Semaine du 22 au 28 février 2017 - Numéro 1164
Nouvelles figures et défis persistants
  Redresser l’économie et remédier aux répercussions de la réforme économique, tels sont les objectifs du gouvernement remanié.
Nouvelles figures et défis persistants
Censé réformer la situation économique et sociale, le nouveau gouvernement est dans l’oeil du cyclone.
May Al-Maghrabi22-02-2017

Le président Abdel-Fattah Al-Sissi s’est réuni, jeudi 16 février, avec le gouvernement remanié du premier ministre Chérif Ismaïl. Le parlement avait approuvé, mardi 14 février, ce remaniement comme l’exige la Constitution. Parallèlement, le président a accueilli, jeudi, 5 nouveaux gouverneurs, dans le cadre d’un remaniement limité qui a vu la nomination pour la première fois d’une femme au poste de gouverneur de province (voir enc.). Des changements qui interviennent sur fond de crises économiques et sociales engendrées par le plan de réforme économique entamée depuis le mois de novembre dernier. Le flottement de la monnaie a en effet fait grimper le taux d’inflation à 29,6 %. Un chiffre record qui suscite le mécontentement de la population, dont la moitié environ vit près ou en dessous du seuil de pauvreté.

Face à cet état des lieux, le président a chargé le nouveau gouvernement de la surveillance des marchés, du contrôle de la hausse exagérée des prix, de l’amélioration du niveau des services ainsi que de la lutte contre la corruption. Le président Sissi a demandé aux nouveaux ministres et gouverneurs d’oeuvrer « pour l’amélioration du niveau de vie des citoyens et de la qualité des services qui lui sont offerts. Le président a aussi souligné l’importance d’accorder la priorité aux efforts de la lutte contre la corruption dans tous les secteurs de l’Etat », a précisé Alaa Youssef, porte-parole de la présidence. Il a ajouté que le président a souligné la nécessité absolue d’offrir aux citoyens les articles essentiels d’approvisionnement à des prix convenables et d’affronter avec toute fermeté les pratiques de monopole et d’exploitation exercées par certains commerçants. Le président a aussi mis en relief la nécessité de prendre toutes les mesures administratives et législatives permettant de créer une ambiance favorable aux investissements. Des recommandations qui vont de pair avec le but pour lequel ce remaniement a été effectué, voire redresser le secteur de l’économie et remédier aux répercussions du programme de la réforme économique.

Censé réformer la situation économique et sociale, le nouveau gouvernement est dans l’oeil du cyclone. Le premier ministre, Chérif Ismaïl, a déclaré que ce remaniement vise en premier lieu à « injecter du nouveau sang au gouvernement, en nommant de nouveaux ministres ayant des visions créatives aptes à remédier aux impacts du programme de la réforme économique ».

Neuf nouveaux ministres

La composition du cabinet d’Ismaïl a vu l’entrée de neuf nouveaux ministres chargés des portefeuilles économiques et sociaux. En vertu de ce remaniement, les ministères de l’Investissement et de la Coopération internationale ont fusionné. Sahar Nasr est à la tête de ce nouveau ministère. De plus, Abdel-Moneim Al-Banna, ancien directeur du Centre des recherches rattaché au ministère de l’Agriculture, est devenu le nouveau ministre de l’Agriculture, tandis que Ali Mosselhi, qui a présidé la commission parlementaire en charge de l’économie, a été nommé nouveau ministre de l’Approvisionnement. Remplaçant le général Mohamad Ali Al-Cheikh, Mosselhi avait été ministre de la Solidarité sociale sous l’ancien président Hosni Moubarak. Hala Helmi Al-Saïd, doyenne de la faculté d’économie et des sciences politiques, à l’Université du Caire, est devenue ministre de la Planification, remplaçant Achraf Al-Arabi. Le magistrat Amr Marawan, qui avait présidé trois comités d’enquêtes parlementaires sur les événements de violence qui ont suivi la révolution de 2011 et celle de juin 2013, a été nommé ministre des Affaires parlementaires. Tareq Galal Chawqi, expert en mécanique et doyen de la faculté d’ingénierie et de mécanique à l’Université américaine du Caire, a été chargé du portefeuille de l’Education, Atef Abdel-Ghaffar à l’Enseignement supérieur, Mohamad Hicham Zein Al-Abidine Al-Chérif, fondateur du Centre des informations du Conseil des ministres, a été chargé du ministère du Développement local, et Hicham Arafat, ministre de Transport. En revanche, des ministères comme celui de l’Intérieur, de la Défense, des Affaires étrangères, de la Santé et du Tourisme restent inchangés.

Réactions divergentes

Les forces politiques divergent sur la portée de ce remaniement quant à l’amélioration de la situation sur le volet économique et social. Certains le jugent « positif », dans la mesure où il a intégré des ministres expérimentés chacun à son domaine, aptes à donner un nouvel élan à l’exercice du gouvernement. En revanche, d’autres trouvent que la crise réside dans la politique « controversée » du gouvernement qui a fait accroître les crises économiques et sociales et non pas dans les personnes des ministres. Ahmad Al-Ségueini, député, trouve que ce remaniement a été évident pour absorber la colère de la rue. Selon lui, ce sont surtout les répercussions qu’a engendrées le flottement de la monnaie, une mesure « nécessaire mais pesante » sur les classes pauvres et moyennes, qui représentent toujours un véritable défi pour ce gouvernement avec sa nouvelle composition. « Les gens s’attendent à ce que ce remaniement se traduise par des mesures concrètes. Il est évident de protéger les pauvres qui ne supporteront plus de fardeaux », souligne-t-il.

Quant au député Tareq Al-Kholi, membre de la coalition majoritaire Daem Misr, il se dit optimiste de la composition du nouveau gouvernement, regroupant des technocrates expérimentés. « Ce remaniement prouve que le président Sissi suit de près l’exercice du gouvernement et écoute bien la rue. Ce n’était pas par hasard que les sortants du gouvernement soient des ministres du groupe économique et des ministres chargés des dossiers des services qui ont échoué à satisfaire les revendications de la rue. Il vaut mieux ne pas faire des préjugés sur les nouveaux ministres et de leur donner le temps pour travailler », estime Al-Kholi.

Déjà, les nouveaux ministres ont multiplié les déclarations « rassurantes » promettant une amélioration de la situation économique et des services. En outre, Ali Mosselhi s’est engagé à remédier à la pénurie de certains produits de première nécessité subventionnés par l’Etat, comme l’huile et le sucre, qui faisaient défaut depuis quelques mois. Il a indiqué que son ministère se pencherait sur l’étude des défaillances du système de subvention alimentaire. Or, il a rassuré que ceux qui profitent actuellement de cette subvention ne seront pas éliminés. Et ceci en rupture avec les déclarations de son prédécesseur sortant qui avait annoncé la nécessité de réduire le nombre des bénéficiaires de cartes de rationnement. Pour sa part, le ministre de l’Education, Tareq Chawqi, a qualifié la réforme de l’éducation d’un « projet national ». « J’oeuvrerai à installer un système éducatif digne de l’Egypte. Aucune décision concernant cette réforme ne sera prise sans la soumettre à un débat social », a déclaré le ministre. Quant à Abdel-Moneim Al-Banna, ministre de l’Agriculture, il a nié les accusations de corruption qui lui ont été adressées suite à sa nomination. « Il s’agit d’une campagne de défiguration infondée. J’y répliquerai par une véritable réforme du ministère prouvant ma sincère volonté de servir le pays », a-t-il déclaré.

Des priorités controversées

Reste à voir cet enthousiasme affiché par la nouvelle équipe ministérielle se transformer en une amélioration réelle de la situation. Le député indépendant Haytham Al-Hariri craint que ces promesses ne soient que de la poudre aux yeux. Il juge ce remaniement d’un « changement de façade » puisque, selon lui, le changement devrait être en matière des politiques et des priorités et non pas des personnes. « La crise est beaucoup plus importante qu’un remaniement du gouvernement. Le problème ne réside pas dans les performances d’un tel ou tel ministre, mais dans le fait que le gouvernement de Chérif Ismaïl se rattache à des politiques risquées sans avoir de vision déterminée sur leurs répercussions », estime Al-Hariri. Position partagée par Medhat Al-Zahed, cadre du Parti de la coalition socialiste populaire, qui demande au premier ministre de révéler les critères en vertu desquels les nouveaux ministres ont été choisis ou les anciens ont gardé leurs portefeuilles. « A titre d’exemple, il est choquant de voir le ministre de la Santé maintenu dans le nouveau gouvernement, en dépit de son échec non seulement à réformer les services sanitaires dégradés mais également à offrir au moins les services sanitaires élémentaires dans les hôpitaux publics. Sa mauvaise gestion du dossier de la pénurie des médicaments devait être une raison de plus pour le remplacer. Et là, ce n’est qu’un exemple révélateur de l’absence d’une vision déterminée quant au choix des ministres et à l’évaluation de leur exercice », critique Al-Zahed. Une division que seul le bilan que devra présenter le gouvernement au parlement, le 30 juin prochain, pourra trancher.




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