Semaine 12 au 18 juillet 2017 - Numéro 1183
Le texte du communiqué
12-07-2017
 
 

Communiqué des intellectuels arabes, adressé au président de la République française, Emmanuel Macron, à propos de la candidature de la France à l’Unesco : Nous, écrivains, penseurs, intellectuels et artistes arabes, signataires du présent communiqué, tenons tout d’abord à présenter nos cordiales félicitations au président français élu, Emmanuel Macron. Nous déclarons notre soutien à sa position contre toutes formes d’extrémisme et de préjugés, tant en France qu’à l’étranger et nous réjouissons de voir émerger une nouvelle étape de l’histoire de France et de ses relations historiques avec le monde arabe.

Nous avons suivi avec beaucoup d’admiration sa campagne électorale à l’issue de laquelle il est parvenu à remporter la victoire face à l’extrémisme et au racisme. Nous avons également apprécié ses appels à la moralisation de la vie politique. Nous nous attendons à ce qu’il maintienne cette vision sur la scène politique française et qu’il la transpose dans les relations internationales et au sein des diverses instances onusiennes.

C’est dans cette perspective que nous communiquons notre protestation contre l’action entreprise par l’ancien président français, François Hollande, qui, peu de temps avant de quitter l’Elysée, a présenté la candidature de l’ancienne ministre de la Culture, Madame Audrey Azoulay, au poste de directeur général de l’Unesco. Cette action, faisant fi des solides liens d’amitié ayant toujours lié la France et le monde arabe, a suscité les vives réprobations de la rue et des intellectuels arabes. Cette décision à laquelle se sont opposées certaines autorités compétentes de l’Etat français (comme en témoignent des articles parus dans la presse française, à l’époque) dévoile une tentative de profiter des procédures démocratiques en vue d’accaparer des postes de direction qu’il est convenu d’attribuer sur la base de l’alternance, en sus de la tradition reconnue qui incite le pays hébergeant le siège de l’institution à s’abstenir de s’engager dans une concurrence inéquitable, remettant en cause le principe d’alternance démocratique.

Nous sommes persuadés qu’il n’a pas échappé à l’ex-président que la tendance principale, cette année, allait vers l’attribution de la direction de l’Unesco à un candidat du monde arabe : ce monde arabe qui a participé à la création de l’Unesco et dont la civilisation et la culture sont ancrées dans l’histoire. Dès le lancement de l’appel à candidatures, quatre Etats arabes ont proposé leurs candidats, donnant pleine liberté au Comité exécutif de l’Unesco de choisir la personnalité arabe pleinement représentative de notre région du monde. Une telle opportunité était susceptible de corriger le déséquilibre créé par le fait que l’Europe a assuré la direction de ladite institution pour six mandats (dont quinze années assurées par la France), alors que d’autres zones géographiques ne l’ont assurée que pour un seul mandat et alors que le monde arabe ne l’a jamais assurée durant près de trois quarts de siècle. Ce geste présidentiel inattendu semblerait refléter un acharnement pour que les Arabes n’accèdent pas à la direction de l’Unesco, quelles qu’en soient les circonstances. Ce n’est en effet pas la première fois qu’une personnalité intellectuelle issue du monde arabe se présente à ce poste. Une telle situation est susceptible de créer une rivalité totalement inutile entre l’Occident et l’Orient et d’aggraver le phénomène de polarisation dont souffre notre monde à tous les niveaux, qu’ils soient politiques, culturels ou confessionnels.

La culture arabe a indéniablement apporté sa contribution au progrès de l’humanité. Sans ses apports culturels et scientifiques, la Renaissance n’aurait certainement pas triomphé de l’obscurantisme du Moyen Age. Les pays issus de cette culture doivent, aujourd’hui, lutter contre les dangers imminents qui frappent tous azimuts notre monde : l’extrémisme religieux et le terrorisme. Permettre à l’un de ses candidats d’assumer la direction de la plus grande organisation culturelle internationale donnera à coup sûr un nouvel élan à cette lutte et nous permettra de sortir de la fausse confrontation entre l’Orient et l’Occident. Nous appelons le président français à reconsidérer la fâcheuse décision prise par l’ex-président ; décision compromettant l’image très positive de la France au sein du monde arabe ainsi que les relations franco-arabes qui, nous en sommes pleinement convaincus, jouissent du même intérêt des deux côtés. Nous nous attendons à un geste de la part du président Macron ; geste qui, au début de son mandat, renforcera sans nul doute les liens et contacts privilégiés entre la France et les pays arabes et confirmera la primauté de l’équité absolue et de la démocratie sur les intérêts inutiles.

Signataires

1- Dr Gaber Asfour, ancien ministre égyptien de la Culture.
2- Mohamed Salmawy, secrétaire général de l’Union des écrivains d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.
3- Ahmad Sweilem, poète égyptien.
4- Dr Mohamad Abdel-Mottalib, critique littéraire égyptien.
5- Mohamad Abou-Seif, réalisateur égyptien.
6- Samir Darwish, poète égyptien.
7- Bahaa Amer, artiste plasticien égyptien.
8- Mohamad Badr, artiste potier égyptien.
9- Mohamad Shafie, journaliste égyptien.
10- Mohamad Soliman, poète égyptien.
11- Ghassan Gomaa, monteur syrien.
12- Ahmad Naji, romancier égyptien.
13- Nazli Madkour, artiste plastique égyptienne.
14- Yassin Annassir, critique littéraire iraqien.
15- Dr Faisal Al-Ahmar, poète et universitaire algérien.
16- Jafar Oqaily, romancier et journaliste jordanien.
17- Sidi Ould Alamjad, écrivain et poète mauritanien.
18- Dr Moubarak Salmin, président de l’Union des écrivains et intellectuels du Yémen.
19- Dr Rebhi Halloum, poète jordanien.
20- Dr Mohamed Ohzana, président de l’Union des écrivains de Mauritanie.
21- Dr Nidal Saleh, président de l’Union des écrivains arabes en Syrie.
22- Murad Al-Soudani, président de l’Union des écrivains de Palestine.
23- Dr Ziad Abu-Laban, président de l’Association des écrivains jordaniens.
24- Dr Abdul Majeed Shakir, homme de théâtre marocain.
25- Khaled Asamahy, artiste plasticien égyptien.
26- Dr Hamdi Abou-Maati, chef du syndicat des Artistes plasticiens égyptiens.
27- Mohammed Badawi, écrivain et universitaire tunisien.
28- Amina Khaïrat, chanteuse d’opéra égyptienne.
29- Dr Omar Ahmed Kaddour, président de l’Union nationale des écrivains soudanais.
30- Fatih Hamdto, poète soudanais.
31- Mustafa Awad Allah Bishara, poète soudanais.
32- Abdul-Rahman Hassan Abdel-Hafiz, écrivain soudanais.
33- Abdel-Moneim Aboul-Qasim, écrivain soudanais.
34- Dr Omar Alamas, écrivain soudanais.
35- Dr Taha Hassan Taha, écrivain soudanais.
36- Osman Sawar Ezzahab, écrivain soudanais.
37- Mohamed Al-Orabi, député du parlement égyptien.
38- Ambassadeur Mohammed Hijazi, un ancien diplomate égyptien.
39- Ghassan Majzoub, historien musicologue libanais.
40- Dr Mohamad Obeid-Allah, critique littéraire et universitaire jordanien. des écrivains tunisiens et président de l’Union des pays du Maghreb.
42- Talal Aremeidy, secrétaire général de l’Union des écrivains au Koweït.
43- Munther Jadaa, musicien palestinien.
44- Abdelmohsen Salama, chef du syndicat des Journalistes égyptiens.
45- Dr Zahi Hawass, ancien ministre des Antiquités égyptiennes.
46- Conseillère Naima Mohammed Jibril, chef de la Cour de Benghazi, en Libye.
47- Mohamadou Ould Ahmed Sabor, poète mauritanien.
48- Hend Sabri, comédienne tunisienne.
49- Fatima Sebiti Qassem, ex-directrice du Centre de la femme à l’ESCUA, Libanaise.


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