Semaine du 3 au 9 mai 2017 - Numéro 1174
Prisonniers palestiniens : La tension monte
  La très problématique question des prisonniers palestiniens est remise sur le tapis depuis que 1 500 d'entre eux ont entamé, en réponse à l'appel de Marwan Barghouti, une grève de la faim. Une journée de manifestations en solidarité avec eux a donné lieu à des heurts avec la sécurité israélienne.
Prisonniers palestiniens : La tension monte
(Photo : AFP)
Maha Salem avec agences03-05-2017

1 500 Palestiniens ont entamé le 17 avril une grève de la faim dans les prisons israéliennes. Une action peu médiatisée et qui n’a toujours pas porté ses fruits, puisque la tension est toujours à son comble dans les territoires palestiniens. Pourtant, il s’agit d’une initiative inédite, car c’est la première fois qu’un tel nombre s’unifie et suit l’appel de grève. Cette fois-ci, le mouvement se distingue à la fois par son caractère collectif et sa durée. Les grévistes protestent contre la torture, les mauvais traitements et la négligence médicale envers les prisonniers emprisonnés en Israël, ainsi que contre l’utilisation à grande échelle par Israël de la détention administrative, un internement sans procès ou accusations et indéfiniment renouvelable.

De même, pour les soutenir, les Palestiniens ont observé, jeudi 27 avril, une grève générale dans toutes les villes de Cisjordanie et la bande de Gaza, seuls les médecins et les lycéens qui passent bientôt leur baccalauréat ayant été exemptés. Cette grève générale, négligée politiquement par les autorités israéliennes, était pourtant généralement suivie, mais aussi marquée par des heurts avec l’armée israélienne. Au début, des dizaines de personnes ont convergé vers une tente installée sur une place centrale où se réunissent les soutiens des prisonniers. Puis, elles ont marché dans le calme vers le checkpoint israélien de Beit El, l’un des lieux de confrontation privilégiés par la jeunesse palestinienne contre l’occupation. Les soldats ont riposté par des tirs de lacrymogènes et de balles en caoutchouc. Une scène répétée dans toutes les villes qui ont suivi cette grève générale.

Parallèlement, dans la bande de Gaza, gouvernée par le Hamas islamiste, grand rival de l’Autorité palestinienne, les institutions publiques comme les écoles non administrées par l’Onu ou les banques sont aussi restées fermées en ce jour de grève. « Le suivi de la grève générale en Cisjordanie est sans précédent depuis des années. Tous les secteurs palestiniens, comme les transports, les boulangeries, les magasins, l’ensemble du secteur privé et des institutions commerciales participent. Et ce n’est que le début », a affirmé à l’AFP Khalil Rizeq, qui dirige l’Union des Chambres de commerce palestiniennes. Vendredi, Khaled Mechaal, chef du Hamas islamiste, a ainsi évoqué l’impératif d’être uni derrière la cause des prisonniers. Quotidiennement, des manifestations et des rassemblements sont organisés et dégénèrent parfois en heurts limités. Samedi dernier, des accrochages ont eu lieu aux abords des colonies ou des checkpoints israéliens dans plusieurs villages aux abords de Ramallah, mais aussi à Hébron (sud de la Cisjordanie) et dans le nord de la Cisjordanie.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, 8 Palestiniens ont été blessés dans ces heurts. La question des prisonniers est particulièrement sensible pour les Palestiniens, alors que plus de 850 000 d’entre eux ont été incarcérés par Israël depuis l’occupation en 1967 de leurs territoires.

La grève de la faim, d’une ampleur inédite depuis des années, a été lancée par Marwan Barghouti, haut cadre du Fatah, le parti du président palestinien Mahmoud Abbas, mais mobilise de nombreux Palestiniens au-delà de son parti. Condamné à cinq peines de perpétuité pour des attentats meurtriers durant la seconde Intifada (2000 à 2005) et détenu depuis quinze ans, le leader palestinien Marwan Barghouti en a expliqué les raisons dans une tribune publiée par le quotidien américain International New York Times, le premier jour du mouvement, le 17 avril.

Plus de 6 500 Palestiniens condamnés par des tribunaux militaires

« A travers notre grève de la faim, nous cherchons à dénoncer ces abus. La torture, des traitements inhumains et dégradants et de la négligence médicale », a expliqué Marwan Barghouti, en ajoutant que 6 500 prisonniers palestiniens en Israël sont accusés ou condamnés pour la plupart sur des motifs sécuritaires par des tribunaux militaires. De son côté, Amnesty International a précisé que les prisonniers n’ont pas le droit de téléphoner à leurs familles, dont les visites sont très rares et souvent soumises à l’obtention d’un permis pour se rendre en Israël, dans le cas où elles viendraient de la bande de Gaza et de Cisjordanie.

Le recours à la grève de la faim en vue d’assouplir les conditions de détention n’est pas une première. Des initiatives individuelles sont régulièrement observées et, en 2013, 3 000 détenus palestiniens dans les prisons israéliennes avaient refusé de se nourrir pendant une journée pour protester contre la mort de l’un d’eux. Responsables et défenseurs des droits de l’homme s’inquiètent de leur état de santé et préviennent que la mort de l’un d’eux pourrait mener à une explosion.

Dans une tentative de calmer les tensions, le Service pénitentiaire israélien (IPS) a transféré un certain nombre de prisonniers palestiniens grévistes de la faim dans les hôpitaux et les cliniques pénitentiaires, après que leur santé se fut considérablement détériorée, a déclaré ce mardi le Comité palestinien pour les affaires des prisonniers, le neuvième jour de la grande grève de la faim pour la « Liberté et dignité ».

Et, le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Gilad Erdan, a affirmé à la radio militaire que 300 détenus ont accepté de se nourrir sans avoir rien obtenu de leurs revendications. « Il n’est pas question de négocier avec les 920 Palestiniens qui continuent leur grève » , a-t-il assuré. Une information pas confirmée au contraire, l’Autorité palestinienne et le Club des prisonniers palestiniens ont assuré que 1 500 prisonniers continuaient leur grève de la faim. Mais selon le président du Club des prisonniers, Qaddoura Farès, l’Administration pénitentiaire israélienne a transféré certains des détenus d’une prison à une autre en vue d’entamer des négociations, excluant toutefois l’initiateur de la grève, Marwan Barghouti.

Par ailleurs, Erdan a indiqué que l’Administration pénitentiaire prévoyait l’installation de quatre centres médicaux à l’intérieur des prisons « afin d’éviter au maximum d’avoir à transférer des détenus grévistes de la faim dans des hôpitaux civils » si leur état de santé se dégradait. Le ministre a également critiqué l’Association des médecins israéliens qui exerce « des pressions sur les médecins pour qu’ils n’appliquent pas la loi », autorisant à nourrir des prisonniers contre leur volonté à l’aide de transfusions. Cette loi a été votée en 2015 et concerne les grévistes de la faim dont la vie est jugée en danger.




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