Semaine du 10 au 16 mai 2017 - Numéro 1175
Avoir un vide dans la tête
 
Avoir un vide dans la tête
Lotfi reprend la technique des portraits de Fayoum.
Névine Lameï10-05-2017

De grands yeux expressifs au regard inquiet, des corps tassés, des visages ronds, de grosses têtes légèrement incli­nées ... Les personnages de Guirguis Lotfi, qu’il expose comme d’habitude à la galerie Artalks, échappent à l’effet du temps. Les Jours passent, comme l’indique bien le titre de l’exposition, mais eux, ils ont l’air plus fort que le temps.

Ils ont les mêmes traits égyptiens, gardent la même posture, celle des icônes coptes, avec un halo de sainteté sur la tête. Dans cette nouvelle exposition, ils ont parfois le crâne coupé ou vide. « Le vide symbolise l’effet néfaste de la technologie qui bourre davantage les esprits. Mes personnages ont toujours leurs postures d’icônes coptes, mais ont parfois le crâne vide. C’est la contradiction entre le sociétal et le spirituel, l’effet de la modernité et leur allure authentique », déclare Guirguis Lotfi qui reprend la technique ancestrale des Portraits de Fayoum. Celle-ci est réalisée à partir de la peinture à la cire et du papier.

De quoi conférer aux toiles de Lotfi une luminosité et une précision accentuées par une palette de tons chauds. « Messagers de notre patrimoine, toujours aussi attachés au sacré, mes personnages ont souvent le regard adressé vers le ciel, en signe de modestie et de satisfaction. Cette luminosité leur cède une gaieté et une vivacité qui les rendent capables de confronter le monde et ses maux », fait-il remarquer.

Voici un roi, un clochard, un soufi, un pêcheur, une femme au foyer, une paysanne, une diseuse de bonne aventure, un couple amoureux, un derviche, etc. Bref, toute une Egypte marquée symboliquement par des scènes de zar (exorcisme), d’une fête popu­laire, d’une soirée de henné (tatouage fait avant la nuit de noces), de soboue (7e jour de la naissance d’un nouveau-né), d’images de martyrs, etc. « Au-delà de la différence des religions et des cultures, les personnages de mes toiles, partageant les mêmes rituels et les mêmes traits, portent toujours un air juvénile qui ne connaît ni le vieillissement ni la rési­gnation. Ils sont peints avec de grands pieds ou de grandes mains et sont capables de s’adapter au quotidien, avec un spiritualisme inné et unique du genre », précise Lotfi .

A la galerie Artalks, jusqu’au 25 mai, de 10h à 20h (sauf le vendredi). 18, rue Al-Mansour Mohamad, Zamalek.


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