Semaine du 1er au 7 février 2017 - Numéro 1161
Le Caire-Hamas : Le salut passe par la sécurité
  La visite au Caire d'une délégation du Hamas et la réouverture du point de passage de Rafah après un mois de fermeture augurent d'un réchauffement des relations entre le mouvement palestinien et l'Egypte. Mais si à Gaza on affiche son optimisme, Le Caire maintient le scepticisme.
Le Caire-Hamas : Le salut passe par la sécurité
(Photo : Reuters)
Ahmad Eleiba01-02-2017

Une délégation du Hamas a été accueillie au Caire la semaine dernière. Une première depuis 10 mois, alors que les membres du mouvement palestinien faisaient l’aller-retour pour discuter notamment avec les renseignements égyptiens tantôt des relations avec leur confrère le Fatah, tantôt de l’occupation israélienne et du blocus de la bande de Gaza. Mais cette visite qui s’est étalée sur trois jours était notamment destinée à débattre des sujets sécuritaires relatifs au contrôle de la frontière entre l’Egypte et la bande de Gaza. Même s’il ne s’agit pas de la première visite du genre, cette récente revêt une importance particulière d’après des sources proches du dossier au Caire et à Gaza. Cela ne permet pas pour autant de s’attendre à un nouveau chapitre des relations entre Le Caire et le Hamas, après tout, il pourrait simplement s’agir d’une visite de plus. A Gaza, c’est l’optimisme qui règne, alors que Le Caire reste sceptique.

L’importance de cette visite se situe au moins sur la forme. La délégation palestinienne était en effet formée de dirigeants influents dont deux participaient pour la première fois à ce genre de visites officielles, bien qu’ils soient des habitués du Caire. Il s’agit d’Ismaïl Haniyeh, chef du mouvement islamiste dans la bande de Gaza, et de Rouhi Mouchtahi, membre du bureau politique du mouvement libéré en 2011 grâce à une médiation égyptienne après près de 25 ans dans les prisons israéliennes. Quant au troisième membre de la délégation, Moussa Abou-Marzouk, qui était le numéro deux du bureau politique du Hamas, il a toujours fait partie des délégations du Hamas en visite au Caire ces dix dernières années.

La sécurité avant tout

Le Caire-Hamas : Le salut passe par la sécurité
Haniyeh à son retour à Gaza après des discussions avec les responsables égyptiens.

La situation dans le Sinaï, où l’armée égyptienne mène une lutte acharnée contre les djihadistes, et le contrôle des frontières avec les territoires palestiniens étaient les sujets dominants. Le Caire a toujours considéré que le Hamas ne donnait pas de suite satisfaisante à ses demandes en matière de sécurité, ce qui l’a poussé à se rapprocher plutôt du mouvement du Djihad islamique. En effet, les dirigeants du Djihad ont multiplié les rencontres avec des responsables égyptiens ces derniers temps.

Mais voilà que Le Caire réitère au Hamas ses demandes de non-ingérence et de collaboration sécuritaire. « Aujourd’hui, ce qui compte pour Le Caire c’est surtout le dossier sécuritaire, qui inclut beaucoup de détails qui nécessitent des négociations, mais il reste à savoir si le Hamas coopérera. Pour l’instant, il semble que le mouvement a opté pour les manoeuvres », commente Mohamad Gomaa, spécialiste des affaires palestiniennes au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.

L’ouverture du terminal de Rafah, seul point de passage des Gazaouis vers le monde, était classiquement le sujet dominant depuis l’arrivée au pouvoir du Hamas en 2007. Le Caire exigeait le retour de la garde présidentielle palestinienne pour le contrôle du terminal afin de permettre son ouverture. Mais aujourd’hui, l’infiltration des djihadistes est le mot-clé désormais. En rentrant à Gaza, Ismaïl Haniyeh a déclaré que les membres du Hamas ont eu des rencontres « productives » avec les responsables égyptiens, notamment avec le chef des services de renseignements, Khaled Fawzi, en parlant d’une visite qui « reflète les relations stratégiques entre les deux parties et le rôle pivot de l’Egypte dans le dossier palestinien ». « Le Hamas va continuer à développer cette relation et la renforcer », a-t-il ajouté.

Des mots qui n’apportent rien de nouveau en effet, mais joint par téléphone depuis Gaza, Ahmad Youssef, un dirigeant du Hamas, a tenté de les expliquer. « Malgré la détérioration récente des relations entre Le Caire et le Hamas depuis 2013, l’Egypte reste notre principal interlocuteur régional. C’est ce que l’expérience avec les autres parties régionales et les développements dans la région ont démontré », dit-il. Il estime que cette dernière visite a réussi à « dégeler » les relations.

Les relations entre l’Egypte et le Hamas s’étaient dégradées après la destitution de Mohamad Morsi en juin 2013. L’Egypte a notamment accusé le Hamas de soutenir le mouvement des Frères musulmans et d’avoir été impliqué dans l’assassinat du procureur général égyptien, Hicham Barakat, en 2015. Mais les contacts entre Le Caire et le Hamas ont repris l’année passée, même si les relations restent plutôt froides. Après un mois de fermeture, le point de passage de Rafah a été rouvert samedi et des cargaisons de blé ont quitté l’Egypte pour la bande de Gaza, ce qui augure, selon des observateurs palestiniens, d’une amélioration des relations avec le Caire.

« Les visites se poursuivront et nous sommes face à une nouvelle phase avec Le Caire », dit Haniyeh. Mohamad Abou-Chaar, analyste palestinien joint par téléphone depuis Gaza, relativise toutefois cet optimisme. Pour lui, le Hamas a beau vouloir restaurer ses relations avec Le Caire, celles-ci butent toujours sur des problèmes sécuritaires compliqués. En guise d’illustration, il donne l’exemple de quatre Palestiniens détenus au Caire. Selon le Hamas, pour les libérer, Le Caire demande la déportation vers l’Egypte d’éléments accusés de collaboration avec le groupe Beit Al-Maqdès lié à l’EI. « Or, le Hamas craint la réaction des factions salafistes dans la bande de Gaza s’il livre à l’Egypte ces personnes recherchées. Surtout que ce sont ces mêmes salafistes qui contrôlent les activités de la contrebande à travers ce qui reste des tunnels », explique-t-il. De son côté, Ahmad Youssef estime que la situation sécuritaire problématique dont parle Le Caire est aussi importante pour le Hamas, puisqu’elle concerne aussi la sécurité dans la bande de Gaza. Le dilemme est, selon Abou-Chaar, que pour renforcer ses relations avec Le Caire, le Hamas devra sacrifier la contrebande. Quel sera son choix ?



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