Semaine du 15 au 21 mars 2017 - Numéro 1167
Un secteur en danger
  L'industrie du cuir connaît des turbulences depuis plus de 30 ans. L'ouverture de ce secteur au marché mondial est aujourd'hui une nécessité, à condition de protéger l'industrie nationale.
Un secteur en danger
L'industrie égyptienne du cuir est menacée par la concurrence chinoise.
Amani Gamal El Din Hossam Rabie15-03-2017

A l’instar des expositions mon­diales du cuir de Milan ou d’Is­tanbul, le gouvernement égyptien a organisé la 11e exposition inter­nationale du cuir du Caire, le « Cairo Interleather ». Organisé en grande pompe, l’événement a été inauguré par le ministre de l’Industrie et du Commerce, Tareq Qabil, accompagné d’autres ministres et des ténors égyptiens du secteur. « L’industrie égyp­tienne du cuir a de nombreux avantages compétitifs qui lui per­mettent d’accéder aux marchés mondiaux. Cairo Interleather est l’une des expositions les plus importantes d’Egypte comme du Moyen-Orient, parce que c’est l’occasion de vérifier la qualité des produits fabriqués locale­ment », a déclaré le ministre.

Le message du gouvernement est clair. Il consiste à promouvoir le « Made in Egypt » à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Une initiative qui intervient à point nommé « en raison du déclin que connaît le marché local depuis plusieurs années », comme l’es­time Nabil Al-Chimi, directeur de la Chambre de l’industrie du cuir auprès de l’Union des industries. La prolifération des produits chinois, de mauvaise qualité mais aux prix imbattables qui ont enva­hi le marché local, a porté atteinte au cuir égyptien.

Cette situation a amené certains producteurs égyptiens à se lancer dans l’importation des produits non conformes aux normes inter­nationales et nuisibles pour la santé. En réaction à cette situation, la Chambre de l'industrie du cuir au sein de l’Union des industries a mis en place une grille de prix pour les produits importés en fonction desquels les taxes sont fixées. Plus tard, les tarifs douaniers ont été augmentés passant de 30 % à 60 % à l’issue de négociation avec l’Or­ganisation mondiale du commerce afin de protéger les produits locaux de qualités. « C’est une sorte de protection légitime de l’industrie nationale », renchérit Nabil Al-Chimi. Et d’ajouter : « Cette décision était plus que jamais nécessaire, notamment à cause des conséquences du flottement de la livre égyptienne qui se traduiront bientôt par une récession générali­sée et une régression de l’importa­tion ». Et d'ajouter que « les grandes puissances telles que les Etats-Unis, qui sont aujourd’hui membres de l’OMC, ne voient aucun inconvénient à revoir leurs importations dans le but de proté­ger leur économie nationale. L’exemple le plus flagrant est la guerre commerciale qui fait rage aujourd’hui entre les Etats-Unis et la Chine. Nous comprenons mal les mécanismes et les règles du mar­ché mondial ». Le gouvernement doit également faire prospérer le marché local et diversifier les pro­duits fabriqués en Egypte pour atteindre le taux de croissance escompté de 4,6 % pour l’année fiscale 2017.

Un secteur désorganisé
L’industrie du cuir souffre d’une désorganisation marquée qui rend difficile tout recensement ou toute statistique. « Nous n’avons aucune statistique sur les chiffres exacts de l’importation ou de l’exporta­tion du cuir, et nous n’avons rien de précis sur la situation du mar­ché local ou sur les sources d’ap­provisionnement en cuir », explique un ancien responsable gouvernemental s’exprimant sous couvert de l’anonymat. Cette désorganisation est due à l’annula­tion de la décision en vertu de laquelle les producteurs étaient obligés de présenter leurs bilans à l’Organisme général du recense­ment et des statistiques, suite à quoi il est devenu impossible d’avoir des informations exactes et de mettre en place des politiques publiques dans ce secteur.

Un autre problème majeur est apparu, il y a quelques décennies, lorsque l’industrie du cuir s’est séparée de l’industrie du tannage, qui travaillaient en harmonie dans les années 1990. Ce qui empêche aujourd’hui la mise en place d’une politique commune et dynami­sante.

Décret n°43, un pas en avant
« Le décret n°43 pour l’année 2016, qui est vivement contesté par le lobby des hommes d’af­faires, est destiné à augmenter les chiffres de l’exportation et a apporté un certain équilibre au marché qui est censé brider le flot des produits en cuir importés de basse qualité », explique Al-Chimi. Selon ce décret, toute personne ou entité désirant impor­ter du cuir doit être obligatoire­ment inscrite à l’Organisme de contrôle de l’import-export et prouver que l’entreprise exporta­trice est légalement reconnue en Egypte. Il va sans dire que le décret est un grand pas en avant, mais il doit être associé à des mécanismes réglementant le mar­ché local. Une analyse du marché et des besoins de la clientèle, une main-d’oeuvre formée et des usines mieux équipées misant sur la qua­lité des produits et sur leur diversi­fication doivent être associées à ce décret. Si le secteur fait le choix du développement et surtout de la qualité, le Cairo Interleather obtiendra sans doute une notoriété internationale et deviendra peut-être une plaque tournante du com­merce du cuir dans le monde .




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