Semaine du 5 au 11 avril 2017 - Numéro 1170
Le récit inédit, mais incomplet de Bahaa Taher
  Pour la première fois, l’écrivain Bahaa Taher aborde certains aspects de sa vie qu’il avait jusqu’ici gardés secrets. Dans sa nouvelle oeuvre Biographie en exil, l’auteur revient sur son enfance à Louqsor et ses années d’exil en Europe.
Le récit inédit, mais incomplet de Bahaa Taher
Mahmoud Al-Wardani05-04-2017

Dans son dernier livre, Biographie en exil, Bahaa Taher adopte une approche inhabituelle puisqu’au lieu de simplement écrire ses mémoires, il a choisi de les dicter. Cette autobiographie a ainsi été dictée à un jeune homme nommé Adham Al-Aboudy, également originaire de Louqsor, ville natale de Taher. Seule l’intro­duction a été écrite par Bahaa Taher et où il explique qu’il considère Al-Aboudy non seulement comme un ami proche, mais éga­lement comme un fils. Al-Aboudy a, quant à lui, expliqué que le livre est tiré d’un « enre­gistrement audio de plusieurs heures ».

Bahaa Taher est l’un des plus éminents écrivains des années 1960. Il a écrit des romans, des recueils de nouvelles et a fait de nombreuses traductions. Pour ses travaux, il a reçu plusieurs prix prestigieux, dont le Prix international de la fiction arabe (connu sous le nom Booker arabe). Du fait de leur originalité, ses oeuvres ont attiré l’attention d’éditeurs internationaux. Beaucoup ont été traduites en plusieurs langues.

Selon l’autobiographie, l’expérience la plus marquante de la vie de l’écrivain a été son exil volontaire en Europe. Celui-ci est dû à la campagne de répression menée par le président Anouar Al-Sadate en 1971. Cette campagne visait surtout les médias, et Taher a été licencié de son poste de chef adjoint du programme culturel à la Radio. Taher a éga­lement été interdit de publication. En raison de ses nouvelles conditions de travail, Taher a décidé d’émigrer. Il est ainsi devenu tra­ducteur au siège européen des Nations-Unies en Suisse. Il a vécu loin de son pays natal pendant plus d’un quart de siècle. La biographie se concentre notamment sur cette période d’exil. Au cours de celle-ci, Taher a fait la connaissance de Stifka, une traductrice russe dont il est tombé amoureux et il l’a épousée. Celle-ci travaillant au siège de l’Unesco à Genève, lorsqu’il a pu rentrer au pays, ils ont vécu un temps entre la Suisse et l’Egypte avant qu’elle ne le rejoigne au Caire, quand elle a pris sa retraite.

Un travail cohérent
Au cours des 19 chapitres, Taher s’adresse à Al-Aboudy comme s’il s’agissait d’une conversation. Ce style dicté marque une rupture avec les structures narratives géné­ralement utilisées pour les autobiographies. Bien qu’il ait gardé un silence délibéré sur certains aspects de sa vie person­nelle — notamment son ancien mariage et ses deux filles — son travail est cohérent. Ainsi, certains aspects de sa vie publique sont passés sous silence. La vie de l’écri­vain ne peut normalement être racontée sans évoquer la révolution de janvier 2011, qui fut un événement majeur dans la vie de Taher. Il rejoint le soulèvement dès qu’il a éclaté et est témoin unique de la révolution. Il est cependant surprenant qu’il ne fasse aucune mention de la révolution dans son autobiographie. Il ne mentionne pas non plus le sit-in des intellectuels au ministère de la Culture qui a duré un mois entier, dont il a été l’un des principaux artisans et qui a accéléré la chute des Frères musulmans. Il n’aborde également que très rapidement son expérience créative.

Quant à son enfance, l’écrivain l’évoque en détail pour la première fois. On apprend ainsi que son père a étudié à Al-Azhar et a été diplômé de la faculté de Dar Al-Oloum à l’Université du Caire. Son père ayant été nommé professeur, Taher a déménagé de nombreuses fois durant son enfance avant de s’installer à Guiza. C’est là que Taher situe ses souvenirs de jeunesse. Il mentionne également les séjours fréquents de sa mère à Louqsor, sa ville natale. Malgré la distance qui le sépare d’Al-Karnak, Bahaa saisit toutes les occasions pour ranimer sa relation avec la ville dont sa famille est originaire. Ainsi, Taher cède un morceau de son terrain à l’Etat pour qu’y soit construit un centre culturel. Lors de son inauguration, il a tenu un discours où s’exprimaient une joie immense ainsi qu’une douleur et une inno­cence enfantine. Taher semble considérer cet événement comme l’un des plus impor­tants de sa vie.

Al-Sira Fi Al-Manfa (biographie en exil) par Bahaa Taher, Bardia Publishing et Masr Publishing Al-Arabiya, Le Caire, 2017.




Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire