Semaine 12 au 18 juillet 2017 - Numéro 1183
Tout est hautement surveillé
  Al-Asléyine (les originaux), de Marwan Hamed, est un beau film projeté au mauvais moment. Car les téléspectateurs cherchaient surtout à échapper au poids du sociopolitique.
Tout est hautement surveillé
Un cadre égyptien pour évoquer le drame d’une société sous surveillance.
Mohamed Atef12-07-2017

Le film Al-Asléyine (les originaux), de Marwan Hamed, d’après un scénario de l’écrivain Ahmad Mourad, a fini par être classé comme le dernier de la course des projections de la fête. Une chose inattendue, car il s’agit d’une oeuvre de qualité, du point de vue du fond et de la forme, d’autant plus que le duo qui l’a réalisée avait récolté les meilleures recettes, l’an dernier, avec leur thriller Al-Fil Al-Azraq (l’éléphant bleu). Le tout donc portait à croire que le duo allait sortir gagnant, cette fois-ci, avec une oeuvre peu traditionnelle et bien maîtrisée. Mais apparemment, nul ne peut laisser prévoir les goûts et les tendances du grand public, ayant plutôt voté pour un film d’action plus classique, avec Ahmad Al-Saqqa et Amir Karara, et pour une comédie sociale, jouée par le chanteur Tamer Hosni, à savoir Tésbah Ala Kheir (bonne nuit). Car ces deux derniers films se sont taillés la part du lion de l’ensemble des recettes tablant autour de 60 millions de L.E., réparties inégalement entre les cinq films en salle.

Les Originaux, ne pouvant être classé sur la liste des comédies ou des films d’action qui ont le vent en poupe, constitue un genre à part, en se gravant autour de la thématique de la vie privée des citoyens, placée tout le temps sur écoute. On est un peu dans la logique du Big Brother qui surveille tout un chacun, même dans sa chambre à coucher. Et la sophistication des moyens de communication ne fait qu’aggraver la situation et serrer l’étau autour du citoyen lambda.

Le film présente les aspects sophistiqués de cette haute surveillance, tout en les mêlant à la légende populaire et à une ambiance particulièrement égyptienne. Pourquoi donc n’est-il pas parvenu à attirer un public plus large, même en regroupant une panoplie d’artistes talentueux et respectés (à savoir, Khaled Al-Sawi, Magued Al-Kédwani, Kinda Allouch, Menna Chalabi) ? L’une des réponses possibles peut être simplement que ces derniers ne sont pas tous des stars adulées et que L’Eléphant bleu avait en tête d’affiche le nom de Karim Abdel-Aziz, qui peut à lui seul cumuler les recettes. Mais cela n’est qu’une hypothèse à même d’être démentie par les recettes d’autres films joués par les mêmes comédiens.

Mieux vaut alors chercher la raison du côté de l’écriture scénaristique qui comporte quelques lacunes et des twists dramatiques, non justifiés par l’enchaînement des événements. Mais aussi, il faut aller chercher du côté des conditions économiques du pays et la hausse spectaculaire des prix, affectant surtout la tranche sociale qui aurait pu s’intéresser à ce genre de fiction. Le large public cherchait plutôt à fuir un quotidien de plus en plus pesant, en optant pour les films d’action et les comédies à l’eau de rose. On cherchait plutôt à se divertir qu’à savourer une intrigue recherchée, parsemée de clins d’oeil politiques, à un moment où l’on veut s’éloigner du politique .

Intrigue peu habituelle

De plus, jusqu’ici, le public ordinaire n’avait jamais pu réellement s’adonner aux films à portée philosophique, ou traitant de faits sociaux suivant une optique peu coutumière. C’est un fait souligné par l’histoire du cinéma égyptien. Pour faire passer ce genre de film, on a toujours eu recours aux formes comiques et fantaisistes, afin de mieux transmettre le message. Parfois aussi on avait recours à des stars confirmées ou à la musique pour s’en sortir, sinon on se lançait vraiment dans une aventure à risques. Ce fut le cas, à titre d’exemple, du film de Mohamad Chebl, tourné en 1981, Anyab (canines), lequel n’a pas réussi à rompre avec les règles commerciales du jeu, lorsqu’il a voulu s’inspirer de l’histoire de Dracula pour aborder l’impact de la politique d’ouverture économique, adoptée sous Sadate. Et ce, à l’encontre d’autres films de la même époque tels Al-Fanous Al-Séhri (la lanterne magique) et Fétéwat Al-Nas Al-Ghalaba (le défenseur des pauvres), réalisés par Niazi Moustapha.

En outre, il faut également signaler que Les Originaux sort complètement des carcans habituels du cinéma égyptien. Il nous place de temps à autre dans des cadres étranges, proches de la mythologie populaire. Ainsi nous promène-t-il, avec l’agent secret (Khaled Al-Sawi) et Monsieur tout le monde (Magued Al-Kédwani), dans une fête foraine chrétienne, dans une île habitée par une démone de nuit, dans un jardin public du bon vieux temps, etc. Malgré certaines lacunes dramatiques, le film est sans doute un sous-genre original et frais, qui a été projeté au mauvais moment. Car, pour la fête, le public voulait surtout se divertir et prendre une belle envolée.




Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire