Semaine du 25 au 31 janvier 2017 - Numéro 1160
Majd Niazy : Les Syriens ne s’attendent pas à des solutions magiques
  Majd Niazy, présidente du parti Souriya Al-Watan (oppo­sition de l’inté­rieur), explique les raisons de son scepticisme quant aux résul­tats des négocia­tions d’Astana sur la Syrie.
Majd Niazy
Inès Eissa25-01-2017

Al-ahram hebdo : Depuis la reprise d’Alep et l’entrée en jeu en force du trio Russie, Iran, Turquie, il a sou­vent été dit que les autres acteurs internationaux sont désormais écartés. Dans ce sens, les négociations entamées à Astana peuvent-elles remplacer le processus de Genève mené par l’émissaire onusien Steffan de Mistura ?
Majd Niazy : Nous considérons que les pour­parlers d’Astana réunissent essentiellement des représentants du régime et des groupes qui com­battent sur le terrain. Ce qui signifie que l’objec­tif essentiel de ces négociations est d’assurer un cessez-le-feu général et durable, alors que le processus de Genève est plutôt concerné par le souci de trouver une solution politique solide à même de garantir la paix en Syrie, une paix qui reposerait sur un système démocratique. Par conséquent, les efforts des Nations-Unies demeurent à nos yeux indispensables et irrem­plaçables.

— Comme vous venez de le mentionner, les participants aux négociations d’Astana sont essentiellement les groupes armés. Ceci équi­vaut-il à une stratégie excluant les parties qui n’ont pas d’influence militaire ?
— Les groupes rebelles combattant au sol n’ont pas le monopole de décider à eux seuls au nom du peuple syrien. Nombreux sont les partis politiques non armés, impliqués dans le proces­sus politique sans pour autant porter les armes. A mon sens, toute solution qui n’impliquerait pas ces partis politiques, qui oeuvrent de manière pacifique en Syrie, serait vouée a l’échec. Il n’en reste pas moins qu’il faudrait distinguer entre combattants et terroristes, de même qu’il faut faire la différence entre l’opposition de l’exté­rieur honnête et les profiteurs qui utilisent la cause du peuple syrien afin de servir leurs inté­rêts personnels. Notre parti politique, (ndlr : le parti Souriya Al-Watan, opposition de l’inté­rieur) prône essentiellement un dialogue inter-syrien qui devrait se dérouler sur le sol syrien. Nous pensons aussi que les Nations-Unies devraient être les garants de la stabilité et la paix dans le pays.

— Cela dit, les négociations d’Astana ne représentent-elles pas une vraie chance pour une ébauche de solution à même de mettre fin à la guerre en Syrie ?
— J’espère que les pourparlers d’Astana pour­ront constituer une base sérieuse pour parvenir à une cessation des hostilités comme préalables à une solution politique et à un dialogue général. Cela dit, je tiens à rappeler que les Syriens ne s’attendent pas à des solutions magiques dictées par d’autres forces dont les priorités ne coïnci­dent pas nécessairement avec les intérêts de la Syrie. On compte plutôt sur une solution qui émanerait des Syriens eux-mêmes, à travers un dialogue global sous l’égide de l’Onu. Dans ce contexte, je tiens à rappeler que le processus de Genève reste à nos yeux le cadre le plus conve­nable aux intérêts de la Syrie. Dans ce cas, nous soutenons les efforts de l’émissaire spécial de l’Onu, Steffan de Mistura, bien que nous ayons certaines réserves à ce sujet. En même temps, nous insistons sur le rôle de nos amis russes, ainsi que d’autres, dans le processus politique et nous insistons aussi sur la participation de toutes les parties dans ce processus.

— Votre parti semble réticent vis-à-vis des négociations d’Astana. Pourquoi ?
— Le parti Souriya Al-Watan estime que toute tentative de mettre fin aux hostilités contre l’Etat, que ce soit l’armée, le gouvernement ou le peuple, dans le but de démilitariser les fac­tions armées pour que les armes restent unique­ment aux mains de l’Etat, est une nécessité absolue. Cela dit, nous refusons qu’une quel­conque faction terroriste tire profit d’un éven­tuel règlement au nom de la transition politique ou de l’union nationale. Nous craignons qu’une éventuelle solution politique dictée à Astana ne puisse avoir des conséquences néfastes. Après six ans de guerre contre le terrorisme, et après tout le sang qui a coulé en Syrie, Souriya Al-Watan refuse qu’on ne donne naissance à une classe politique dirigeant la Syrie qui n’a comme seul consensus que le désaccord. Nous n’accep­terons jamais que le terrorisme devienne un jour une voie suivie par certaines forces politiques pour imposer une sorte d’unité dans le seul objectif de parvenir au pouvoir.

— L’arrivée du nouveau président améri­cain Donald Trump au pouvoir va-t-elle à votre avis changer la donne ?
— Il est très tôt de juger de l’effet Trump sur la Syrie, voire sur la région du Moyen-Orient en général. Pour le moment, on ne peut pas encore savoir précisément ce qu’il va faire mais tous les indices montrent que la politique américaine au Moyen-Orient va changer. Le nouveau président américain a fait beaucoup de promesses électo­rales, mais il reste à savoir s’il va les tenir. Et toutes ses déclarations au cours de sa campagne électorale ne seront pas forcément appliquées. En fait, le rôle futur des Etats-Unis dépendra de la mise en application, ou non, de ce que Trump avait dit lors de sa campagne .



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