Semaine du 7 au 13 décembre 2016 - Numéro 1154
Mohamad Kachkouch : Il y a les alliances stables, qui perdurent, et les alliances souples, qui changent en fonction des circonstances
  Le général Mohamad Kachkouch, expert en sécurité nationale et enseignant à l’Académie militaire Nasser, estime que la politique de défense dans la région est déplorable.
Mohamad Kachkouch : Il y a les alliances stables, qui perdurent, et les alliances souples, qui chang
Mohamad Kachkouch
Ahmad Eleiba07-12-2016

Al-Ahram Hebdo : Existe-t-il un vrai changement dans les politiques de défense des pays arabes ?

Mohamad Kachkouch : Oui, les politiques de défense ont commencé à changer et tout porte à croire que ces changements vont continuer. Si l’on considère les alliances militaires, qui sont un aspect de ces politiques, on en distinguera deux types dans la région : les alliances stables comme celles entre les pays du Golfe et les Etats-Unis, et les alliances « souples », de circonstance, comme celles établies au cours des guerres au Yémen et en Syrie. Les alliances stables, contrairement à ce que l’on dit, continueront encore pour de longues années, parce qu’elles traduisent des intérêts communs qui existent toujours. Par exemple, les pays du Golfe ne peuvent compter ni sur eux-mêmes, ni même sur des pays comme l’Egypte pour assurer leur sécurité, surtout que la région est en proie à des crises sans précédent qu’aucun pays ne peut assumer à lui seul.

Quant aux alliances souples, elles changent en fonction des relations entre les pays, mais aussi en fonction de la réalité sur le terrain. Prenons par exemple les tractations entre les Etats-Unis et la Russie dans la crise syrienne. Les deux pays peuvent conclure un marché permettant le maintien au pouvoir de Bachar Al-Assad dans une phase de transition, en échange de quoi Washington fermerait les yeux sur ce qui se passe en Crimée. Il en est de même pour la coalition qui mène la guerre au Yémen, là aussi, les alliances et les politiques devront un jour changer parce que la guerre a duré trop longtemps et des différends ont commencé à être perçus entre les pays membres de la coalition, comme ceux apparus entre l’Egypte et l’Arabie saoudite.

— Existe-t-il d’autres aspects de changement ?

— Oui, la diversification des sources d’armement. Les pays arabes ne se contentent plus des Etats-Unis comme uniques fournisseurs d’armes, mais ont recours à d’autres pays comme la France, la Russie, la Chine, ou la Grande-Bretagne.

— Les pays du Golfe ne se dirigent-ils pas vers une politique de sécurité collective ?

— Une forme de coopération existait pendant le règne du roi Abdallah en Arabie saoudite et l’on se dirigeait vers une intégration des pays du Conseil de coopération du Golfe, mais cela n’a pas eu lieu. Aujourd’hui, certains pays ont des intérêts qu’ils ne veulent pas imposer aux autres, et par conséquent, l’unité n’est plus possible. Or, les capacités militaires des pays du Golfe sont trop limitées — notamment en termes d’effectifs et d’entraînement — pour faire face aux défis actuels. Les pays du Golfe préserveront donc leurs liens avec les Etats-Unis, ne serait-ce que sous une forme de présence et de soutien symboliques. Faute de quoi ces pays auront besoin du soutien d’une puissance régionale comme l’Egypte. Les pays du Golfe devront donc reconsidérer leur attitude envers Le Caire. De son côté, Le Caire aurait tout aussi tort de ne pas reconsidérer ses calculs pour refonder ses relations avec le Golfe sur des bases plus solides que les intérêts passagers.

— Quel est l’état actuel des politiques de sécurité régionale ?

— La sécurité régionale est dans un état déplorable. Pour l’Iran, c’est tout à fait le contraire, alors que la Turquie se trouve quelque part entre les deux, surtout après l’amélioration de ses relations avec la Russie. Beaucoup de faits illustrent la fragilité de notre sécurité régionale. La bataille de Mossoul est particulièrement révélatrice dans la mesure où des pays comme l’Iran et la Turquie font la guerre sur un territoire arabe. En revanche, d’autres régions témoignent d’une amélioration relative, comme en Libye, où l’influence de Daech est en passe d’être endiguée.

— L’Egypte se trouve-t-elle dans une meilleure situation, du fait qu’elle a échappé au chaos qui l’entoure ?

— Au niveau de sa politique de défense, il existe des changements, mais rien de radical. Il y a par exemple une diversification des sources d’armement et des relations internationales. L’Egypte s’est rapprochée de la Russie, mais sans vouloir perdre les Etats-Unis. Pour ce qui est des achats d’armes, je pense que les navires Mistral pourront jouer un rôle dans la sécurité régionale, notamment à Bab El-Mandeb, et la sécurisation des gisements offshore de gaz naturel en Méditerranée. Mais il existe des menaces à qui on ne peut pas répondre militairement, comme c’est le cas pour le barrage éthiopien. Pour revenir aux Mistral et à notre réalité arabe actuelle, il suffit de dire que pour sécuriser le détroit de Bab El-Mandeb, l’Egypte devra pouvoir disposer d’une piste sur l’archipel érythréen de Dahlak, ce qui implique une coopération avec Israël, dont la présence là-bas remonte à des décennies. L’autre alternative serait d’utiliser les îles Farasan en Arabie saoudite, ce qui ne serait pas moins compliqué, vu les fluctuations des relations entre Le Caire et Riyad. On en revient donc à l’importance de reconstituer les relations entre l’Egypte et les pays du Golfe ...




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