Semaine du 15 au 21 mars 2017 - Numéro 1167
Le judo égyptien s’accroche à ses rêves malgré tout
  La nouvelle saison de judo a débuté il y a deux semaines par un stage de préparation retardé faute d'argent. Un état des lieux qui menace les espoirs de victoire de la sélection nationale.
Le judo égyptien s’accroche à ses rêves malgré tout
Ramadan Darwich se prépare à l'étranger à ses propres frais. (Photo : Reuters)
Marianne Youssef15-03-2017

C’est avec beaucoup d’enthousiasme que la sélection nationale de judo a commencé son premier stage au club Talaïe Al-Gueich dans le quartier de Madinet Nasr. Les 40 judokas qui forment la sélection semblent déterminés malgré les difficultés financières de la fédération à remporter coûte que coûte les grands tournois de cette saison. « Il s’agit du premier regroupement de la sélection nationale depuis les JO de Rio où l’Egypte a réussi à se hisser aux 8es de finale grâce au judoka Ramadan Darwich », explique Haytham Al-Husseini, directeur technique de la sélection. 5 judokas avaient réussi à se qualifier pour ces JO, mais leurs résultats n’ont pas réussi à égaler leurs espoirs. Aucun d’eux n’a accédé au podium olympique et n’a pu rééditer l’exploit de Hicham Mesbah, médaillé de bronze aux JO de Pékin 2008. Ils ont tous été éliminés au premier tour sauf Ramadan Darwich (-100 kg), qui a réalisé la meilleure performance en terminant à la 7e place. Outre les JO de Rio, la meilleure performance réalisée en 2016 a été la médaille d’or décrochée par Ramadan Darwich, à l’Open d’Europe de Bulgarie.

Malgré le retard du regroupement de la sélection dû à la suspension des activités sportives à la suite de la crise du dollar, la sélection de judo a amorcé sa saison par ce long stage qui prendra fin en avril prochain. La sélection envisage une saison peu chargée. Seuls deux tournois importants marqueront la saison. Le premier est les Championnats d’Afrique séniors qui auront lieu au Caire en avril prochain, et les Championnats d’Afrique des juniors prévus pour mai. « Nous avons commencé à intégrer de nouveaux judokas dans la sélection. Ce sont de jeunes joueurs qui se sont fait remarquer pour leur talent. Actuellement, ils s’entraînent avec les judokas les plus âgés et les plus expérimentés de la sélection pour acquérir de l’expérience. Les Championnats d’Afrique seront une très bonne occasion pour que leurs directeurs techniques évaluent leur niveau. Notre but est de former une sélection solide durant les quatre prochaines années, et notre premier gros objectif sera les JO de Tokyo 2020 », explique Mounir Farid, directeur exécutif de la fédération. A part ces deux tournois, la sélection disputera jusqu’à la fin de la saison le Championnat national ainsi que le Championnat des clubs. A cause de la crise économique, la sélection n’aura pas la chance d’effectuer des stages à l’étranger ou de participer à des tournois internationaux.

Inégalité des chances

Le judo, comme les autres disciplines, souffre de la suspension de tous les stages à l’étranger, décidée par le ministère de la Jeunesse et du Sport dans le but de limiter les dépenses. Toutefois, certains athlètes qui ont des moyens financiers ne sont pas restés les bras croisés. Le judoka Ramadan Darwich, par exemple, effectue actuellement un stage d’entraînement d’un mois aux Pays-Bas à ses propres frais. A côté des Championnats d’Afrique que Darwich disputera avec la sélection, il participera également à ses frais personnels à un ou deux tournois de Grand Prix. « Cette chance n’est pas donnée à tous les athlètes qui vont se contenter d’un nombre très restreint de stages et de tournois. Cette situation aura sans doute un impact négatif sur le niveau du judo égyptien, considéré pourtant comme l'une des disciplines phare de l’Egypte », explique Bassem Al-Husseini, entraîneur de l’équipe. L’Egypte a été pendant quelques années considérée parmi les grandes nations de la discipline après ses excellents résultats sur la scène internationale. Le vrai exploit du judo égyptien a été réalisé par Hicham Mesbah qui a décroché une médaille olympique aux JO de Pékin 2008. En 2009 et 2010, plusieurs médailles ont été remportées aux Mondiaux par Islam Al-Chéhabi et Ramadan Darwich. Mais depuis 2011, la discipline a connu un vrai recul et a réalisé de mauvaises performances aux JO de Londres 2012.

Il s’avère donc que le manque de stages et de compétitions nationales et internationales va entraver la progression de cette discipline où l’expérience fait la différence. « Une saison sèche affectera sans doute notre stratégie de former un deuxième rang capable de prendre la relève, surtout que les stars de la sélection, Ramadan Darwich et Islam Al-Chéhabi, arrêteront de concourir dans quelques années. Pour bien former cette relève, nous devons organiser une saison riche en compétitions et en stages. Sinon, nous ne pourrons pas retrouver le niveau des années de gloire du judo », conclut Bassem Al-Husseini.




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