Semaine du 26 octobre au 1er novembre 2016 - Numéro 1148
L’Unesco au secours du patrimoine palestinien
  L’Organisation mondiale pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) a adopté, le 18 octobre, une résolution déclarant patrimoine palestinien la zone située aux alentours de la mosquée d'Al-Aqsa. Une décision hautement symbolique qui provoque l'ire d'Israël.
L’Unesco au secours du patrimoine palestinien
Nasma Réda26-10-2016

« Jérusalem est une ville arabe. Israël n’y a aucun droit ». C’est par ces mots que les pays arabes, représentés à la Ligue arabe, ainsi que des organisations musulmanes ont salué la résolution adoptée le 18 octobre par l’Unesco, affirmant que la zone située aux alentours de la mosquée d’Al-Aqsa est un patrimoine palestinien et arabe.

La décision avait été prise le 18 octobre avec 24 voix pour, dont 7 pays arabes, et 6 contre, dont les Etats-Unis, et 28 abstentions, dont la France. Il s’agit, en fait, de deux projets essentiels de résolution visant à « sauvegarder le patrimoine culturel palestinien et le caractère distinctif de Jérusalem-Est ».

La Vieille Ville et ses remparts ont été inscrits sur la liste du patrimoine mondial en 1981. Elle compte près de 220 monuments. Ce site abrite l’un des plus importants monuments, à savoir la mosquée d’Al-Aqsa et le Dôme du Rocher et ses remparts, qui est un important lieu saint islamique où, selon la tradition musulmane, le prophète Mohamad serait arrivé depuis La Mecque, lors de l’Israa (voyage nocturne), et d’où il serait monté au paradis, lors du Mieraj, en chevauchant sa monture Buraq.

« Le peuple palestinien a retrouvé ses droits », commente fièrement l’archéologue Mokhtar Al-Kassabani, ex-conseiller du ministre des Antiquités et professeur à l’Université du Caire, qui insiste à appeler le mur des Lamentations par son ancien nom arabe « Al-Buraq », en référence au voyage du prophète Mohamad dans la région. « La mosquée d’Al-Aqsa était la première qibla de l’islam (la direction de la prière des musulmans) avant La Mecque », ajoute-t-il. En effet, d’après l’Unesco, tous les lieux hautement symboliques du peuple juif, comme le mont du Temple, le caveau des Patriarches et la tombe de Rachel, portent à l’origine des noms arabes.

« Il est temps que le patrimoine de Jérusalem soit inscrit sur la liste du patrimoine mondial au nom de la Palestine », espère Mohamad Al-Kahlawi, membre de l’Union des archéologues arabes et membre de l’Isesco (Organisation islamique de l’éducation, la science et la culture).

Pressions arabes

La résolution de l’Unesco garantit le droit arabe et palestinien dans les lieux saints à Jérusalem-Est et dénonce les empiètements israéliens sur l’Esplanade des mosquées, les incursions israéliennes sur ce site et les restrictions d’accès imposées aux fidèles musulmans. « Plusieurs anciennes demandes ont été individuellement présentées à l’Unesco sans grand effet », affirme Al-Kahlawi.

La résolution, composée de 41 articles, a été prise suite à des propositions de 7 pays arabes : l’Algérie, l’Egypte, le Liban, le Maroc, Oman, le Qatar et le Soudan, pour arrêter les dégradations causées par Israël dans les sites archéologiques, surtout les sites islamiques à Jérusalem.

Les autorités israéliennes limitent l’accès des musulmans à l’Esplanade des mosquées, surtout ceux qui ont moins de 40 ans. « L’Etat hébreu fait le maximum pour détruire l’histoire arabe dans la région », souligne Al-Kahlawi. Et d’ajouter qu’Israël a détruit la Rampe des Maghrébins qui fait partie intégrante de la mosquée d’Al-Aqsa, et a créé une nouvelle plateforme d’une dizaine de kilomètres pour la prière des juifs.

L’Unesco a regretté les déplacements des vestiges islamiques présents sur la Place d’Al-Buraq (place du Mur occidental), et réaffirme qu’Israël ne doit prendre aucune mesure unilatérale, vu ses obligations en vertu de la Convention de La Haye relative à la protection des biens culturels en cas de conflit armé (1954). L’Organisation onusienne se déclare profondément préoccupée par les démolitions illégales de vestiges omeyyades, ottomans et mamelouks, ainsi que par les travaux et fouilles dans la région, et demande à Israël, la puissance occupante, de « cesser ces démolitions et ces fouilles » et de « respecter les obligations qui lui incombent ».

« Notre histoire arabe est en danger. Il est temps de présenter tous nos documents archéologiques, historiques et urbains qui prouvent que l’existence arabe est ancienne, même avant l’islam », souligne Mohamad Al-Kahlawi. Selon lui, les « Lettres d’Al-Amarna », conservées au Musée égyptien du Caire, témoignent du caractère arabe de cette région. Dans ces lettres adressées à Amenothep IV (Akhenaton), le gouverneur de Jérusalem se plaint des attaques juives. « L’Egypte a dominé cette région pendant plus de 450 ans à l’ère des pharaons », raconte Al-Kassabani. Et d’ajouter : « Les experts du monde entier savent bien que ce sont les Ghassanides, tribu arabe du sud de la péninsule arabique, qui ont habité cette région et ont formé le peuple arabe en Syrie et en Jordanie, et se sont ensuite propagés sur la côte de la Méditerranée ».

« Il est temps que les politiques étudient l’histoire de la région et assistent aux conférences internationales tenues sur la ville de Jérusalem », suggère Al-Kahlawi. Cependant, la Jordanie, qui a contrôlé la Vieille Ville pendant des décennies, possède une excellente archive qui confirme le caractère arabe de Jérusalem. « Israël falsifie l’Histoire », assure Al-Kassabani. En 1930, l’Organisation avait reconnu le droit du peuple palestinien à vivre paisiblement à Jérusalem. « Il est temps que les travaux des archéologues s’ajoutent aux documents politiques, ce qui facilitera la restitution des droits arabes sur la ville », assure l’archéologue Mokhtar Al-Kassabani.

Les Israéliens ont immédiatement exprimé leur opposition à la décision de l’Unesco. Naftali Bennett, ministre israélien de l’Education, a ainsi accusé l’organisation dans une lettre adressée à sa directrice générale et publiée sur Twitter, de donner son « soutien immédiat au terrorisme islamiste ». Il a annoncé officiellement suspendre « toutes ses activités professionnelles avec l’Organisation internationale ». Le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, a lui aussi critiqué la résolution de l’Unesco estimant que l’agence de l’Onu pour la culture avait « perdu le peu de légitimité qui lui restait ».

Quelques jours après la résolution, des milliers de juifs se sont massés devant le mur des Lamentations, prétendant fêter l’un de leurs grands rituels annuels. « Israël ne restera pas les bras croisés devant cette résolution. Il va presser de toutes ses forces pour avoir une domination complète sur ces monuments islamiques », indique Al-Kahlawi. Il se dit pessimiste au sujet de la réaction israélienne envers les sites archéologiques, surtout à Jérusalem.

La directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova, a déclaré, elle, que « la Vieille Ville de Jérusalem est une ville sacrée qui appartient aux trois religions monothéistes : le judaïsme, le christianisme et l’islam ».

Mais au-delà de cette controverse, c’est la valeur même de la résolution de l’Unesco qui retient l’attention. Celle-ci a d’abord une portée symbolique au même titre que la reconnaissance de l’Etat palestinien par certains parlements européens. « Je pense qu’elle constitue un pas positif en faveur de la reconnaissance de l’Etat palestinien indépendant », pense Mohamad Al-Kahlawi. Il estime que cette décision aura un impact direct sur le patrimoine palestinien et arabe, et incitera aussi Israël à limiter ses agressions contre le patrimoine islamique. « Toute agression israélienne contre ces monuments considérés comme arabes et palestiniens attirerait une vague de critiques internationales », conclut Al-Kahlawi.

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