Semaine du 6 au 12 janvier 2016 - Numéro 1108
Un musée à ne pas manquer
  Le musée de Louqsor fête ses quarante ans. L'occasion de revenir sur un lieu exceptionnel peu connu du grand public.
Un musée à ne pas manquer
Le musée de Louqsor possède une magnifique muséologie.
Dalia Farouq06-01-2016

C'est en 1964 que tout a commencé. Le gouvernement égyptien avait alors décidé de créer un musée à Louqsor. Une décision qui n’avait pas fait l’unanimité à l’époque. Pourquoi construire un musée alors que la ville de Louqsor, avec plus de 600 sites archéologiques datant de toutes les époques pharaoniques, est un grand musée à ciel ouvert ? « Au départ, l’idée de construire un musée à Louqsor, la ville des antiquités par excellence, n’a pas été bien accueillie. Cela paraissait inutile », se souvient Zakariya Abdel-Nour, fils de l’ingénieur Wissa, qui a construit le musée.

Une fois la décision prise, c’est le célèbre architecte Mahmoud Al-Hakim qui a conçu le musée. « Grâce à sa conception futuriste qui se distingue clairement des autres constructions de l’ époque, Al-Hakim a obtenu le prix d’estime décerné par l’Etat », ajoute Zakariya. L’exécution du projet a commencé un an plus tard avant d’être interrompue par les guerres de 1967 et de 1973. Selon lui, la suspension des travaux et le manque de financement dû aux guerres en question n’étaient pas les seuls obstacles auxquels le musée a fait face.

« Les travaux étaient difficiles à réaliser, car les équipements de construction n’étaient pas aussi avancés que de nos jours. Tout était fait à la main. Je me souviens que des dizaines d’ouvriers sont restés pendant des mois pour creuser les fondations du bâtiment », explique Zakariya.

L’inauguration du musée en 1975 n’est pas passée inaperçue. Elle était considérée comme un « événement exceptionnel », explique Sahri Bastawi, archéologue à la retraite et ancien conservateur au musée de Louqsor. « L’ex-président, Al-Sadate, accompagné de l’ex-président français, Giscard d’estaing, ont d’ailleurs inauguré le musée », se rappelle-t-il. D’après lui, de nombreux archéologues sont restés sceptiques face au musée de Louqsor.

Pour eux, il n’est pas comparable au fameux musée des Antiquités égyptiennes du Caire. Mais peu à peu, le Conseil suprême des antiquités a ajouté au musée des pièces antiques de grande valeur. Le résultat est que le musée de Louqsor est devenu le second plus important musée d’ Egypte, après celui du Caire. Et ce, aussi bien du point de vue du nombre de visiteurs que des revenus. Car ce musée est un atout de taille. Situé au bord du Nil, entre le temple de Karnak au Nord et celui de Louqsor, il a un jardin où sont placées des statues et des stèles pharaoniques. Le jardin constitue un musée à part entière.

Un musée à ne pas manquer

Une fois à l’intérieur, on se retrouve dans la salle principale composée de deux niveaux reliés par des couloirs. « L’originalité du musée de Louqsor réside aussi dans le trajet de la visite qui se fait dans une seule direction, grâce à la disposition des corridors en spirale. Ce qui crée une ambiance dynamique différente des musées traditionnels », explique Sanaa Ahmad, directrice des musées de la Haute-Egypte.

Et puis, il y a évidemment les pièces uniques et impressionnantes que le musée expose. Elles couvrent une période de plus de 4 000 ans de l’histoire de l’Egypte Ancienne, allant de l’époque préhistorique jusqu’à l’époque islamique. Il contient en outre une magnifique collection de sculptures égyptiennes, dont la fameuse statue du dieu crocodile, Sobek, qui a été transportée de son temple à Kom Ombo. Sans compter les vestiges des murs du temple d’Amenhotep IV qui se trouvaient autrefois dans la ville de Louqsor ainsi que ceux du temple d’Akhenaton (1347 -1364 av. J.-C.).

Les statues de Thoutmosis III et celle d’Amenhotep III, ramenées de la ville de Habou sur la rive ouest de Louqsor, sont parmi les statues phare du musée. Quelques pièces de la collection de Toutankhamon sont parmi les œuvres les plus importantes et les plus attirantes du musée. Il est d’ailleurs question que ces pièces soient transportées au Grand Musée du Caire dont l’inauguration est prévue en 2018. Une décision contestée par un certain nombre d’archéologues qui estiment que le retrait de ces pièces va diminuer la valeur du musée et portera atteinte à la chronologie des objets exposés.

« Le musée de Louqsor a été rénové deux fois depuis sa construction. La première en 1989 et la seconde en 2004. A chaque fois, des objets sont venus enrichir la collection du musée », explique Sanaa Ahmad. C’est le cas par exemple des statues datant du Nouvel Empire, qui ont intégré le musée en 1989 et qui provenaient du temple de Louqsor. Il y a également les momies royales d’Ahmosis Iet de Ramsès I qui sont désormais exposées au musée depuis sa rénovation en 2004. « Une grande cérémonie était prévue pour célébrer le quarantième anniversaire de ce grand musée mais faute de budget, on s’est contenté d’organiser une exposition de pièces antiques (voir encadré) en provenance du temple de Touthmosis III où opère la mission égypto-allemande », conclut la directrice des musées de la Haute-Egypte.




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