Semaine du 13 au 19 avril 2016 - Numéro 1122
Gaby Khoury : Avant, on pouvait discuter de tout avec Chahine, mais la décision finale lui revenait
  Gaby Khoury est à la tête de la société Misr International film, créée par Youssef Chahine. Il vient de produire un nouveau long métrage, Le Péché du corps, de Khaled Al-Hagar, 8 ans après le décès de Chahine. Point de vue d’un producteur passionné de cinéma qui sait se poser des questions et se remettre en question. Rêves et projets d’avenir.
Gaby Khoury
Soheir Fahmi13-04-2016

Al-Ahram Hebdo : Vous êtes producteur depuis combien de temps ? Et en quoi ce film est-il différent de vos films précédents à Misr International, notamment par rapport aux films de Youssef Chahine ?
Gaby Khoury : Je suis producteur depuis 26 ans, grâce à Chahine qui m’a poussé à travailler dans la boîte. Auparavant, j’étais ingénieur. Ce film est le premier long métrage depuis le décès de Chahine en 2008. Avant, Chahine était une référence à laquelle on revenait quand on avait des problèmes et qui nous aidait à les résoudre. C’était une personne très compétente et très douée qui avait une longue expérience et sur qui on pouvait compter à n’importe quel moment. Maintenant, je prends les décisions tout seul. C’est plus difficile, mais également c’est plus intéressant, parce que je suis responsable direct de mes actes. Mais j’ai créé un conseil d’administration. Avant, on pouvait discuter de tout avec Chahine, mais la décision finale lui revenait. Le conseil maintenant est formé de ma soeur Marianne Khoury, de son fils Youssef, de mon fils Ramzy et de mon grand frère Elie. Je peux compter de cette façon sur d’autres jugements et manières de voir. Néanmoins, l’absence de Chahine se fait sentir terriblement. En faisant ce film, j’ai beaucoup appris, et maintenant, je suis en train d’analyser les erreurs et de réfléchir aux décisions que j’ai prises pour faire mieux la prochaine fois.

— Mais pourquoi avez-vous attendu tout ce temps depuis 2008 avant de produire un long métrage ?
— Nous avons été pris dans l’engrenage de deux séries de télé : Dawarane Choubra et Une Fille nommée Zatt qui ont pris beaucoup de temps, des projets de cinéma multiplex et le projet de cinéma Zawya, initié par Marianne Khoury. Tout ceci nous a éloignés de la production cinématographique. Mais je n’ai pas aimé le travail de la vidéo qui est contrôlé par les grandes sociétés de publicités. Il y a ainsi un barrage entre le spectateur et moi. Mais dans le cinéma, le contact est plus direct avec le spectateur. Je choisis un film et j’assume toutes les responsabilités. Si le public aime le film, il achètera son billet.

— Pourquoi avez-vous choisi ce film Le Péché du corps de Khaled Al-Hagar pour reprendre la production ?
— J’allais produire un autre film. Mais, il y a eu un problème et j’ai reporté le tournage après le Ramadan. Par hasard, Al-Hagar est venu me voir au bureau pour autre chose, et il m’a donné le scénario. Le film m’a plu. Pour un producteur, c’est une production de rêve. Il ne nécessite pas un grand budget. Il y a principalement 4 acteurs et il est tourné dans un seul endroit, dans une ferme, où l'on a tourné pendant 3 semaines. Nous avons mis des règles de tournage très strictes. Il n’y a qu’un seul assistant pour chaque comédien. Je voulais changer le système actuel. Il n’y avait aussi qu’un seul maquilleur et un seul habilleur pour tout le monde. On mangeait tous la même chose sur la même table. Il n’y a que deux pièces où on se changeait et on se reposait. Les comédiens et les techniciens ont réduit leurs salaires pour faire ce film. Tous ont fait un effort. Et ils auront ensuite plus d’argent, si le film réussit. Sans que ce soit écrit dans le contrat. En plus, nous avons filmé avec un directeur de photographie espagnol superbe, et cela nous a coûté la moitié du prix. Le système égyptien est devenu catastrophique concernant les prix. Et si on n’en est pas conscient, on va vers une catastrophe.

— Mais le grand public n’était pas nombreux à voir le film. Vous y réfléchissez ?
— La censure m’a beaucoup lésé. Elle l’a mis dans la catégorie +18 ans. Et donc, ceux qui pensent voir des scènes érotiques ne voient rien et les autres (la famille) ne viennent pas voir le film. En plus à la tête de la censure, il y a un fonctionnaire d’Etat qui n’a pas le courage de prendre ses décisions de manière indépendante. Je suis pour des limites d’âge, mais il faut réfléchir autrement. Je pense qu’on aurait pu faire 40 % de recettes en plus. De même, le choix du titre Le Péché du corps y était pour quelque chose. Le titre a influencé la censure et le public. Peut-être aussi que le choix des comédiens n’était pas le meilleur. Je pense qu’il y a également quelque chose à propos de la fin du film. Il faudrait que je suive plus mon intuition. Ce sont des questions que je me pose pour mon prochain film. Je les fais également avec la nouvelle génération qui travaille avec nous. Cependant, j’aime le film et je suis fier de l’avoir fait. Mais j’aime remettre les choses en cause, pour aller de l’avant et faire mieux.

— Vous continuez aussi avec vos projets sur Youssef Chahine. Pour 2018, vous avez prévu un grand projet avec la Cinémathèque française sur Chahine. En quoi consiste-t-il ?
— Il y aura une très grande rétrospective sur Chahine. Ils ont déjà fait tout ce qui a trait aux choses écrites sur papier. On leur a fourni les scénarios, les affiches, les photos pour faire une restauration de toutes les archives écrites. Ils vont également restaurer 7 films. Et moi, j’ai commencé la restauration de tous les autres. J’ai déjà restauré L’Aube d’un jour nouveau et cette semaine je restaure La Gare centrale. Le résultat est extraordinaire. Puis, il y aura une tournée dans plusieurs pays d’Europe et d’Amérique. Elle se terminera à la Bibliothèque d’Alexandrie où on gardera toutes les archives. Tout ce qui a été écrit sur Chahine sera également mis sur internet.




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