Semaine 12 au 18 juillet 2017 - Numéro 1183
Le miel du passé et celui du présent
  30 ans après sa première présentation, le spectacle lyrique et comique Al-Assal Assal (le miel c’est le miel), d’après un texte de Baïram Al-Tounsi, est de retour sur les planches. Cette deuxième version sarcastique, toujours adaptée par Samir Al-Asfouri, est cette fois-ci mise en scène par Emile Chawqi.
Le miel du passé et celui du présent
Farce, chant et humour, autant de ponts entre passé et présent. (Photo : Bassam Al-Zoghby)
May Sélim 12-07-2017

« Jour de miel, jour d’oignon » est un proverbe égyptien résumant l’alternance des faits de la vie : un jour, on rit, le lendemain, on pleure, et ainsi de suite. Le metteur en scène et homme de théâtre Samir Al-Asfouri part de ce proverbe, afin de monter un spectacle à succès, en 1986, amalgamant plusieurs textes du célèbre poète du dialectal Baïram Al-Tounsi, avec comme titre Al-Assal Assal wel Bassal Bassal (le miel est le miel, l’oignon c’est l’oignon).

Le spectacle, présenté dans les années 1980, puisait dans les formes du théâtre de la rue, de quoi avoir attiré le public n’étant pas très habitué au genre. Al-Asfouri a réussi à créer un show musical sarcastique, évoquant les fêtes foraines, sur une musique de Ali Saad. Aujourd’hui, 30 ans après, le même spectacle est de retour sur les planches.

L’adaptation est toujours signée et révisée par Samir Al-Asfouri, mais la mise en scène est d’Emile Chawqi. A l’origine, le texte d’Al-Asfouri ne suit pas de structure dramatique classique, mais il s’agit plutôt de sketchs basés sur une sélection de poèmes et de maqamate (histoires en prose rimées et comiques) d’Al-Tounsi. D’où la flexibilité d’ajouter ou de supprimer des scènes. Al-Asfouri, en accord avec Chawqi, se permet alors de renouveler son texte, d’accentuer des situations en particulier et de donner libre cours aux comédiens, afin d’improviser selon les faits de l’actualité. Ainsi, les allusions aux réseaux sociaux et aux photos selfies font monnaie courante. En fait, le metteur en scène se trouvait face à un grand défi, en reprenant un spectacle déjà monté avec succès par Al-Asfouri. Néanmoins, il s’en est bien tiré, en misant sur la nostalgie des belles années passées, tout en incrustant des faits de l’actualité.

Des sketchs en boucle
Le pari est donc gagné, surtout grâce à une nouvelle conception musicale, attribuée à Hatem Ezzat. Ce dernier s’est éloigné des mélodies du spectacle des années 1980 et s’est permis de recourir à des rythmes plus gais et des tempos plus rapides.

Dès le départ, les comédiens s’introduisent sur scène avec des habits contemporains et des accessoires d’antan : tarbouche, caftan, etc. Ils s’adressent à eux-mêmes et au public, usant de leurs vrais noms (Moufid Achour, Fatma Mohamad Ali et Ola Rami). Ainsi nous promettent-ils une soirée bien différente, une belle fête animée autour du poète Baïram Al- Tounsi, farce, humour, chant et danse. Ils jouent avec brio et changent de peau d’une scène à l’autre. Fatma Mohamad Ali, chanteuse à l’origine, maîtrise parfaitement sa voix suave, alors que les autres comédiens ont été bien entraînés et guidés par le maestro et compositeur Hatem Ezzat. Les sketchs se suivent rapidement et l’humour des comédiens est à son comble. Le va-et-vient entre passé et présent, est souligné par le recours tantôt à l’arabe classique, tantôt au dialectal.

Certaines scènes font une allusion directe aux faits politiques d’aujourd’hui : un sketch sur les élections dans un village, un autre montrant un homme en train de manger dans un restaurant, ne parvenant pas à payer l’addition, etc. Il n’a qu’une piastre en poche ! Nous sommes tous dans la dèche, semble-t-il dire. Avec tant d’humour, plein de sujets sont évoqués : l’hypocrisie de la presse, le niveau médiocre des journalistes, la montée des prix, la percée des nouveaux riches … Le show nous fait rire et réfléchir .

Tous les soirs, à 21h30 (relâche le mardi), au théâtre Baïram Al-Tounsi, à Alexandrie, Corniche, Al-Chatbi. Tél. : (03) 5913835.




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