Semaine du 22 au 28 mars 2017 - Numéro 1168
La France et l'Egypte à la course de l'Unesco
Mohamed Salmawy22-03-2017
 
 

L’Occident s’est toujours opposé à l’as­cension d’une personnalité arabe à la direction de l’Unesco, une instance qui demeurera à jamais la scène du conflit pour la préservation du patrimoine arabe à Jérusalem. Ce patrimoine qu’Israël oeuvre à effa­cer à travers une judaïsation acharnée entamée depuis des années. N’oublions pas que les Etats-Unis avaient soutenu Israël au sein de l’Unesco au point de suspendre le financement de l’organi­sation et de s’en retirer en solidarité avec l’Etat hébreu.

Et voilà que la France s’oppose maintenant à la candidature égyptienne. En effet, l’Elysée a avancé à la dernière minute la candidature de la ministre de la Culture, Audrey Azoulay, à la direction de l’Unesco pour concurrencer la can­didate égyptienne, l’ambassadrice Mouchira Khattab. La France adresse ainsi un message : si c’est au tour des pays arabes de diriger l’Unesco, eh bien notre candidate est d’origine marocaine, si la candidate arabe est une femme, eh bien notre candidate aussi est une femme, si la candidate égyptienne possède une longue expérience avec les organisations internatio­nales, eh bien le travail de notre candidate est directement lié à la culture.

Les nouvelles de la candidature française com­mençaient à se répandre dès la semaine dernière. J’ai alors demandé à l’ambassadeur français au Caire, André Parant, si ces nouvelles étaient vraies. Il a été fort étonné et m’a répondu qu’il n’en savait rien. Cependant, j’ai tenu à lui confir­mer que cette mesure représenterait une très mau­vaise décision car l’Egypte a présenté, il y a des mois, une candidate jugée comme la plus adéquate à cette session par de nombreux cercles de l’Unesco. Je lui ai également confirmé que l’Egypte a réussi à obtenir le soutien de nombreux blocs régionaux et que la candidate égyptienne a effectué de larges tournées dans les divers pays membres du conseil exécutif et a réussi à susciter l’admiration des présidents et des ministres des Affaires étrangères qu’elle a rencontrés.

L’ambassadeur de France avait alors écarté l’éventualité que son pays ait fait un tel pas confirmant que d’habitude, le pays où siège l’or­ganisation ne présente pas de candidat à la direc­tion de l’organisation qu’il accueille. Je lui ai alors rappelé que le philosophe français René Maheu avait accédé à la direction de l’Unesco en 1961. Il a alors répondu que c’était l’unique exception et qu’il doutait fort qu’elle se répète.

En fait, l’ambassadeur français était tout à fait sincère. La presse française a écrit que la candida­ture française était l’initiative du président français lui-même et que la décision de la candidature a été envoyée de l’Elysée au ministre des Affaires étran­gères, Jean-Marc Ayrault, sans aucune discussion préalable, bien que le Quai d’Orsay soit directe­ment concerné par la question.

Abstraction faite des relations d’amitié reliant l’Egypte et la France qui écartent l’éventualité que la France s’oppose de cette manière à la can­didature égyptienne, cette mesure soulève de nombreuses remarques. Premièrement, le prési­dent français a pris ce pas malgré les nombreux avis qui avaient émis leurs réserves. Le Figaro a clairement fait allusion à ce sujet dans un article intitulé « L’Elysée pousse Audrey Azoulay à être candidate à la direction de l’Unesco » confir­mant que c’est l’Elysée qui a imposé cette candi­dature malgré l’opposition du Quai d’Orsay. Le Figaro a rapporté, selon le diplomate d’un pays européen à Paris, que « cette candidature va créer une tempête à l’Unesco. Ils, les Arabes, vont l’interpréter comme une invraisemblable provocation ».

Deuxièmement, François Hollande a pris une décision dont il n’assumera pas les conséquences. Il impose ainsi au nouveau président qui lui suc­cédera en mai prochain d’entrer dans un affronte­ment dont il pouvait bien se passer avec les pays arabes qui jouissent de solides relations d’amitié avec la France, avec l’Egypte en tête.

Troisièmement, bien que les Arabes se soucient peu de la religion du candidat, cette mauvaise décision française insère la dimension religieuse dans le conflit à la direction de l’Unesco. En effet, elle place la candidate française juive aux origines marocaines en confrontation avec la candidate égyptienne musulmane. Une confrontation dont on pouvait bien se passer au moment où le monde entier connaît des affrontements religieux et confessionnels sans précédent. Des affrontements qu’il faut anéantir et non pas raviver par une nou­velle confrontation entre musulmans et juifs.

Enfin, la dernière remarque porte sur les Arabes. Mouchira Khattab n’est pas la première candidate arabe à être combattue de la sorte. Elle a été précédée par de nombreux autres avec en tête Farouk Hosni et Ismaïl Séragueddine de l’Egypte, Ghazi Al-Gossebi de l’Arabie saoudite et Aziza Banani du Maroc. Cependant, l’insis­tance à ce qu’ils n’arrivent pas à la direction de l’Unesco a toujours été la même. Jusqu’à quand les Arabes continueront-ils à se taire face à cette provocation dont la presse française a mis en garde contre les séquelles ? Ne faudrait-il pas que les Arabes adoptent une position unie ? Ne serait-il pas possible qu’ils se mettent d’accord sur un seul candidat arabe au lieu des quatre candidats actuels qui vont effriter les voix arabes elles-mêmes avant d’effriter le reste des voix du conseil exécutif avec ses 58 candidats qui devront voter le nouveau directeur de l’orga­nisation internationale ?



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