Semaine du 19 au 25 avril 2017 - Numéro 1172
Juan de dios Crespo Perez : L’Egypte est sur la bonne voie
  L'Espagnol Juan de dios Crespo Perez, membre de l'Association internationale des avocats du football et avocat de nombreuses fédérations, était en visite au Caire cette semaine. Entretien exclusif avec cet expert du sport et de la gestion des litiges.
Juan de dios Crespo Perez
Juan de dios Crespo Perez, membre de l'Association internationale des avocats du football et avocat de nombreuses fédérations.
Amr Moheb19-04-2017

Al-Ahram Hebdo : La Fédération égyptienne de football connaît des pro­blèmes suite à l’interven­tion du Tribunal administratif égyptien. Qu’en pensez-vous ?

Juan de dios Crespo Perez : Dans les règlements des fédérations de football, il y a toujours une clause ou un article qui stipule que la fédération est indépendante et que ni la justice ni évidemment le gouvernement ne peuvent intervenir dans les affaires de cette fédération. Toutefois, si cela a lieu, la fédération sera suspendue. Cela concerne toutes les fédérations du monde et celles-ci doivent l’ac­cepter. L’Argentine et le Mali, et avant cela la Grèce et la Pologne, ont vu leurs fédérations suspendues. La FIFA n’hésite pas à appliquer ce règlement et elle s’adresse aux fédé­rations en ces termes : si vous respec­tez nos règles et notre système, alors vous serez avec nous, sinon, vous ne le serez pas et vous ne participerez pas à nos compétitions, et donc ni à la Coupe du monde, ni à ses élimina­toires.

— Quelles sont les conséquences du changement de direction qui a eu lieu dernièrement à la FIFA ?

La FIFA connaît en ce moment des changements fondamentaux concernant l’éthique et la lutte contre la corruption, qui est une priorité de la nouvelle direction de la FIFA. La FIFA est née à Zurich en 1932 et s’est constituée en association conformé­ment à l’article 60 du code civil suisse. Ce statut lui confère un cadre légal flexible, une fiscalité légère et une exemption des réglementations anti-corruption en Suisse. Depuis l’arrivée du nouveau président à la tête de la FIFA, un grand débat a été ouvert sur le statut légal de la fédéra­tion, qui est censé être une associa­tion à but non lucratif. A côté de ça, la FIFA essaie actuellement d’aider les continents en voie de développe­ment. Par exemple, à partir de 2026, la Coupe du monde, qui accueille 32 nations jusqu’à maintenant, en accueillera 48, dont 9 nations afri­caines.

— Vous avez une bonne expé­rience dans la gestion des litiges égyptiens, puisque vous êtes déjà intervenu dans plusieurs affaires juridiques concernant le football égyptien ...

— Oui, j’ai travaillé avec mon col­lègue égyptien Nasr Azzam sur des affaires très importantes, comme celles du club Al-Masri et les inci­dents qui se sont produits au stade de Port-Saïd en 2012 et qui ont coûté la vie à 74 personnes. Nous sommes allés au Tribunal Arbitral du Sport (TAS) en Suisse, là-bas, nous avons réussi à gagner deux des trois procès. En revanche, ce que beaucoup de gens ne savent pas en Egypte c’est que même en gagnant l’affaire devant la TAS, le club Al-Masri n’a pas voulu que ces sanctions soient révo­quées par respect pour les supporters d’Ahli décédés. J’ai travaillé aussi sur plusieurs autres affaires concernant d’autres clubs égyptiens comme le club Zamalek par exemple.

L’Egypte est sur la bonne voie
Les incidents qui se sont produits au stade de Port-Saïd en 2012. (Photo : Reuters)

Les clubs égyptiens ont constamment recours à la FIFA pour régler leurs litiges. Est-ce nor­mal selon vous ?

— Tous les clubs et les fédérations nationaux du monde ont le droit d’avoir recours à la FIFA en cas de problème ou de litige. Mais ils doi­vent savoir qu’avoir recours à la FIFA est la dernière option et non la première. C’est-à-dire que si un club a un problème avec un joueur étran­ger par exemple, le club devra tout d’abord appliquer ses sanctions disci­plinaires et son règlement intérieur, et au cas où il n’y aurait pas de résultat, alors il s’adresserait à la FIFA. Vous vous rendez compte qu’avec le nombre de clubs qui existe au monde, si chaque club faisait appel à la FIFA au moindre problème, celle-ci ne parviendrait pas à faire son travail.

Pouvez-vous nous parler de la raison de votre visite au Caire ?

— Je suis au Caire en mission pour le Centre International des Etudes du Sport (CIES) de Neuchâtel en tant qu’avocat international et conféren­cier du CIES. Je vais tenir une confé­rence en droit sportif pour les étu­diants de la 9e édition du programme du Certificat exécutif en management du sport FIFA/CIES/CU. Ce pro­gramme est organisé par la FIFA et le CIES en partenariat avec l’Université du Caire. J’aborderai dans ma confé­rence tout ce qui s’est passé dernière­ment dans le domaine sportif, et plus particulièrement dans le football d’un point de vue juridique et légal. Je trouve ce programme très intéressant. Il se compose de 6 modules : le droit, le management sportif, la gestion des événements, le marketing, la commu­nication et la finance. C’est ma deu­xième visite, la première remonte à 2014. Je vois une grande différence entre ma première visite et aujourd’hui. Je constate que le pays a beaucoup évolué et je sens une amé­lioration dans l’état général des Egyptiens. Je sens qu’ils sont plus optimistes et plus souriants qu’en 2014, et cela vaut pour les gens que je connais, mais aussi pour ceux que je croise dans la rue. L’Egypte est sur la bonne voie dans tous les domaines. Même du côté du sport, la sélection égyptienne de football a été finaliste de la dernière Coupe d’Afrique des Nations (CAN) et elle progresse très bien dans les éliminatoires de la Coupe du monde 2018. Mon souhait est qu’elle continue sur cette lancée et qu’elle se qualifie pour la Coupe du monde.




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