Semaine du 10 au 16 mai 2017 - Numéro 1175
Le service bancaire pour tous
  Dans le cadre de la Journée arabe de l’inclusion financière, la Banque Centrale d'Egypte (BCE) a lancé une initiative visant à faciliter l’accès des plus démunis aux services bancaires. Une semaine de campagne promotionnelle a été lancée.
Le service bancaire pour tous
Seulement 10 % de la population possèdent des comptes bancaires. (Photo : AL-Ahram)
Gilane Magdi10-05-2017

Samah, une femme de ménage qui touche 1 500 L.E. par mois, n’arrive pas à subvenir aux besoins de sa famille et de son mari malade. Elle ne possède de compte ni à la banque ni à la poste. « Avec la subite hausse du niveau de vie, je n’ai même pas quelques livres à mettre à l’abri dans un compte en banque ou à la poste », explique-t-elle. Ce sont des personnes comme Samah, ses collègues et d’autres travailleurs à faible revenu qui sont la cible de la semaine de l’inclusion financière, du 27 avril au 4 mai. Une initiative menée par la Banque Centrale d’Egypte (BCE) en collaboration avec les Banques Centrales arabes, qui consiste à faciliter l’accès des différentes catégories sociales aux services bancaires : les personnes handicapées, les personnes âgées, les adultes de plus de 16 ans et les femmes soutiens de famille.

D’après les chiffres de la Banque mondiale, moins de 10 % de la population égyptienne possède un compte bancaire. « Le 27 avril de chaque année est consacré par le Conseil des gouverneurs des Banques Centrales arabes à l’inclusion financière sous le slogan de la Journée arabe de l’inclusion financière », cite ainsi la BCE sur son site électronique. Suite à la demande de la BCE, le personnel des banques s’est mobilisé et est allé à la rencontre de la population des quartiers populaires ou excentrés afin de leur proposer d’ouvrir des comptes sans frais bancaires. « Nous avons envoyé notre personnel dans plus de 75 endroits différents et nous nous sommes concentrés sur les gouvernorats et les quartiers éloignés pour sensibiliser le public aux services bancaires », a noté Mohamad Machoud, vice-président de la Banque du Caire.

Malgré tout, l’initiative semble être un succès. Des centaines de nouveaux clients, notamment des jeunes, ont frappé aux portes des banques gouvernementales pour ouvrir de nouveaux comptes telles que la Banque nationale d’Egypte et la Banque Misr. Les banques privées, elles, ne semblent pas intéressées par cette nouvelle clientèle. « J’ai passé toute la journée à faire la queue pour pouvoir ouvrir deux nouveaux comptes pour mes enfants âgés de 16 ans », raconte Rania Fahmi, une cliente à la Banque nationale d’Egypte.

Une offre avantageuse

L’initiative offre, pour la première fois, aux jeunes de moins de 21 ans la possibilité d’ouvrir des comptes bancaires sous la supervision de leurs parents. Il s’agit de comptes courants ou d’épargne, sans frais d’ouverture et sans dépôt minimum. Le client peut obtenir une carte de débit (c’est-à-dire qu’il doit avoir de l’argent dans son compte pour l’utiliser), sans frais durant la première année. D’habitude, les nouveaux clients doivent payer des frais qui varient d’une banque à l’autre pour ouvrir des comptes. Par exemple, elle s’élève à 40 L.E. à la banque Misr et 100 L.E. à la banque Bloom. De plus, le client doit déposer un montant minimum de 1 000 L.E. pour le compte courant et 5 000 L.E. pour le compte d’épargne. Quant aux cartes de crédit, il faut payer des frais annuels de 75 L.E. L’indice Global Findex 2014, créé par la Banque mondiale pour mesurer l’inclusion financière, montre que 75 % des personnes défavorisées de par le monde n’ont pas de compte bancaire, non seulement en raison des coûts que cela implique, mais aussi à cause des déplacements et des procédures administratives parfois lourdes.

Quant aux banques privées qui cherchent à obtenir une base de clientèle plus aisée, elles n’ont pas été très attentives à l’égard de l’initiative. « Depuis ce matin, je n’ai reçu que deux nouveaux clients », se plaint un responsable au sein d’une banque libanaise, critiquant la mauvaise organisation et le manque de préparation de l’initiative. Pour sa part, Tareq Fayed, président du département de surveillance au sein de la BCE, affirme que plusieurs banques ont demandé à la BCE de prolonger la durée de l’initiative pour une deuxième semaine « en raison de l’incroyable affluence des clients ». Bien qu’il soit encore trop tôt pour analyser l’expérience en profondeur, le nombre de comptes bancaires ouverts durant l’initiative semble encore modeste. D’après Mahmoud Al-Chahed, employé auprès de la Banque du Caire, « 5200 nouveaux comptes ont été ouverts dans les trois premiers jours de l’initiative ». Tareq Fayed ajoute également que la BCE en est encore au stade du recensement. « La BCE recense cette semaine le total des comptes ouverts dans chaque banque et publiera ses résultats au début de la semaine prochaine en détail », dit-il.

Réduire la pauvreté

Le lancement de cette initiative intervient dans le cadre d’un plan national visant à intégrer les exclus des services bancaires au système. L’objectif est de réduire le taux de pauvreté en répondant aux besoins financiers des différentes catégories de la société, en particulier des plus démunis. Ces derniers sont incapables de satisfaire leurs besoins financiers via les banques. Donc, ils utilisent la poste égyptienne qui possède un large réseau de bureaux dans les gouvernorats et les quartiers éloignés. « Il faut qu’il y ait une plateforme et une sorte de coopération entre les banques et la poste pour mieux intégrer les plus démunis dans le système bancaire », a déclaré un ex-responsable de la poste sous couvert d’anonymat. Le président du Groupe de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, soutient de son côté cette idée de plateforme. Il avait déjà insisté sur l’importance de cette collaboration pour réussir l’inclusion financière de toutes les classes sociales. « L’accès aux services bancaires peut être une passerelle pour sortir de la pauvreté. Nous nous sommes fixé un objectif très ambitieux, c’est-à-dire donner l’accès universel aux services bancaires d’ici à 2020, et nous avons maintenant la preuve que d’importants progrès ont été réalisés dans ce sens. Ces efforts nécessitent la participation de nombreux partenaires : sociétés de cartes de crédit, banques, organismes de micro-crédits, Organisation des Nations-Unies, fondations et responsables communautaires. Nous sommes convaincus que, soutenus par nos partenaires, nous pourrons atteindre cet objectif et sortir ainsi des millions de personnes de la pauvreté », conclut-il.




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