Semaine du 25 au 31 janvier 2017 - Numéro 1160
Programme difficile mais ambitieux
  Le Fonds Monétaire International (FMI) a dévoilé, mercredi 18 janvier, le programme de réforme présenté par le gouvernement égyptien en novembre dernier. Des objectifs réalisables mais ambitieux.
Programme difficile mais ambitieux
Les classes à faible revenu ne supportent plus la hausse des prix.
Névine Kamel25-01-2017

Réaliser une croissance de 4 % en 2016, réduire le déficit budgétaire à 10 % et ramener la facture des subventions à 64 milliards de dollars. Tels sont les principaux objectifs du programme de réforme du gouverne­ment égyptien présenté au Fonds Monétaire International (FMI) en novembre dernier. Après environ 3 mois d’attente, celui-ci a finalement publié son rapport et a tenu une conférence de presse avec le chef de la mission du fonds pour l’Egypte, Chris Jarvis, où il détaille précisé­ment les grandes lignes du rapport final (voir encadré).

Le gouvernement égyptien avait effectué une demande de prêt au FMI de 12 milliards de dollars, à verser sur 3 ans, une demande qui a été approuvée en novembre dernier. Pour obtenir cette approbation, le gouver­nement avait pris plusieurs décisions économiques importantes comme l’application de la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA), le flottement de la L.E. vis-à-vis du dollar et la baisse des subventions énergétiques.

La première partie de la première tranche du prêt d’une valeur de 2,75 milliards de dollars a donc été versée à la Banque Centrale d’Egypte (BCE) à la fin du mois de novembre. « Le programme de réforme du gouverne­ment avance lentement mais sûre­ment. Les chiffres annoncés sont réa­lisables même s’il y aura certaine­ment un peu de retard. Le gouverne­ment préfère mettre en place ses réformes économiques de façon pro­gressive afin de minimiser leurs impacts sur la société et donc réduire la période de récupération qu’elles engendrent », explique Riham Al-Dessouqi, experte économique à la banque d’investissement émiratie Arqaam, en mentionnant que les pré­visions de croissance du gouverne­ment vont de pair avec celle de la banque. Elle ajoute que « les réformes adoptées par le gouvernement vont commencer à apporter leurs fruits à partir du second semestre de l’année fiscale en cours ». Selon la banque d’investissement Arqaam, le taux d’inflation pourrait atteindre une moyenne de 19 % fin 2016-2017, tout comme le prévoient les estimations du rapport du FMI. « La décision de faire flotter la L.E., ainsi que l’adop­tion de plusieurs mesures, telles que la loi sur les investissements, vont faciliter le développement des affaires et redonner confiance aux investisseurs. Ces derniers vont recommencer à investir en Egypte et les affaires retrouveront leur dyna­mique habituelle », explique Tamer Al-Habbal, homme d’affaires et pro­priétaire d’une usine de caoutchouc. Le ministère de l’Investissement pré­voit, quant à lui, un total de 10 mil­liards de dollars d’investissement direct en 2016-2017.

Plusieurs défis

Malgré son optimisme affiché vis-à-vis des objectifs du programme gouvernemental, l’experte en écono­mie Al-Dessouqi, souligne tout de même que deux défis sont impor­tants : la baisse de la facture des subventions et du déficit budgétaire. D’après le rapport du FMI, publié le 18 janvier, la baisse des subventions est une mesure essentielle que le gouvernement égyptien est prêt à mettre en place. Toujours selon le rapport, le gouvernement a fait ses comptes en prenant en considération la baisse du prix du pétrole à l’inter­national, et en calculant le prix du dollar à environ 13 L.E. « Ces deux facteurs ne sont pas réalistes. Le baril de pétrole se vend à environ 53 dollars et le prix du dollar a atteint, il y a peu, les 18 L.E. Dans ce contexte économique, les objectifs vont être difficilement tenables et les subventions vont au minimum dou­bler dans le budget », rétorque l’éco­nomiste. Même son de cloche pour Mohamad Abou-Bacha, analyste économique auprès de la banque d’investissement EFG Hermes. D’après lui, « le gouvernement va devoir augmenter le prix de ces pro­duits pétroliers s’il veut réussir à atteindre ses objectifs de réduction de subventions pour l’année 2017 ».

Le gouvernement égyptien avait annoncé son intention de réduire de 41,3 % les subventions dans son budget 2017-2018, soit 36,5 milliards de L.E., contre les 62,2 milliards de L.E. actuels. Le FMI a ainsi introduit dans son rapport un article appelé « balance du pétrole », qui n’est pas inclus dans le budget égyptien. Cet article s’intéresse à la différence entre les revenus du pétrole et le budget des subventions. Selon le programme du gouvernement, ce chiffre doit être positif d’ici l’année prochaine.

Plus de subventions à l’énergie d’ici 2019

Toujours selon le rapport, le gouvernement vise à supprimer l’intégralité de ses subventions à l’énergie d’ici l’année 2018-2019. Seulement, selon Abou-Bacha, réduire le déficit budgétaire est un objectif que le gouvernement égyptien ne pourra pas réaliser. Avec la hausse de la facture des subventions, et la baisse des revenus fiscaux « réduire le déficit à 10 % ne sera pas faisable », dit-il, prévoyant un déficit d’au moins 11 % au cours de l’année fiscale en cours. Le FMI prévoit une hausse de la facture des dettes extérieures d’un total de 102.4 milliards de dollars au cours de l’année 2018, contre 66 milliards de dollars prévus pour l’année en cours, afin de réduire le déficit, répondre aux besoins en dollars du gouvernement et combler le manque de liquidité qui est de 35 milliards de dollars.

Lors de la conférence de presse tenue mercredi dernier, le FMI a réaffirmé que le gouvernement égyptien sera taxé sur ces activités boursières à partir de mai prochain. Une décision controversée, qui a été contredite par le gouvernement qui a déclaré au lendemain de la conférence de presse que cette décision ne serait appliquée que dans trois ans. Un bras de fer dont on ne sait toujours pas qui aura le dernier mot .

Programme difficile mais ambitieux
(Source : FMI)

Programme difficile mais ambitieux
(Source : FMI)

Programme difficile mais ambitieux
(Source : FMI)

Programme difficile mais ambitieux
(Source : FMI)

Programme difficile mais ambitieux
Le prix du dollar a dépassé les prévisions du FMI.




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