte sur les programmes de développement qui seront financés par l’UE pour soutenir les Petites et Moyennes Entreprises (PME) dans des domaines comme l’énergie, les femmes, les jeunes et pour mieux lutter contre l’immigration clandestine. « L’UE a affirmé son engagement d’aider l’Egypte à réaliser ses objectifs en matière de stabilité et de développement qui constituent la pierre angulaire de la stabilité du Proche-Orient et du sud de la Méditerranée et donc de la stabilité et de la sécurité du continent européen », a fait savoir Abou-Zeid.

Respect mutuel

Le chef de la diplomatie a aussi tenu à préciser que le partenariat entre l’Egypte et l’UE est fondé sur le respect et l’appréciation mutuels. Il a notamment rejeté les critiques formulées par l’UE sur la situation en Egypte, basées sur « des critères erronés et une logique paradoxale manquant d’objectivité ». Choukri a appelé l’UE à reconsidérer « en toute honnêteté » sa position passive sur le dossier du terrorisme et de l’extrémisme, qui fait qu’elle ferme les yeux sur les pratiques de certains pays qui soutiennent expressément les organisations terroristes. Il s’est aussi dit vivement alarmé de ne voir aucune mesure efficace de la part de l’Europe pour empêcher la diffusion d’idées extrémistes via les chaînes affiliées aux organisations terroristes par le biais des satellites européens.

L’ancien ambassadeur Naji Al-Ghatrifi se félicite de la reprise de la coopération entre l’Egypte et l’UE. Les relations entre les deux parties s’étaient refroidies suite aux critiques européennes sur la situation des droits de l’homme en Egypte. « Le changement de position actuel de l’UE fait suite au changement de position des Etats-Unis vis-à-vis de l’Egypte », estime Al-Ghatrifi. Il précise que la lutte contre le terrorisme, le règlement des crises dans la région et la lutte contre l’immigration clandestine en provenance de la Libye constituent les dossiers principaux de la coopération entre les deux parties. La relance du partenariat égypto-européen reflète l’importance de l’Egypte pour l’UE, considérée désormais comme un pays stable et comme un acteur-clé dans la région. C’est ce qu’affirme Hicham Mourad, professeur en sciences politiques à l’Université du Caire. Selon lui, la reprise du partenariat est importante pour l’Egypte tout comme pour les pays européens. Pour Le Caire, le rapprochement avec l’UE est important sur les plans économique et politique. « L’UE est l’un des principaux fournisseurs d’aides sur le plan économique. Ce rapprochement sera lié à une coopération économique forte avec les pays européens qui se sont engagés à poursuivre la libéralisation de leur commerce avec l’Egypte et à aider les entreprises égyptiennes à bénéficier du développement du commerce international et de l’investissement. Rappelons que la Banque mondiale a approuvé les dernières démarches économiques mises en place par l’Egypte », explique Mourad. Il souligne que sur le plan politique aussi, ce soutien européen est d’une grande importance, surtout en cette période délicate de lutte contre le terrorisme.

Les pays de l’UE, dont les priorités ont également glissé vers la lutte contre le terrorisme et l’immigration clandestine, profitent, eux aussi, du rapprochement avec l’Egypte. « Aujourd’hui, les pays européens craignent, sans exception, de voir arriver en masse des réfugiés, des migrants, voire des terroristes. La lutte anti-terroriste menée par l’Egypte et le contrôle des frontières contre l’infiltration d’éléments terroristes provenant de la Libye, du Soudan et d’autres pays rassurent certainement l’Europe, dont plusieurs pays ont été victimes d’attentats », conclut Mourad.

Un partenariat riche

L’accord de partenariat entre l’UE et l’Egypte a été signé en juin 2001, après cinq ans de négociations, puis est entré en vigueur en 2004. Les thèmes principaux sont : le dialogue politique, le respect des droits de l’homme et la démocratie, la signature d’accords de libre-échange, les dispositions relatives à la propriété intellectuelle, les services, les marchés publics, les règles de la concurrence, les aides de l’Etat, la coopération économique dans un large éventail de secteurs, la coopération relative aux affaires sociales et à la migration (y compris la réadmission d’immigrants clandestins et la coopération culturelle), etc. Depuis la révolution de 2011, l’UE avait suspendu la tenue des réunions ministérielles critiquant certains aspects liés aux droits de l’homme.




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