Semaine du 25 au 31 janvier 2017 - Numéro 1160
Hamdi Abdel-Moneim : 95 % des pièces endommagées ont retrouvé leur splendeur
  Hamdi Abdel-Moneim, chef des laboratoires de restauration du Musée d'art islamique, revient sur les efforts visant à sauver les pièces d'antiquité gravement endommagées par l’explosion du 24 janvier 2014. Entretien.
Hamdi Abdel-Moneim
Hamdi Abdel-Moneim, chef des laboratoires de restauration du Musée d'art islamique.
Nasma Réda25-01-2017

Al-Ahram Hebdo : Comment se sont organisés les travaux de res­tauration des pièces endommagées et quels en sont les résultats ?

Hamdi Abdel-Moneim : L’explosion était très forte, mais 95 % des pièces endommagées ont retrouvé leur splendeur, ce qui est excellent. Sur les 179 pièces endom­magées, il n’en reste que 10 grave­ment détériorées. Celles-ci n’ont pas pu être totalement restaurées car certaines de leurs parties ont été per­dues. Je me rappelle très bien, le lendemain de l’explosion, je me suis tout de suite engagé, avec une équipe de 25 restaurateurs, afin de regrouper toutes les pièces endommagées et d'emballer celles qui n’ont pas été touchées pour les stocker. On a com­mencé notre travail de restauration trois jours après l’explosion.

Des pièces en verre et en céra­mique étaient très endommagées ainsi que quelques monuments en bois comme le mihrab de la mosquée d’Al-Azhar, et celui du mausolée d’Al-Sayeda Roqaya. Avec l’équipe, nous avons alors tout regroupé et numéroté les pièces pour la classifi­cation.

95 % des pièces endommagées ont retrouvé leur splendeur

— Comment avez-vous sauvé le mihrab du mausolée d’Al-Sayeda Roqaya ?

— Toutes les parties du mihrab étaient démontées. Pour regrouper les différentes parties, nous avons eu besoin de photos du monument sous tous les angles. Heureusement, une professeure de l’Université améri­caine avait les clichés nécessaires et nous les a fournis. D’autres conser­vateurs nous ont également aidés avec des photos d’archives de diverses pièces. Et c’est ainsi que nous avons pu reconstruire le mihrab.

— Combien de temps vous a-t-il fallu pour exécuter ce travail ?

— On a réussi à terminer les tra­vaux de restauration en un an seule­ment avant même d’entamer la res­tauration du reste du bâtiment.

— Est-ce que des pays étrangers ont participé aux travaux de res­tauration ?

— Après des mois de travail, nous avons finalement reçu des aides de pays étrangers. Nous avons ainsi fait des échanges avec l’Italie, les Pays-Bas et la France. Par ailleurs, l’Unesco nous a four­ni une somme 100 000 dollars afin de développer le laboratoire de restauration, et les Emirats arabes unis nous ont alloué une aide financière de 50 millions de L.E. pour la restauration intérieure du musée. L’USAID et la Suisse ont aussi collaboré financièrement pour la restauration extérieure du bâtiment.

95 % des pièces endommagées ont retrouvé leur splendeur

— Des résidus de colle et des fissures apparaissent clairement sur quelques pièces restaurées, est-ce normal ?

— Bien que ces fissures affectent parfois l’aspect esthétique du monu­ment, elles donnent selon moi une valeur supplémentaire à l’objet. L’histoire de ces pièces est longue et ces récents défauts en font partie.

— Au cours de votre travail, quel a été votre plus grand défi ?

— Le plus dur a été l’état psycho­logique de l’équipe avec laquelle je travaillais. Je devais faire preuve d’un double effort, non seulement travailler sur la restauration des pièces, mais aussi encourager les restaurateurs et leur apporter une énergie positive.




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