Semaine du 3 au 9 mai 2017 - Numéro 1174
Guillaume Kigbafori Soro : L’Egypte a une expérience à revendre aux pays africains en matière de lutte antiterroriste
  En visite officielle au Caire, le président de l’Assemblée nationale ivoirienne, Guillaume Kigbafori Soro, fait le point sur la situation politique en Côte d’Ivoire, les relations bilatérales et les défis de la lutte antiterroriste en Afrique.
Guillaume Kigbafori Soro : L’Egypte a une expérience à revendre aux pays africains en matière de lut
Guillaume Kigbafori Soro
Sabah Sabet03-05-2017

Al-ahram hebdo : Dans quel cadre intervient votre visite au Caire et quel en est l’objectif ?

Guillaume Kigbafori Soro : D’abord, je vous remercie de me donner l’occasion de m’exprimer dans votre média. Nous sommes venus à l’invitation de mon collègue et homologue, l’honorable Dr Ali Abdel-Aal, président du parlement, pour une visite officielle. L’objectif étant de renforcer les liens bilatéraux entre nos deux institutions. A cet effet, nous avons eu plusieurs séances de travail avec le président de l’assemblée et avec le ministre des Affaires étrangères, Sameh Choukri, au cours desquelles nous avons convenu de renforcer nos relations. J’ai adressé moi-même une invitation officielle au président de l’assemblée à venir visiter la Côte d’Ivoire.

— Quels sont les domaines de coopération possibles entre l’Egypte et la Côte d’Ivoire ?

— Il est important que nous partagions nos expériences en matière de sécurité. L’Egypte a une longue expérience de lutte contre le terrorisme, la Côte d’Ivoire pourrait en tirer bonne partie, ensuite sur le plan diplomatique et politique, il est nécessaire que nous renforcions nos relations. On a constaté ensemble que les relations bilatérales sont au beau fixe. Pour preuve, l’Egypte a créé au sein de l’Assemblée du peuple une commission spéciale chargée des affaires africaines, ce qui montre l’orientation et la volonté politique clairement affichée de l’Egypte d’aller dans le sens de la consolidation des relations avec l’Afrique. On a cependant noté que nos échanges commerciaux étaient assez faibles et qu’il fallait faire beaucoup d’efforts dans ces domaines pour renforcer les relations économiques.

— Comment voyez-vous donc l’avenir des relations bilatérales ?

— Je pense que l’Egypte est un grand pays par sa superficie, sa population et son histoire. De même, je pense que la politique de l’Egypte va dans le sens de consolider et privilégier ses relations avec l’Afrique. Ce qui est une orientation excellente. A mon avis, nos relations sont promises à un bel avenir et, en ce qui nous concerne, en tant que partie ivoirienne, nous entendons oeuvrer pour que ces relations se renforcent davantage. Ce sur quoi j’ai insisté lors de mes entretiens ici avec le ministre des Affaires étrangères, c’est que la commission mixte ivoiro-égyptienne se réunisse régulièrement. Cette commission doit faire le point sur nos relations en matière politique, économique, diplomatique et sociale. Ceci nous permettra de faire le point et donc, de pouvoir promouvoir nos relations.

— Passant à la situation politique en Côte d’Ivoire. Le parti au pouvoir (RDR) vient d’organiser son pré-congrès. Est-ce qu’une façon de préparer les prochaines échéances électorales, notamment la présidentielle de 2020 ?

— Oui le Rassemblement Des Républicains (RDR) a organisé son pré-congrès du 27 au 30 avril, pour préparer le congrès du parti et pour faire du RDR un parti fort et capable de se mettre en marche pour le maintien du pouvoir, et donc, je pense que ça aussi c’est important car il faut avoir un parti fort.

— Mais en même temps, les partisans de l’ancien président Laurent Gbagbo ont récemment lancé une plateforme politique en vue de se préparer aux élections de 2020 ...

— Eh bien, nous saluons le fait qu’il y ait une opposition politique, nous ne sommes pas du genre à considérer que l’opposition politique n’est pas une bonne chose mais au contraire, nous pensons que la diversité et la pluralité des opinions enrichissent l’espace politique du pays. Donc, notre souhait est que l’opposition s’organise, qu’elle soit crédible et qu’elle contribue à la marche démocratique de notre pays. Nous saluons donc cette opposition qui s’organise et nous les appelons à participer aux institutions et à la vie démocratique.

— Vous accordez un intérêt particulier au sujet de la réconciliation entre les Ivoiriens. Dans ce cadre, comment voyez-vous les consultations qui ont eu lieu entre le chef de la communauté musulmane et les anciens mutins à Bouaké la semaine dernière ?

— La Côte d’Ivoire est par excellence un pays de dialogue. Donc, tout ce qui peut concourir à apaiser les tensions, il faut l’encourager. Plusieurs initiatives sont prises dans ce sens, dans le but d’apaiser la situation à Bouaké. Nous soutenons et nous encourageons le dialogue à tous les niveaux entre les citoyens ivoiriens.

— Dans ces circonstances et face aux défis sécuritaires, la Côte d’Ivoire est-elle prête de point de vue sécuritaire à accueillir les Jeux de la francophonie prévus au mois de juillet prochain ?

— Oui bien sûr, évidemment la Côte d’Ivoire s’est préparée pour accueillir dans la liesse ces jeux. Actuellement, les préparatifs vont bon train et tous les acteurs impliqués dans ces préparatifs ont déjà affirmé que ces jeux se dérouleraient dans de bonnes conditions, et des dispositions spécifiques sont prises par le gouvernement ivoirien en vue d’assurer le succès de ces jeux. Vous avez parlé des défis sécuritaires, or, toute la sous-région ouest-africaine fait face à un nouveau fléau que nous ne connaissons pas, à savoir le terrorisme.

— Justement, à ce sujet, pensez-vous que les efforts africains pour lutter contre le terrorisme soient suffisants ?

— Vous savez, le défi sécuritaire en Afrique est une équation importante. Moi, je veux qu’on s’attaque à l’origine des problèmes et non pas qu'on les traite de façon superficielle. Vous savez, dans les années 1980, les armées africaines étaient faibles, notamment parce que les institutions financières internationales ne voulaient pas les aider financièrement, car elles pensaient que cela risquait d’aiguiser les tensions dans les pays africains. Ce qui fait que nos armées n’ont pas suffisamment bénéficié des financements nécessaires pour qu’elles soient efficaces. La réalité aujourd’hui, avec le défi sécuritaire qui se pose et avec le terrorisme qui a pris une dimension internationale, on se rend compte de la nécessité d’avoir des armées fortes. Mais en même temps, ce n’est pas suffisant, la lutte antiterroriste n’est pas une guerre conventionnelle entre deux pays.

C’est dans les années 1980, avec le terrorisme qui s’est développé en Algérie, que nous avons commencé à prendre conscience du danger. Avant, les Ivoiriens ne savaient même pas ce qu’était le terrorisme. Aujourd’hui, nous devons coopérer en matière de lutte antiterrorisme. Moi, je pense que l’une des stratégiques importantes dans la confrontation armée, c’est l’échange d’informations et de renseignements. Comme on dit, mieux vaut prévenir que guérir. Il faut encourager tous les Africains à mettre un système de défense, de protection et de renseignement pour combattre ce terrorisme et j’ai dit plusieurs fois qu’en matière de lutte antiterroriste, l’Egypte a une expérience à revendre aux pays africains. Nous pouvons de même regarder les législations dans d’autres pays notamment l’Egypte, pour voir quelles sont les lois qui protègent les citoyens contre cette menace. Nous envisageons, dans un moyen terme, d’avoir un accord de coopération qui nous permettrait d’aller plus en avant.

— Mais il n’y a pas que l’aspect armé dans la lutte antiterroriste ...

— Justement, les efforts que l’Afrique mène pour combattre le terrorisme ne doivent pas être seulement sur le plan de la confrontation armée, parce que le terrorisme ne prospère que sur un terreau favorable, où il y a pauvreté, ignorance, etc. Il faut donc faire des efforts dans le sens du développement. Mais, nous, Africains, nous sommes condamnés à ne pas nous consolider, à ne pas développer nos relations. Tout le monde se bat pour venir investir en Afrique, nous sommes sur le même territoire, la richesse est en Afrique, nous avons le sol le plus riche, les ressources humaines, etc. Ce qu’il nous reste, c’est la vraie volonté politique. On doit décider de développer nos relations et de coopérer. Dans ce cas, l’Afrique se développera comme l’Asie s’est développée.

— Certains médias ont signalé que vous êtes l’un des favoris pour être le prochain président de la Côte d’Ivoire. Avez-vous l’intention de vous présenter à cette échéance électorale ?

— J’ai toujours répondu que j’étais un homme de mission, je suis actuellement président de l’Assemblée nationale de la Côte d’Ivoire, une mission que le président de la République et le peuple de la Côte d’Ivoire m’ont confiée. C’est déjà une responsabilité importante et fort prenante. En ce qui concerne 2020, pour l’heure, ce n’est pas dans mon agenda. Le président Ouatara n’a pas même passé la moitié de son mandat, donc on ne peut pas commencer des querelles de succession, il faut laisser le président travailler à satisfaire aux Ivoiriens, à assurer leur sécurité et à augmenter leur niveau de vie. Et quand viendra l’heure des élections de 2020, nous irons tous nous consulter. Comme je dis, le plus important pour nous, Africains et spécifiquement pour Ivoiriens, ce n’est pas les ambitions personnelles, ce sont les ambitions pour le pays. Quand un homme se présente à la présidentielle, c’est pour répondre à une volonté d’ensemble.




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