Semaine 19 au 25 juillet 2017 - Numéro 1184
Mohamed Bouabdallah : Notre défi majeur est de répondre à la demande
  Mohamed Bouabdallah, conseiller de coopération et d’action culturelle, directeur de l’Institut français d’Egypte, donne un aperçu de l’enseignement du français en Egypte ainsi que des projets de coopération bilatérale dans les secteurs éducatif et culturel.
Mohamed Bouabdallah
Mohamed Bouabdallah, conseiller de coopération et d’action culturelle, directeur de l’Institut français d’Egypte.
Amira Doss19-07-2017

AL-Ahram Hebdo : Comment évaluezvous l’enseignement français en Egypte ?

Mohamed Bouabdallah : Il suffit de regarder les demandes d’inscription pour nos différents établissements pour en juger. Elles ne cessent de croître. Cela montre bien que les écoles qui enseignent la langue française sont attractives et que les Egyptiens reconnaissent la qualité de l’enseignement des établissements français. Cette qualité est également attestée par les résultats des élèves égyptiens au brevet et au bac. Nous avons des taux de réussite absolument exceptionnels. Par exemple au baccalauréat, le taux de réussite cette année a été de 92,5 % avec un très grand nombre de mentions et 13 félicitations du jury. Cela prouve le très bon niveau des élèves.

— Les élèves francophones désirent-ils poursuivre leurs études supérieures en France ?

— Oui, une partie d’entre eux. Différents parcours sont en réalité possibles. Certains élèves poursuivent leurs études en Egypte, notamment dans les filières francophones des universités égyptiennes, qui sont elles aussi connues pour leur qualité d’enseignement. D’autres préfèrent, eux, suivre le système classique ou se dirigent vers d’autres universités comme l’Université américaine (AUC). Et d’autres, enfin, désirent faire leurs études à l’étranger, en France ou dans d’autres pays. Ce qui compte, c’est que grâce aux formations des écoles francophones extrêmement exigeantes et adaptées aux réalités du monde moderne, les élèves ont tout le loisir de choisir leur voie, ici ou à l’étranger.

— Quel est le rôle joué par l’Institut français dans la formation de ces jeunes ?

— Il y a 11 écoles qui appliquent le système français en Egypte. Elles accueillent 7 500 étudiants. Et d’ici 2020, elles en accueilleront 10 000. Donc, c’est une petite académie, et l’Institut français joue le rôle de rectorat, afin de veiller à la qualité des établissements et à leur bon fonctionnement. Il règle également les problèmes lorsqu’il y en a et il assure que les examens se passent en bonnes conditions. Nous avons deux types d’enseignants, ceux qui sont titulaires de l’éducation nationale française et ceux qui sont déjà formés et ont enseigné dans des lycées français en France, et donc connaissent parfaitement le système français. Enfin, il y a des personnes recrutées au niveau local. Nous venons de mettre en place cette année, et pour la première fois, un master de formation continue pour améliorer la formation des professeurs.

— Comment expliquez-vous cet engouement pour l’apprentissage du français chez les Egyptiens ? S’agit-il uniquement de familles francophones ?

— Il est vrai qu’ici, l'un des critères d’admission dans les établissements francophones est d’avoir à la maison un environnement francophone. En général, il est très utile que les parents parlent le français. Mais il existe des exceptions. Certains ne parlent pas français, mais reconnaissent la valeur de la langue et de la culture françaises, et c’est ce qui les poussent à inscrire leurs enfants dans nos établissements.

— Comment oeuvrez-vous à transmettre les valeurs de cette culture française ?

— La culture est avant tout une langue, une histoire et une littérature. Et ces domaines sont enseignées au sein des établissements francophones. Par ailleurs, l’une des spécificités de l’enseignement à la française, ce sont les activités culturelles qui l’accompagnent, comme le Festival international de théâtre des écoles francophones, au Lycée français d’Alexandrie, ou les rencontres littéraires pour francophones nommées l’événement Ecrire la Méditerranée. Nos activités culturelles à l’Institut français d’Egypte sont ouvertes aux élèves des établissements francophones. Cette année, nous avons invité les auteures françaises venues en Egypte à l’occasion du Salon du livre et nous avons organisé des ateliers d’écriture avec elles dans les écoles.

— Qu’en est-il de l’enseignement universitaire francophone en Egypte ?

— Les filières francophones sont considérées comme très performantes et comptent plus de 2 000 étudiants. Ces filières s’appuient sur de grandes institutions, puisqu’elles sont installées au sein de grandes universités comme celles du Caire ou de Aïn-Chams. Etant au sein de ces prestigieuses universités, elles bénéficient de tout un soutien logistique. Le cas de l’Université française d’Egypte est différent. Elle a été créée en 2002. En culture comme en toute chose, il faut laisser le temps faire les choses. Dans cette université, il y a entre 300 et 400 étudiants, nous sommes donc un peu loin des ambitions qui voudraient que cette université ait au moins dix fois plus d’étudiants. Mais ce qu’il faut également constater c’est que les étudiants de l’Université française sont hautement formés. Ils sont recrutés facilement et trouvent vite un emploi, surtout ceux qui choisissent comme carrière l’enseignement. Le conseil d’administration de l’Université française d’Egypte a adopté récemment une nouvelle stratégie dont l’ambition est de trouver les moyens de multiplier le nombre d’étudiants tout en assurant un haut niveau d’enseignement.

— Quels sont les défis que vous tentez de relever pour améliorer le niveau de l’enseignement du français en Egypte ?

— Le défi majeur est de répondre correctement à la demande, car celle-ci est très grande. On sent bien que la langue, l’enseignement et la culture français ont une très bonne réputation en Egypte. Les gens veulent envoyer leurs enfants dans des écoles francophones, les étudiants veulent faire des études supérieures en français, certains veulent même partir étudier en France. La question, c’est comment répondre à ces besoins immenses dans un pays qui fait à peu près 100 millions d’habitants avec une population très jeune et très dynamique. Pour nous, le principal défi est celui du financement de toutes ces activités, et donc la recherche de partenaires pour pouvoir développer et augmenter le nombre des écoles, le nombre de nos filières universitaires, et notamment à l’Université française d’Egypte.

— Quels projets envisagez-vous de lancer prochainement ?

— Nous travaillons en ce moment sur la création de plusieurs nouvelles écoles francophones en Egypte. Les discussions entre les deux côtés n’ont pas encore totalement abouti. La population égyptienne est très concentrée autour des métropoles du Caire et d’Alexandrie, mais nous pensons aussi nous étendre vers Port-Saïd et Mansoura dans le Delta dans un premier temps et vers la Haute-Egypte dans un deuxième temps. Notre ambition est aussi d’être présents en tant qu’Institut français, ailleurs dans le pays et pas seulement au Caire et à Alexandrie, et d’aller à la rencontre des populations francophones et de celles qui souhaitent apprendre le français.

— Comment parvenez-vous à trouver les gens intéressés par la langue française ?

— Nous travaillons beaucoup sur les réseaux sociaux, il faut des moyens de communication assez solides pour trouver ces personnes. Il faut aussi faire les choses de manière sérieuse, faire une étude du marché, étudier la population et son mode de vie, regarder s’il y a eu dans le passé des établissements qui enseignaient le français, etc. Avec nos équipes, nous essayons de trouver des acteurs susceptibles d’être nos partenaires pour faciliter les choses. Notre public est très diversifié, certains apprennent le français car ils veulent être professionnels, d’autres ont des projets d’immigration. Nos élèves ont des motivations très différentes. De plus, nos tarifs ne sont pas excessivement chers. Nous offrons également des bourses de mérite, c’est un programme qui s’appelle Tahtawy. Il décerne des bourses de master. Chaque année, nous envoyons entre 30 et 40 étudiants en France pour faire une année de master. Nous avons de plus en plus de candidats, des dossiers d’excellente qualité, et surtout beaucoup de femmes intéressées par l’ingénierie et le droit.

— Y aura-t-il de nouveaux partenariats égyptiens dans la période à venir ?

— Nous avons d’excellentes relations avec les autorités égyptiennes. D’ailleurs, les excellentes relations entre les présidents français et égyptien ont un impact direct sur le champ de la coopération culturelle et éducative.

Je rencontre régulièrement les ministres du gouvernement égyptien. Nous sommes très soutenus. Nous avons actuellement deux ou trois projets d’envergure à venir. Les annonces seront bientôt faites, soit par les ministres concernés soit par les présidents. Nous travaillons d’arrache-pied sur ces dossiers. J’étais à Paris pour quelques jours accompagné d’une délégation universitaire égyptienne, et une autre du Conseil suprême des universités. Nous espérons aboutir à des accords lors des prochaines visites. Je suis ici depuis trois ans et j’aimerais que ces projets voient le jour avant la fin de ma mission.

— Comment définiriez-vous votre expérience d’expatrié en Egypte ?

— Les Egyptiens sont très accueillants. Nous sommes accueillis à bras ouverts, avec beaucoup d’intérêt. Grâce à mon métier, j’ai rencontré beaucoup d’Egyptiens de différents milieux, surtout culturels et intellectuels. L’expatriation est une découverte pour chacun. Le Caire est une ville pleine de surprises. C’est une ville gigantesque où il y a beaucoup à faire et qui comporte un patrimoine exceptionnel. D’ailleurs, d’après moi, il n’existe pas un seul Caire, mais plusieurs. Il y a des villes dans la ville : Le Caire copte, Le Caire pharaonique, Le Caire islamique. Les histoires et l’architecture de ces lieux sont extraordinaires. Puis, on arrive au Caire moderne, inspiré par les Européens, notamment dans le centreville. C’est Le Caire d’aujourd’hui, Le Caire contemporain. C’est très intéressant de voir comment la ville évolue.




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