Semaine 21 au 27 juin 2017 - Numéro 1181
Le crime du Musée de l’agriculture
Mohamed Salmawy21-06-2017
 
 

Les nouvelles que répètent les habitants de Doqqi sont-elles vraies ? Le ministère de l’Agriculture a-t-il vraiment l’intention d’entamer un projet d’un montant de 22 millions de L.E. pour transformer les terres agricoles se trouvant dans l’enceinte du Musée de l’agriculture en une aire de divertissements incluant des cafétérias, des boutiques et un parking ? Si ces nouvelles s’avéraient vraies, il s’agirait d’un véritable crime contre la nature, contre l’histoire contemporaine égyptienne et contre les biens publics.

L’Etat a largement réussi à restituer des milliers de terrains pillés malgré certains dépassements que le président lui-même a reconnus. Ce qui signifie que ces erreurs seront corrigées. Mais qu’adviendra-t-il si c’est l’Etat lui-même qui viole les biens publics ?

Le Musée de l’agriculture du Caire est le plus ancien du monde. Il célèbre l’année prochaine son 80e anniversaire. Ce n’est pas étrange, car l’Egypte est le premier pays à avoir inventé l’agriculture. C’est elle qui a bonifié les terres du bassin du Nil et a créé la plus ancienne société agricole dans l’histoire de l’humanité. Durant l’ère royale, l’Egypte a réalisé la valeur exceptionnelle de son histoire agricole et a décidé de créer ce musée. La princesse Fatma, la fille du khédive Ismaïl, a alors fait don de son palais à cet objectif. On a alors fait venir le directeur du complexe agricole hongrois à Budapest (qui n’est pas un musée) pour superviser la fondation de ce musée, selon les plus récentes technologies de l’époque. Il s’agissait d’Ivan Nagui qui est par la suite devenu le premier directeur du musée lors de son inauguration en 1938. Ce musée singulier se trouve au milieu d’un immense jardin de 30 feddans, soit près de 126 000 m2. Cette immense superficie qui est la propriété du peuple a attiré le ministère pour y construire « des cafétérias, des lieux de divertissements … tout en présentant une initiative aux hommes d’affaires pour transformer ces espaces en restaurants et boutiques, à l’instar de ce qui se passe en Europe », selon les déclarations faites à la presse par un responsable du ministère de l’Agriculture.

Mais non, Messieurs, ceci ne se passe pas en Europe. Si vous saviez ce qui se passe en Europe, vous sauriez comment préserver la nature des agressions du béton armé, vous sauriez comment préserver l’histoire contre ceux qui tentent d’effacer ses traits, vous sauriez comment préserver les biens publics contre ceux qui tentent de violer les espaces verts pour y construire des projets commerciaux qui leur rapportent d’énormes bénéfices.

Ce que nous appelons le Musée de l’agriculture est en fait un ensemble de 7 musées répartis sur plusieurs bâtiments. Le palais de la princesse Fatima Ismaïl (le principal bâtiment) a été transformé en musée du règne animal. Il regorge d’un grand nombre d’animaux empaillés dont certains se sont complètement éteints au fil du temps. Il renferme également un musée pour le règne végétal et un musée consacré au coton pour lequel l’Egypte était célèbre, mais qui semble être lui aussi en voie de disparition. Ce complexe singulier abrite aussi un musée consacré aux oeuvres artistiques qui représentent des scènes de la vie paysanne égyptienne dont certaines appartiennent à des artistes de renommée mondiale.

Se peut-il que les terres qui entourent cet ensemble de musées se transforment en lieux de divertissements et de boutiques commerciales ? Ceci représenterait une violation flagrante des biens publics, de la nature et de l’histoire du pays. A quel Etat devons-nous demander secours pour mettre un terme à ces agressions commises par l’Etat lui-même ? Le Musée de l’agriculture contient des modèles de plantes égyptiennes disparues ainsi que la fleur du lotus, symbole de l’Egypte Ancienne, qui est elle aussi en voie de disparition. Le ministère de l’Agriculture n’a-t-il pas songé à planter dans ces jardins certaines plantes disparues par hybridation en extrayant leur ADN des plantes séchées et préservées dans le musée « à l’instar de ce qui se passe en Europe » ? C’est ainsi que le jardin pourrait se transformer en une oasis pour ces plantes et fleurs égyptiennes authentiques et peut-être même pour certains oiseaux et animaux égyptiens en voie de disparition dans nos déserts. Cette mission s’accorde parfaitement avec la fonction civilisationnelle du musée au lieu de construire un parking pour le stationnement, des cafétérias, des lieux de divertissements et des boutiques commerciales.

Pourquoi ne pas transformer cette région en un simple parc dans notre capitale singulière parmi les capitales du monde du fait qu’elle ne comprend ni des jardins ni des parcs publics ? Le Caire ne possède-t-il pas de poumons verts qui puissent purifier l’air pollué que respirent ses habitants ?

Cet odieux projet n’est que le prolongement du projet authentique de la propagation de la laideur dans tout le pays au cours des dernières décennies. Je sais parfaitement que l’idée de ce projet n’est pas celle du ministre actuel. Le ministère précédent avait essayé de l’exécuter, mais s’était ravisé suite à la résistance des habitants. Mais dès le départ du ministre, ceux qui semblent avoir intérêt à accomplir le projet sont réapparus. Ils ont commencé à convaincre le nouveau ministre de la rentabilité de ce projet. Mais qui a dit que la bonne exploitation du projet n’apporterait pas au ministère les gains requis ?

L’expérience du secteur privé représentée par le projet de l’ingénieur Hassan Ragab, qui a reproduit sur les rives du Nil le modèle d’un ancien village pharaonique, en est la preuve évidente. Ce projet, qui s’est rapidement transformé en un site touristique, rapporte bien plus que ne peut rapporter un odieux parking en béton. Il est aussi devenu un site éducatif pour les élèves. N’est-ce pas le ministère chargé de l’Agriculture en Egypte qui devrait entreprendre de tels projets qui ressuscitent la civilisation du pays « à l’instar de ce qui se passe en Europe » ? .




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